Thursday, May 3, 2018

LES OISEAUX DE TERNATE

Alors que je me trouvais sous l'abri de bambou dans le jardin au bord de la rivière, j'ai été dérangé par un Bulbul ; bruyante la bestiole, surtout à tout juste un petit mètre de mon oreille gauche. Pas effrayée non plus, bien que... suite à un mouvement un peu brusque de ma part elle s'est envolée. Oh pas partie loin, juste quelques mètres, sur une des branches fleuries du bougainvillier. 


Yellowwatted Bulbul


C'est un couple qui fait son nid dans un proche manguier et, tous les matins, les deux me tiennent compagnie, ; alors que, face à la rivière, j'écris sur mon laptop, mon ordinateur portable.

C'est l'été philippin et ces derniers jours le thermomètre dépasse allègrement les trente-six degrés celsius. Heureusement, comme souvent, une forte brise venue du large nous rafraîchit agréablement, créant des vaguelettes sur la rivière et faisant flotter les nombreux drapeaux qui se trouvent sur les bangka des pêcheurs.


Du fait de mon Bulbul, ce matin, je me suis posé la question "quelles sont les espèces d'oiseaux les plus courantes que l'on trouve à Ternate" ? .

Les moineaux sont bien représentés et se trouvent partout dans la ville. Même s'ils ne sont pas aussi gras et gros que nos "Titis" parisiens", ils sont là, seuls ou par petits groupes, bien présents dans la ville. Dans les rues, les jardins, sur les toits des maisons, dans les arbres... ils sont partout les petits moineaux. Sauf peut-être à Manille où ils semblent avoir disparu du paysage ; mais le petit volatile est source de protéines et ceci pourrait bien expliquer cela !



Parfois, dans la vase de la rivière

Ici, dans la province de Cavite, située à moins de cinquante kilomètres dans le Sud-ouest de la capitale philippine, il n'est pas très difficile de se nourrir, la nature est encore généreuse. Les fruits s'y trouvent en abondance. Bananes, papayes, mangues, autres fruits et baies permettent aux plus pauvres et démunis de survivre. Les rivages de la baie, les bords de la rivière, permettent également de récolter moules, huîtres et autres coquillages qui apporteront un complément nutritionnel non négligeable. 


Il y a aussi la noix de coco, qui, comme son nom l'indique, n'est pas un fruit, mais une noix et qui donne l'eau de coco, le lait de coco et la chaire, toujours de coco.


Savez-vous que, durant la seconde guerre mondiale, des médecins américains ont remplacé le "Dextrose", qui venait à manquer, par de l'eau de coco ?  Pour vous dire si ce substitut du glucose peut-être bon pour la santé !


Mais revenons à nos oiseaux.


Une hirondelle ? Non, c'est un martinet que l'on reconnait à ses ailes effilées et pointues en forme de faux. Avec son vol extrêmement rapide, l'on en voit souvent qui voltigent au raz du ciment des rues de notre petite ville. Avec brio et une agilité exceptionnelle ils évitent les obstacles aussi bien fixes que mobiles. Montées en chandelles, descentes vertigineuses, demi-tour sur place, de véritable acrobates que ces oiseaux. 



Hirondelle

Des hirondelles nous en avons qui nichent sous le pont. De petites hirondelles d'un bleu très foncé, presque noir, avec un peu de blanc sous le dessous du corps et le cou rouge.
Une véritable colonie qui se cache sous cette passerelle qui relie les deux rives de la rivière, le Barangay (quartier) Sapang au centre-ville. Si vous souhaitez les voir, il vous faudra vous rendre sur le pont, soit le matin de bonne heure, soit le soir un peu avant que le soleil ne s'abîme derrière les collines du bord de mer.


Vers dix-huit heures, à la fraîche, lorsque l'astre du jour nous éclaire de ses derniers rayons, elles sortent en bandes. Généralement deux bandes qui font une centaine de mètres en aval, font demi tour, passent sous le pont, remontent vers l'amont sur une centaine de mètres, font à nouveau demi tour, repassent sous le pont et il en sera ainsi jusqu'à la nuit tombée. Une sorte de ronde infernale qui ne sera perturbée que par l'arrivée de minuscules chauve-souris venues participer à la curée.


