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Friday, November 29, 2013

YOLANDA ... LE RÉCIT DE PASCAL

Trois semaines, cela fait déjà trois semaines que le ciel leur est tombé sur la tête et nous commençons tout juste à savoir ce qui s’est passé, comment cela s’est passé.

Je vous livre ici le récit de Pascal tel qu’il a bien voulu me le faire parvenir.

Pascal vit dans la région de Capiz sur l’île de Panay, une région qui a été moins médiatisée que Samar et Leyte et pourtant …

Pour ceux qui souhaiteraient faire un don je vous donnerai les coordonnées du compte que Pascal a ouvert afin de venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin dans son secteur.


Typhon du 8 novembre 2013

J’aimerais vous faire comprendre et vous expliquer le vécu de ce typhon pour moi. Je ne le nomme pas volontairement car pour moi il n’y a pas de nom ou de mot à mettre sur une tragédie pareil.

Je venais juste de rentrer d’une mission en Allemagne 2 jours avant. Tout le monde parlait du typhon à venir mais sans appréhension particulière. La vie « demeurait » normale, pas d’inquiétude chez les gens, pas de préparatif particulier. Il faut comprendre que les Philippins vivent en moyenne 20 typhons par an.

Le soir du 8 novembre le Président des Philippines (Aquino) a pris la parole en direct afin de demander aux gens de bien suivre les consignes d’évacuation.

Pour Darlyn ma compagne et Mat son frère, il n’y avait aucune inquiétude à avoir, d’autant plus que nous vivions dans une maison en « dur »  (faîte en parpaings). 

Mat a juste fait une remarque : c’était la première fois qu’un Président prenait la parole pour informer la population des risques du typhon.


Vers 1h du matin, une voiture équipée de haut-parleurs passe dans notre quartier et demande à la population de quitter les logements qui ne sont pas en « dur ». Les gens doivent se rendre au centre d’évacuation.

Je pense que c’est aux alentours de 3 heures du matin que les prémisses du typhon ont commencé à se faire sentir. Je dis « je pense » car dans cette nuit du typhon, j’ai perdu la notion du temps.

D’abord, le vent et la pluie ont commencé à s’abattre sur nous avec un bruit toujours crescendo, un bruit sourd au loin comme un énorme troupeau d’animaux. Le vent prenait de la puissance et devenait de plus en plus violent.

A ce moment nous étions encore dans la pièce à vivre cuisine salon. Je n’ai pas de mots pour vous décrire l’intensification du vent et du bruit. Sous la pression des éléments extérieurs, les fenêtres se déformaient, l’eau passait partout, même entre l’encadrement des fenêtres et le mur.

J’ai transféré tous les gens présents chez moi dans la chambre qui se trouve derrière l’entrée de la maison, devant laquelle les éléments se déchaînaient. Notre chien Sniper était sous le lit, il pleurait de peur.

Et dire qu’à ce moment-là, le typhon n’avait pas encore atteint sa puissance maximale.
Dans notre chambre, nous avions une fenêtre où nous pouvions voir certains arbres se briser comme des allumettes, coupés nets par le milieu. A ce moment-là, je dirais que nous avions encore une visibilité d’environ 80 à 100 mètres.

J ai vu mes gouttières s’envolées, je ne vous parle plus du bruit car je ne saurais le définir autrement que par le mot terrifiant. La puissance du vent continuait à s’accroître, la visibilité se réduisant à 40 / 50 mètres. De la fenêtre de la chambre, J’ai vu mon toit partir au loin. 

J’ai craint le pire, plus personne ne parlait. Nous avons pu voir des milliers de débris, certains énormes voltiger aux alentours de la maison, comme des fétus de paille. La visibilité continuait à se réduire, la puissance du vent devenir encore plus fort, au point que nous nous sommes tous réfugiés dans la salle de bains, que je pensais être plus sûr que la chambre. 

Je distinguais à peine le mur de clôture, c’est-à-dire que nous avions une visibilité d’à peine 6 mètres. Au-delà : le noir et le chaos.

J’étais sûr qu’une fenêtre allait finir par céder. Le vent hurlait à nos oreilles (plus de 340 kms/heure) nous ne pouvions plus communiquer entre nous malgré les quelques centimètres qui nous séparaient. Nous distinguions seulement et à peine les bruits de lamentation du chien.
J’ai prié au fond de moi. 

