Friday, February 10, 2017

UN PHÉNOMÈNE ... AUX PHILIPPINES !

Je me souviens de lui comme si notre première rencontre datait d’hier, pourtant cela fait plus de dix ans que je l’ai vu arriver pour la première fois à la maison. Je l’avais bien repéré, il faut dire qu’il se repérait de loin, depuis quelque temps, passant à pied sur la High Way, la démarche un peu hésitante et portant un enfant dans ses bras.

Il s’appelait et doit toujours s’appeler Thony K., à la condition qu’il soit toujours vivant, ce qui, compte tenu de la vie qu’il menait est loin d’êtres évident. Anthony K. et pour ce qui est du K, croyez-moi cela en était un véritable… cas, un cas comme je j’en avais rarement rencontré auparavant !

Ocean Villas, Puerto Azul

Un grand gars d’un bon mètre quatre-vingt-dix, blond aux cheveux ondulés, aux yeux bleus, un beau gosse d’une quarantaine d’années qui plaisait aux femmes… au début d’une rencontre tout du moins, pour ce qui est dans la durée c’est une autre histoire.

Large d’épaules, musclé, un gars solide, mais qui traînait la patte suite à un accident de motocyclette et à quelques opérations de consolidation qui le faisait ressembler, quelque part, à l’homme qui valait trois milliards.
À la différence que, au lieu de courir plus vite… lui traînait la patte. Certainement pas les mêmes chirurgiens.

Américain de l’Amérique profonde, après pas mal de conneries dans son petit coin de campagne, il s’était ‘’exilé ’’ au Mexique, où il avait eu pas mal d’aventures, puis en Alaska.
Là, un de ses jobs était videur dans une boîte de nuit et comme il finissait généralement les soirées totalement bourré, il se battait pratiquement chaque semaine et terminait régulièrement au poste de police local. Poste de police où il était connu comme l’ours blanc et où les policiers, sympa avec lui, le laissaient dessouler tranquillement jusqu’au milieu de l’après-midi suivant sa cuite. 

Certainement suite à quelques conneries de plus dans sa froide Alaska, il a débarqué un jour aux Philippines, barbu et les cheveux descendants jusqu’aux reins. J’ai eu l’occasion de voir quelques photos prises lors de son arrivée sur l’archipel, l’Orang Outang de service, il n’y a pas d’autre mot pour le décrire et encore, c’est presque une insulte pour la beauté du grand singe. Il a rapidement compris que cheveux longs et barbe n’étaient pas de saison aux Philippines et après un passage chez le Barber shop local, il a repris un aspect plus humain.


Quelques aventures féminines ici et là lorsqu’il se trouvait à Manille et hop, très rapidement il se fait alpaguer par une jeune beauté qui travaille dans un bar de la capitale. La mère de la jeune beauté, sentant la bonne affaire, je ne sais ce qu’il avait raconté sur sa santé financière, conseille sa fille qui se retrouve rapidement enceinte. Mariage en petite pompe et nous retrouvons notre phénomène marié avec une épouse enceinte.

La jeune beauté accouche d’une petite fille qui sera prénommée Jessica. Mais le couple ne fonctionne pas aussi bien que cela. Lui, coureur de jupons invétéré, saoul comme un cochon jour et nuit et ses finances sont maigres. Si ma mémoire est bonne, il vivait sur une petite pension que lui versait son assurance suite à son accident. Cette assurance était à l’époque, toujours si ma mémoire est bonne, de l’ordre de vingt-cinq mille pesos (25.000 pesos équivalent de € 400 à 450). Même si la vie est relativement peu chère de nos jours, elle l’était nettement moins il y a une douzaine d’année, cela lui permettait de vivre, mais sans faire beaucoup d’extras.

Ce dont je me souviens de ses extravagances,  lorsqu’il se trouvait à Manille, c’est de son séjour en prison. Cela l’avait semble-t-il profondément marqué. Comme il me le racontait : «  comment dormir à trente dans une cellule qui doit faire dix mètres carrés, qui est une fournaise, avec des gens pas toujours sympa et dont je ne parle pas la langue ?».

Il était devenu cheval, il lui arrivait de s’endormir debout, maintenu dans cette position par ses codétenus.

Prison philippine

Il faut dire que, suite à une altercation avec un tricycle, certainement pour un différent sur le prix de la course, il avait expédié ce dernier à l’hôpital salement amoché.
L’intervention d’un membre des services du consulat américain lui permettra de bénéficier de quelques améliorations dans sa condition de détenu. Une cellule plus grande avec seulement deux autres détenus, un ventilateur pour rafraichir ou tout du moins ventiler l’atmosphère et une nourriture plus conforme à son statut d’étranger, son statut de ‘’Kano’’

Comme tout s’arrange toujours au pays des 7.107 îles, il ressortira rapidement de sa geôle, après avoir payé les frais d’hospitalisation du tricycle driver raccommodé et de quelques milliers de pesos destiné à compenser le préjudice physique subit par ce dernier. 

La situation du couple se détériore au fil des jours et des semaines et la belle-mère, s’apercevant de son erreur, décide de changer son fusil d’épaule. Elle a de nouvelles vues pour sa fille ; un Américain, retraité de la Navy, avec une pension qui lui semble correcte et qui apparait comme fortement intéressé par sa petite poupée. Problème, c’est un ami de Thony !