Ce n'est pas un jeu, loin de là.
Du fait des très fortes chaleurs qui règnent dans la journée, les insectes restent cachés et ne sortent que le soir et ce jusqu'au petit matin. Et c'est la curée, chauve-souris et hirondelles se partagent le même menu... des insectes, encore et toujours des insectes.


De jour  ces hirondelles demeurent pratiquement invisibles, mais, si vous vous trouvez sur le pont, penchez vous au-dessus du parapet. S'il n'y a pas de véhicule trop bruyant qui passe à ce moment, il vous sera possible d'entendre comme  des crissements, un bruissement de fond ponctué de cris aigus ; les hirondelles se parlent et échangent des propos qui nous demeurent inconnus.



Pigeon local

Quelques adolescents se livrent à l'élevage et au dressage de pigeons. Pigeons majoritairement domestiques, bien que l'on trouve quelques pigeons natifs des Philippines, à demi sauvages, reconnaissables à leurs trois bandes noires bien visibles sur le dessus des ailes. Il n'est pas rare de rencontrer de petits groupes de gamins à la recherche de pigeons égarés. Ils tapent dans leurs mains, scrutent arbres, poteaux électriques et toitures dans l'espoir de retrouver celui ou ceux qui ne sont pas rentrés. S'ils aperçoivent un de leurs volatiles, en général haut perché et qui ne répond pas aux "applaudissements", ils vont essayer de le faire bouger en lui lançant quelques projectiles, le plus souvent de petites pierres.


La colonie la plus importante que nous ayons à Ternate est constituée de grandes aigrettes qui nichent sur l'île, désormais presqu'île, du "Balut". Là, elles sont des milliers à nicher dans les grands arbres qui recouvrent ce bout de terre situé à l'embouchure de la rivière.



Grande Egrette

Le balai est immuable ; le matin, dès les premières lueurs de l'aube, elles vont s'envoler par petits groupes en direction des terres. Généralement elles remontent le lit de la rivière sur quelques petits kilomètres et vont s'éparpiller dans champs et rizières avoisinants. On en trouve de nombreux spécimens auprès des vaches et des buffles d'eau.


Le soir, alors que soleil est déjà bien bas sur l'horizon, elles font le chemin inverse, des terres en direction de la mer, sur l'île du Balut où elles passeront la nuit.


Comme ces oiseaux volent à basse altitude en suivant la rivière, les fils électriques qui passent au-dessus du pont sont des obstacles non négligeables, qui donnent parfois lieu à des acrobaties involontaires et cocasses. 



Martin Pêcheur

Quelques martins pêcheurs, d'un bleu vif et métallique, peuvent être aperçus le matin de bonne heure. Un couple, qui construit son nid dans le voisinage, peut être vu sur la digue à demi immergé qui se situe en-dessous du jardin terrasse.


Cette digue sert également de terrain de chasse à un héron.
Mais un héron aux courtes pattes. Un héron lourd, pataud, court sur pattes et qui ne ressemble en rien à l'image que je me faisais d'un héron !
Et pourtant, lorsque tombe la nuit, il m'est arrivé à plusieurs reprises d'observer ce volatile.
Autant sa démarche est lente, cocasse même, mais, lorsqu'il s'agit de saisir une proie qui passe à sa proximité dans l'eau... quelle vivacité, quelle rapidité d'exécution, un véritable magicien à sa façon. 



Striated Heron

Est-ce un merle ?
Non un Asian Glossy.
Il ressemble à nos merles ; il est noir, de la même taille, vole comme nos merle et est omnivore. Fruits et baies sont à son menu, mais également des insectes.
Il a la particularité, un peu comme les oiseaux mouches, de faire du sur place.
Ce qui lui permet de chasser certains insectes à certaines époques de l'année. 




Asian Glossy

Nous pouvons aussi apercevoir deux espèces de corbeaux, le Slender-Billed Crow et le Large-Billed Crow. 