Je disais à ce typhon : « détruit ce que tu as à détruire mais laisse nous la vie ». Je lui ai demandé de prendre ma vie mais de laisser vivre Darlyn et le bébé qu’elle porte. Impossible de vous décrire la situation au plus fort du typhon. 

Pour moi, c’était le noir total, je pense que ma mémoire n’a plus fonctionné pendant un moment car quand la situation s’est inversée et que les vents ont commencé à perdre de leur puissance, je me suis retrouvé dans la chambre. 

Quand ? Comment ? Je suis incapable de vous le dire. Progressivement  le calme est revenu jusqu’à ne plus avoir de vent du tout.

Mat, le frère de Darlyn, est allé prendre des nouvelles de la famille qui ne vit pas très loin de la maison. Oncle junior, Joy, les enfants, « tout le monde va bien » me crie Mat de l’extérieur ; il ajoute « Pascal le toit est toujours là », je lui réponds « Mat c’est impossible nous l’avons vu partir ». En fait, le toit que nous avons vu provenait d’une maison située 5 à 600 mètre plus loin.


Lorsque je quitte la chambre et redescends au RdC de la maison, je me rends compte que celle-ci n’a pratiquement pas de dommages : les gouttières, le portail, une double porte au RdC et une fenêtre ont littéralement explosé.

 Nous décidons avec Mat d’aller en bordure de mer voir notre petit Sari sari (magasin de première nécessité). Nous marchons le long de la route, les arbres déracinés encombrent le passage, il n’y a plus un seul poteau électrique debout, comme le reste d’ailleurs. Partout où le regard porte, un seul mot : le désastre. 

Les maisons en « dur » connaissent toutes de gros dégâts. Toute l’activité commerciale, tous les lieux de vie (restaurants, boutiques, cottages en bordure de mer, …) tout est détruit. Au risque de me répéter, c’est l’apocalypse partout. Je ne me fais guère d’illusions pour notre petit Sari sari.

Au miracle d’être encore en vie s’ajoute le miracle de voir notre Sari sari (la cantina, c’est son nom) encore debout. C’est le seul élément debout dans un désert de ruines. Notre Cantina est faite d’une ossature bois et de contre plaqué de 5mm, le toit traditionnel couvert en Nipa, rien pas de dommage, intacte. Comment expliquer ceci ? Pourquoi ?

Nous retournons à la maison pour annoncer la nouvelle à Darlyn.

Juste avant que nous arrivions à la maison, la pluie recommence à tomber. En fait, nous étions dans l’œil du typhon. Ceci peut vous sembler évident, pour moi aussi avec le recul mais quand vous vivez cette expérience, quand tout s’arrête pour la première fois, vous éprouvez un tel soulagement après avoir perdu tous vos repères que vous n’imaginez même pas que vous n’avez vécu que la moitié de l’enfer.

Le vent recommence à souffler, exactement de la même façon qu’au début du typhon. Ca recommence.

Je crie « non, non c’est impossible ». Cette fois, je suis sûr qu’il ne va rien rester.

Nous regagnions notre chambre. Les vents sont de nouveau d’une puissance incroyable, même s’ils semblent légèrement moins puissants que la première fois. Il fait à nouveau nuit. Une nuit noire avec juste le bruit infernal du vent qui rythme le temps. 


Personne ne bouge, nous attendons prostrés et muets. Physiquement nous sommes tous les 3 épuisés.

Puis de nouveau le calme revient il doit être 3 ou 4 heures du matin. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je sais seulement qu’enfin le typhon est passé.

Darlyn et Mat trouvent le sommeil. Pour moi impossible. Dès que les vents ont complètement arrêtés de souffler, je vais sur notre terrasse.

Je suis là, assis, dans l’attente du lever du jour.

L’attente est longue mais fini par arriver. La vie s’éveille autour de moi. Les gens commencent à bouger. Il doit être  5h 30-  6heures. Au fur et à mesure que le jour se lève, je découvre le désastre.

Il n’y a pratiquement plus d’arbres.  En tout cas pas un arbre intact. Je contemple paysage de désolation. Dans notre cour, beaucoup de branches d’arbres ont fini leur course folle. Nous n’avons plus d’électricité bien sûr, mais également plus d’eau. 

Je constate qu’un robinet a cassé net. Je décide d’aller fermé notre arrivée d’eau au compteur qui se trouve en bordure de route à environs 200 m (la peur de gaspiller l’eau).

Sur le chemin du retour je croise une femme avec ses 2 enfants, un sac plastique dans chaque main. Elle est dans l’abri center, non loin d’ici. Elle revient des ruines de sa petite maison de bambous.

Arrivée a ma hauteur, elle s’arrête et prononce  ces 4 mots qui resterons gravés à jamais en moi : « YOU ARE OK SIR ». Elle prononce ces 4 mots avec le plus beau des sourires.

C’est quatre mots m’arrivent en plein cœur et me noient d’émotion. Mes yeux se remplissent de larmes. Il me faut vite répondre, je ne veux ni ne peux pleurer devant elle.

La vie de cette femme tient dans ses 2 sacs en plastique. Elle a tout perdu mais elle prend quand même le temps de prendre de mes nouvelles, savoir si je vais bien. Elle m’adresse un sourire comme pour me dire le plus important «  nous sommes en vie, nous pouvons encore sourire ». 

Je parle souvent à mes proches du sourire Philippin car en dehors des très belle îles qu’il y a à visiter, ce qui marque le plus les touristes est ce fameux sourire des Philippins.
Je crois que chaque jour je penserais à ses 4 mots.

Je retourne sur ma terrasse. Darlyn et Mat dorment encore. Je m’assieds. Un sentiment de culpabilité me gagne. Je n’ai pratiquement aucun dommage alors que beaucoup de gens autour de moi ont tout perdu. Je ne comprends pas.

La vie reprend ses droits et le travail de tous pour tous commence : déblaiement, nettoyage, récupération, … j’écris ces mots 12 jours après le drame, nous n’avons pas encore d’électricité (il n’y a plus un seul poteau électrique debout) mais tous œuvrent d’une manière admirable pour reconstruire, rebâtir et revivre. 

Darlyn et Mat sont réveillés. Les batteries des téléphones portables sont pratiquement vides. Nous prenons des nouvelles de la famille de Darlyn qui vit dans la campagne (30 à 40 minutes en voiture. 

Pour eux également le typhon a été terrible mais encore une fois, le plus important est que tout le monde est en vie. Il va nous falloir attendre 1 à 2 jours avant de pouvoir apporter de la nourriture car leur secteur, comme à chaque fois qu’il y a des fortes pluies ou un typhon, est inondé.

Nous vidons notre CANTINA de tout ce qui peut être utile ou mangeable. Nous allons acheter de la nourriture, du savon, des produits divers, … enfin un maximum de choses : du lait en poudre pour les enfants, de l’eau potable, la liste est longue ; nous essayons de penser à un maximum de choses. Car chez la maman de Darlyn, de nombreuses familles y ont trouvé refuge.

Quand 2 jours après le typhon, nous arrivons à passer les nombreuses étendues de débris pour apporter des vivres de premier secours, inutile de vous dire combien nous étions les bienvenus.

Loving, un autre frère de Darlyn, nous explique qu’au plus fort du typhon, l’église qui se trouve à 20 mètres de la maison maternelle et qui sert d’abri center a vu quasi instantanément sa porte cédée sous les coups de boutoir des vents son toit s’envolé sous la pression de ces mêmes vents.

En urgence, les nombreuses familles qui étaient à l’intérieur de l’église sont sorties de celle-ci. Les adultes ont fait une chaîne humaine accroupie, à  genoux, enfin le plus près possible du sol, pour pouvoir faire passer les enfants un à un jusqu’à la maison de la maman de Darlyn afin d’y trouver refuge. Là encore, par miracle, pas de victimes.

Comment cela est-il possible au plus fort du typhon ? J’ai beaucoup de questions qui restent sans réponse et qui, je le crois, le resterons pour toujours.


Sandra, toi qui connais la batchoy de Loving, elle n’a pas résistée, détruite par le typhon mais aujourd’hui elle reprend vie. Loving travaille, les gens mangent sa célèbre Batchoy sous des bâches. La construction de la nouvelle Batchoy a commencée. Elle sera un peu plus solide.