Alors que le vent continuait à souffler, trois aigles, à la recherche de leur pitance, remontaient la rivière contre le vent. Ils parcouraient peut-être deux cents mètres vent de face et donc à petite vitesse, ceci à une dizaine de mètres de hauteur, puis un petit cent quatre-vingts en prenant de l'altitude et retour vent de face après un deuxième cent quatre-vingts degrés. Un petit piqué ailes repliées, une ressource au ras de l'eau et les serres se refermaient sur une malheureuse proie prise au piège.
Quelques coups de bec, histoire d'estourbir le petit poisson, avant que de commencer à le déchiqueter pour mieux l'ingurgiter.


Ils ressemblent à celui-là

Ceci se passant à quelques dizaines de mètres de mon lieu d'observation, je n'ai pas perdu une miette du spectacle. Puis un corbeau, arrivé de nulle part, est venu troubler la pêche des aigles. Il s'est fait virer comme un malpropre ! Pensait-il pouvoir s'approprier un poisson ?
Ce n'est pas la première fois que je vois un corbeau semblant vouloir attaquer un aigle qui pêche, avant que de se faire violement chasser du coin. 

Ces aigles, que je nomme pêcheurs, que l'on trouve aussi bien le long des côtes qu'au- dessus de la rivière, semblent également se nourrir de petits rongeurs. Les plus grands ont une envergure qui dépassent le mètre cinquante, ils sont d'un roux éclatant sur le dessus du corps et des ailes, gris/beige à orangé sous le dessous du corps.

Quand nous sommes arrivés à Ternate, il y a une vingtaine d'années de cela, les aigles avaient pratiquement disparu. Les jeunes se retrouvaient en captivité et les plus beaux spécimens passaient chez le taxidermiste avant d'être vendus aux touristes de passage.

Quelques couples survivaient dans la forêt du complexe de Puerto Azul, forêt surveillée par des gardes armés qui n'hésitaient pas à tirer sur les braconniers. La quasi disparition des touristes au début des années 2000, l'interdiction du trafic d'animaux en danger d'extinction et certainement aussi une prise de conscience des gens, font que l'espèce a prospéré et que le nombre d'aigles "pêcheurs" qui se trouvent sur la municipalité de Ternate est de plusieurs centaines, peut-être même milliers d'individus.

Large-Billed Crow

Je reviens sur les corbeaux, le Slender-Billed Crow et le Large Billed Crow.
Le premier, si c'était un être humain, je dirais qu'il est mal fagoté. Plus petit, avec des ailes qui semblent manquer de plumes, maigre, efflanqué, il n'est pas très beau à voir.

Par contre, son congénère le Large Billed Crow est un oiseau magnifique. D'un noir de jais avec des reflets, presque aussi gros qu'un aigle, affublé d'un grand bec, l'oeil méchant, il invite au respect !

Étonnement, alors que je songeais à écrire ce billet, un gros corbeau s'est posé sur la grille qui sépare le jardin/terrasse de la rivière. Il était à hauteur des fruits d'un papayer et les auscultait. Les avait-il repérerées auparavant et songeait-il à un plantureux repas ? Pas de chance pour lui, plus tôt dans la matinée la cueillette des fruits les plus mûrs avait été effectuée. Ne restaient que les plus petits spécimens, vert et immangeables.

Aussi la bestiole, pas folle, ausculta d'un oeil critique les fruits restant, en penchant la tête d'un côté puis de l'autre, avant de me lancer : "Elles sont trop vertes et bonnes pour les goujats"


Il s'agit là des principaux oiseaux que l'on trouve dans la ville, en bord de mer et autour de la rivière.

Maintenant, si l'on s'aventure un tout petit peu dans la campagne environnante, le style marteau piqueur du pic vert, le coucou de l'oiseau du même nom, ainsi que les cris, chants et sons d'oiseaux exotiques, ceux que l'on entend dans les films de Tarzan, sont bien présents. Maintenant, apercevoir ces volatiles est une autre histoire.   


 À toutes et à tous je souhaite une excellente fin de semaine, que la force soit avec vous.

Expériences, avis, critiques et commentaires, comme d'habitude sont les bienvenus.



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