Oui la vie reprend, les gens ne peuvent pas arrêter leur activité, pas de travail pas de revenu, aussi petit soit-il. Aujourd’hui, des petits restaurants de bord de mer sont déjà reconstruits. Les plus « grosses affaires » sont toujours dans les travaux, d’autres ne reprendrons jamais faute de moyens.

Votre aide alimentaire arrive maintenant massivement. Un peu partout les gens repartent avec leur sac de ration. Tout le monde mange.

Là il y aurait à dire mais je me fous que certains détournent cette aide à des fins électorales, que certains membres d’ONG arrivent sur place et qu’on se demande bien pourquoi. Le plus important, c’est que les pauvres gens mangent.

Car ici les prix ont grimpé en flèche,  l’eau potable a pratiquement doublé, les légumes sont rares. Manger devient un véritable gros budget.

Juste un autre exemple : le bambou qui est l’élément principal de construction locale était à 60 Php pièce. Aujourd’hui vous le trouvez entre 100 et 200 Php.

Aujourd’hui nous sommes le 25 novembre 2013, premier jour d’école après le typhon.
J’aimerai vous dire également qu’après le passage du typhon, aucun acte de pillage à constater, le plus grand respect règne dans les longues files d’attente, dans ces mêmes file, la priorité est donnée aux femmes enceintes, aux personnes âgées, ceci sans l’aide de la police.

C’est le comportement habituel des philippins. Aucune panique malgré que dans les premiers temps, très peu de magasins pouvaient ouvrir leurs portes.

J’aurais encore mille choses à vous dire, mille exemples à vous raconter mais nous aurons l’occasion de parler de cette tragédie ensemble.

A travers ce courriel j’aimerai encore remercier Pascale et Régis qui ont réussi à contacter mes parents afin de les rassurer sur ma situation, remercier David qui en pleine surcharge de travail a pris le temps d’organiser l’achat et l’acheminement d’un groupe électrogène, qui je vous le dit, change la vie.


 Une Aide Durable.

Vous avez était nombreux a me demander comment aider.

2 exemples parmi des centaines
Voici, aujourd’hui la maison de Monique.




Monique est veuve,  encore 2 enfants à charge.
Sont travail quand elle en a, enlevé les mauvaises herbes dans les rizières.
Son salaire  150 Php = 2,50 Euros par jour travaillé.

La maison de Maricel
Maricel est marié elle à 4 enfants le petit dernier 2 ans.


Maricel et son mari exploite 1 hectare de rizière.
Il perçoit un revenu 3 fois dans l’année lors de la vente du riz, sur l’hectare qu’il exploite il donnera un % au propriétaire du terrain, ses revenu son très aléatoire.

J’ai pris l’exemple de Monique et de Maricel car je me suis promis de venir en aide à ces 2 familles quoi qu’il arrive.

Notre Aide Durable
Construire une petite surface en dur sécurisé hors d’eau.

Si nous avons le financement, il ne sera pas toujours possible de faire cet abri. Il nous faudra l’accord du propriétaire, qui dans certain cas refusera.

 Pas toujours possible  de mettre une ampoule et 2 prise de courant, certaine famille n’ont pas les moyen de payé l’électricité.

Il faudra agir discrètement, pas toujours à la même place pour ne pas éveillé l’attention du petit politique local, qui pourrait sentir l’opportunité de se faire un peu d’argent. 

Construire abri après abri.
Chaque péso, chaque matériel économisé profitera pour l’abri suivant.

Un ou deux collecteurs pour le financement de chaque abris, je ne souhaite pas d’arrivé massive d’argent, il faut que vous soyez en mesure de pouvoir contrôler chaque projet.

Je ne si pas très alaise avec cela mais j’ai ouvert un compte pour ceux qui souhaite faire une donation direct. Je suivrais personnellement et uniquement moi chaque projet.

Il y a encore un peu travail pour mettre tout ceci en place, je compte sur votre aide.

Nous ne changerons pas le monde, mais pour pouvons réaliser une aide durable pour certaines familles.

Une aide durable qui va changer leur vie.

Pascal



Les coordonnées de Pascal :
Métrobank
Roxas City Philippines
Savings Account
1413141363990
Pascal, Bernard, Raymond CHATEL

Mon adresse e-mail :  pascal.chatel@yahoo.com

Vidéo de la Fondation de France.
http://www.youtube.com/watch?v=T-RRPHtBFDw

Le typhon du début à la fin
www.facebook.com/photo.php?v=10201750280852591&set=vb.1048122396&type=2&theater


J’ai peur que, comme souvent dans ce genre de catastrophe, les gens soient abandonnés à eux-mêmes une fois le battage médiatique terminé.

Capiz est une province pauvre où les gens sont principalement des fermiers et des pêcheurs.
Les récoltes sont perdues et les barques détruites.

Je pense que l’initiative de Pascal est une bonne initiative.
Donner un petit abri en dur avec un toit solide afin que les gens puissent se protéger et conserver leurs quelques biens.

Notre ami Pascal devait quelque peu avoir perdu la notion du temps et on le comprend. 
L'œil du typhon est passé sur Roxa City aux environs de midi le 8 novembre.




Expériences, avis, critiques et commentaires, comme d’habitude sont les bienvenus.



Chaque jeudi de 18 à 20 h, 12 à 14 h  en Europe sur Yahoo Messenger :
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Wednesday, December 12, 2012

MANILLE ... FIN DU 19ème SIECLE !


Manila  janvier 1895, ou est-ce 1894 ?

Je ne me souviens plus, que voulez-vous je deviens vieux, mais une année de plus ou de moins ne va pas faire grande différence.

Ah, j’y suis, nous sommes aujourd’hui le 7 janvier 1895, sûre, certain !


Un mois, cela fait un mois que je suis arrivé à Manille et en ce dimanche  matin, le premier dimanche de l’année, une fraiche brise descend des montagnes qui se trouvent à l’ouest de la capitale philippine. Le temps, ces dernières semaines, a été aussi tempéré que je pouvais le souhaiter ; correspondant plus ou moins à celui que l’on peut trouver en France à la fin du printemps, voire au tout début de l’été.

 La seule  différence et non des moindres, pas une seule goutte d’eau sur Manille. Nous sommes en saison sèche m’a-t-on expliqué, en saison de mousson du Nord-est et durant cette période c’est rare qu’il pleuve, sur la capitale tout du moins.

Néanmoins, de midi à trois heures il fait tout de même chaud et le thermomètre pousse allégrement le mercure jusqu’aux vingt-cinq ou vingt-huit degrés Celsius. Mais, les matinées sont suffisamment fraîches pour que je puisse effectuer avec plaisir quelques kilomètres de marche à pied, tandis que les fins d’après-midi peuvent être consacrées à une partie de tennis, sans avoir à souffrir outre mesure de la chaleur.

Quand aux soirées, je peux vous assurer qu’un petit lainage, voire une jaquette ne sont pas un luxe.

Difficile de demander un endroit plus agréable pour vivre que Manille en cette fin de 19ème siècle et, même si les équipements sanitaires sont des plus primitifs, la ville entière semble être en bonne condition sanitaire, sans problème d’hygiène  majeur à ce jour.


Durant la période des vacances de fin d’année, période qui se termine aujourd’hui, les entreprises étrangères se sont arrêtées de travailler et chacun de vaquer à des occupations plus mondaines.

Le shopping s’est alors retrouvé en vogue et, lors d’une de mes expéditions à la recherche de matériels photographiques, il m’a été possible de faire la découverte de la ‘’Botica Inglesa’’, la boutique anglaise, ou English chemist’s shop, qui semble être la boutique offrant le plus grand choix de produits de toute la ville.
Une sorte de Samaritaine avant l’heure.

Ici il est possible d’acheter de tout, cela va du verre à soda au métier à tisser complet, en passant par les objets  intermédiaires, sans oublier les brosses à dents, les appareils photos et tous les accessoires possibles et imaginables.

Parlant de shopping me fait penser au système du ‘’chit’’, non vous n’y êtes pas, l’autre s’écrit shit,  de plus l’appellation n’arrivera dans le langage populaire que vers la fin des années 60, début des années 1970, si ma mémoire ne me fait pas défaut.

Donc il faut que je vous parle du système du ‘’chit’’, un système largement pratiqué en Asie du sud-est à notre époque. Lorsque les gens, quand vous-même faites vos achats, vous passez à la caisse, mais vous ne payez pas … pas en cash, pas en espèces tout du moins. Ici personne ne paie en espèces et savez-vous pourquoi ? La faute au dollar Mexicain, au lourd, au très lourd dollar Mexicain !

C’est la seule monnaie qui a cours sur les îles, mais il est si lourd qu’il est impossible d’en transporter dans les poches de nos costumes légers de textile blanc.  Personnellement je recommande le lin, léger, aéré, bien que se froissant rapidement.

Donc lorsque vous passez à la caisse, vous allez signer un I.O.U., c’est simple et pas compliqué, vous signez un I.O.U. dont l’écriture indique les achats, la date  et le montant total de ces achats.

Ceci est valable dans les nombreuses boutiques qui ont adopté le système.

Vous signez, emportez votre marchandise et aucun soucis, oubliez … jusqu’à la fin du mois. Période à laquelle toutes les ‘’chits’’ qui portent votre nom seront présentées à votre domicile pour paiement en espèces sonnantes et trébuchantes. 

Résultat : vous n’avez jamais eu l’impression de dépenser quoi que ce soit … jusqu’au premier jour du mois suivant, quand les I.O.U. sont présentées à votre domicile pour échange contre des espèces.

Un peu le système de vos cartes de crédit modernes, bien avant l’heure !

Si vos ‘’chits’’ proviennent toutes d’un seul magasin et ce pour un montant important, la personne en charge du recouvrement se présentera avec un ‘’coolie’’ (un porteur) ; si le montant est très, très important, avec un coolie et une brouette. Si vous avez trois ou quatre collecteurs qui arrivent en même temps, votre domicile risque fort de ressembler à l’échoppe d’un changeur.

Il y a tant de fausses monnaies en circulation que chacune des pièces que vous donnez au collecteur sera mordue ou jetée sur le sol pour savoir si elle contient éventuellement du plomb.
Le son de la pièce, qu’il écoute religieusement, ne semble pas être, de votre opinion tout du moins, un signe d’intégrité … vous sentiriez-vous coupable quelque part ?

Ainsi vont les choses, nombreux sont les tenants de magasins qui se sont fait avoir par des margoulins, des aigrefins et qui n’ont pas été capables de récupérer les crédits consentis, qui n’ont pu récupérer leur dû auprès de débiteurs qui ont préféré s’enfuir pour Hong Kong ou Singapour.


La nouvelle année a été, comme il se doit, célébrée dans la bonne humeur, avec des préparations nombreuses et variées. A mon Club, les menus proposés étaient remarquables et quand on sait qu’il n’existe pas de fourneaux à Manille, l’on trouve merveilleux qu’il soit possible de cuisiner d’une manière aussi parfaite.

A Manille un fourneau n’est plus ni moins qu’une sorte de pot de terre de bonne taille, prenant parfois la forme d’un grand sabot. Une partie du sabot reçoit le foyer, l’autre partie les petits bouts de bois qui vont servir de combustible. Le foyer est ouvert sur le dessus et ne peut recevoir qu’un poêle ou casserole à la fois. 

Dans une cuisine normale il n’est pas rare de trouver une douzaine de ces fourneaux improvisés, un par préparation ; les soupes, les viandes, les légumes, l’eau chaude, le riz lui en occupant plusieurs.

Leurs coûts,  juste quelques pesetas,  permet d’en avoir toujours deux ou trois en réserve.
C’est ainsi et lorsque vous déambulez dans les rues ou prédominent les huttes natives, faites de bambou et de nippa, il vous est possible d’apercevoir les plats qui sont ainsi cuisinés par les familles locales.

Etonnant de savoir que les plats élaborés qui vous sont présentés ont été préparés d’une façon aussi complexe, cela force l’admiration.

Si cuisiner à Manille relève du défi quotidien, je me pose des questions sur les possibilités de faire la vaisselle, de nettoyer les plats et les assiettes, les fourchettes et les cuillères, que dire des verres. Verres qui pourtant et je viens de m’en assurer sont d’une propreté exemplaire.
Néanmoins, je soupçonne la dessous quelque magie et même dans mon Club, j’hésite à aller faire un tour aux cuisines. Je pars du principe que moins l’on voit de la préparation de la cuisine indigène, meilleurs sont l’appétit, la saveur et le goût. 

Ceci est valable pour l’ensemble des pays d’Asie, où vous pourrez remarquer, entre autres, que les toilettes sont toujours à jouxter les cuisines.

Je m’attendais à une introduction précoce aux tremblements de terre, mais aucun n’a eu lieu jusqu’à ce jour, pas le moindre petit frémissement de la croûte terrestre.  J’en deviens presque téméraire, allant parfois jusqu’à en oublier qu’ils existent.

Peu de temps après mon arrivée  j’ai été tenté de mettre mes bouteilles de produits chimiques dans une boîte remplie de sciure, de laisser ma carafe d’eau à moitié vide et d’emballer ma montre dans du coton, dans l’attente d’un tapage nocturne qui serait provoqué par le combat de titans que se livreraient deux plaques de la planète terre.

Pour les anciens, les vieux routiers qui ont vu la ville tomber en morceaux à la fin des années 80, c’est un devoir que d’alerter et surtout d’alarmer les nouveaux arrivants.
Je dois dire qu’au tout début de mon séjour,  je me suis plusieurs fois mis à pâlir aux passages de lourds charriots dans la rue pavée adjacente au Club. A plusieurs reprises je me suis mis à penser qu’il me fallait sauter à travers la fenêtre, ceci au moindre soupçon de vibrations.


Quelques mots sur les maisons à étages de Manille.

Je ne pense pas qu’il y ait de résineux sur l’archipel, de ce fait de nombreuses applications utilisent des bois tropicaux, des bois durs. Les planchers entrent dans cette catégorie. Les planches, sciées à la main dans des troncs énormes, sont des modèles du genre.

Les procédés de polissages, qui utilisent des feuilles de bananiers, des chiffons gras et des noix de cocotiers, prouvent un certain génie du travailleur local.

Non pas les noix en vérité, c’est la coquille, cette sorte de conque qui entoure cette noix qui va être utilisée pour le polissage du bois. Les locaux en utilisent une demi-coquille qu’ils attachent à l’un de leur pied avec une sangle et ils frottent ainsi le parquet jusqu’à ce que ce dernier brille comme un soleil.

Cela donne un air de fraicheur aux demeures locales et cela sent le propre, si le propre peut sentir quelque chose.


Manille présente indéniablement un certain charme quand on s’intéresse aux travaux manuels que l’on retrouve partout dans le monde. Les machines brillent par leur absence, tout ou presque est fait à la main.

De ce fait, ici et là l’on peut remarquer les inégalités, le manque de répétition exacte, les lignes qui ne sont pas toujours horizontales ou verticales, tout le charme du travail effectué à la main, le reflet d’une intervention humaine plutôt que celles de roues et de leviers.

Les fenêtres, je devrais dire les portes fenêtres, sont également conçues et réalisées d’une façon curieuse.

Ces portes fenêtres glissent comme sur des rails, dans des rainures en fait, de gauche à droite et de droite à gauche. Chaque porte fenêtre à son rail en bordure du balcon, il est ainsi possible d’ouvrir partiellement ou totalement et de faire entrer plus ou moins d’air dans la pièce. L’intérieur de ces portes fenêtres est constitué d’une trame de lattes de bois délimitant des carrés d’environ dix centimètres par dix, carrés qui sont remplis par des coquillages fins, plats et translucides que l’on nomme ici Capiz. Ces Capiz laissent passer la lumière, mais pas l’air ni la pluie.

Nous avons tous entendu parler de route faites de coquillages, mais combien d’entre vous connaissent les fenêtres de coquillages ? Il n’y a pas de verre aux Philippines et vous verrez que l’on s’habitue très vite à la maison de Manille et à ses portes fenêtres, qui rarement fermées, offrent des ouvertures immenses.


Dans un prochain post je vous parlerai des  Trams (tramcar), oui il y a des Trams à Manille en cette fin du 19ème siècle, des coqs de combat et des barbiers chinois.




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