Qu’à cela ne tienne, il suffit d’offrir quelques bouteilles à notre ami Thony afin que, totalement saoul et endormi, il laisse rapidement sa place à l’amant et ami. Pour faire bonne mesure, de temps en temps on lui offre une petite, pas un homme à refuser ce genre de cadeau notre beau blond ondulé et il consomme, les filles comme l’alcool.

La rivière à Ternate

La situation devenant rapidement intenable il décide de partir. Mais en emmenant sa gamine, la petite Jessica, avec lui ; ainsi que quelques meubles et appareils divers, des bricoles achetées avec sa pension.

Pourquoi a-t-il atterri à Ternate ?  Je ne sais pas, j’avoue ne pas me remémorer de la chose, mais me l’a-t-il dit ? Sincèrement je n’en ai pas le souvenir. Peut-être du fait qu’à l’époque Ternate était le terminus. La route qui mène de nos jours à Nasugbu était encore en projet, dans les cartons dirons-nous. Donc, un peu comme ces squatters qui arrivaient à Ternate après avoir quitté la capitale, notre ami Thony a débarqué un jour dans notre petite ville de province et s’y est installé pour quelques temps. Terminus, tout le monde descend.

Donc, un jour, alors que nous habitions encore dans la villa de Sapang, débarque à la maison ce grand gars un peu disloqué. Il se présente comme un Américain, nouvellement installé à Ternate, qui a perdu son portefeuille avec tout son argent à l’intérieur et qui souhaiterait m’emprunter quelque argent, ceci pour quelques jours, jusqu’à ce qu’il reçoive sa pension qui tombe régulièrement tous les mois. Il se propose de me laisser son passeport en garantie, passeport qu’il sort d’une vaste poche d’un short blanc. Il me tend le passeport, sur lequel je jette un rapide coup d’œil.

Gonflé le mec, on se rencontre pour la première fois et directement il voudrait essayer de me taper.   Afin de connaître un peu mieux le personnage, je lui demande de m’expliquer comment il a fait pour perdre son portefeuille. Et là, il entre dans des explications qui ne vont nullement me convaincre : « Je me trouvais dans un bar et je me suis rendu aux toilettes. Là, j’ai baissé mon short et c’est certainement à ce moment que mon portefeuille a glissé de la poche arrière de mon short ». Je ne suis pas vraiment convaincu de son explication et je lui pose la question : « Comment as tu fais pour payer ? ». « J’avais payé d’avance ».

Le quartier de Thony à Ternate

Je reparlerai avec lui de cet épisode quelque temps plus tard et il me donnera une version plus conforme à la réalité, quelque chose que je soupçonnais, mais qu’il ne souhaitait pas avouer. Il se trouvait bien dans un bar, en compagnie de quelques jeunes filles charmantes à qui il payait à boire. Il a bien été aux toilettes, mais après, il y a comme un trou noir dans sa mémoire. Il présume qu’il s’est endormi et que quelqu’un lui a fait les poches durant son sommeil. À son réveil il n’a pu que constater la disparition de son argent. Le portefeuille était bien là, mais vide.

La somme qu’il souhaite m’emprunter n’étant pas d’un montant considérable, je lui demande s’il n’aurait pas quelque chose de plus tangible à m’offrir en garantie. Un passeport c’est peut-être bien, mais que fais-je avec ce document si le gars, que je rencontre pour la première fois, disparait dans la nature philippine ? Je sais bien qu’il existe des trafics de documents officiels, mais ce n’est pas, loin de là, mon secteur d’activité.

Il me répond qu’il a un téléviseur, une chaine HiFi, une table, des chaises, un réfrigérateur, un sofa, deux fauteuils, etc.
Un des hauts parleurs de ma chaîne venant tout juste de tomber en panne, je pourrais éventuellement être intéressé par ses speakers, à la condition toutefois que ceux-ci soient compatibles. Puissance et résistance ohmique.

Il louait une petite maison, moitié parpaings et ciment, moitié bambou et nipa, dans le Barangay Sapang deux, à environ cinq cents mètres de notre habitation. Je crois me souvenir que l’endroit était sombre, car il n’y avait pas ou peu d’ouvertures sur l’extérieur, que c’était bas de plafond et totalement en désordre. Du linge partout, des CD traînaient sur le sol mélangés à des jouets d’enfant, quelques livres, des photos ainsi que de nombreuses bouteilles d’alcool vides.  

Les hauts parleurs étant compatibles avec mon équipement, nous faisons rapidement affaire et je lui donne les deux mille pesos demandés.  Deux mille pesos qu’il me rendra quelques semaines plus tard  en reprenant ses deux speakers.

Soleil couchant sur la baie de Manille, plage du Bucana

Autant c’était un gars qui pouvait être presque agréable quand il était à jeun, autant c’était une catastrophe quand il était sous l’emprise de boissons alcoolisées. Nous le voyions passer sur la grand route, Jessica tenue dans ses bras et c’est souvent qu’il faisait les bords de route. En fait il marchait en zigzag, mais en traversant la route, passant d’un bas-côté à l’autre. Ce qui fait que pour effectuer un kilomètre à pied,  en ligne droite, ce qui généralement doit être la norme,  lui devait en faire trois ou quatre du fait des zigzags. Tous ces shorts possédaient de grandes poches dans lesquelles se trouvaient régulièrement un ou deux flasques d’Emperador (un Brandy espagnol très populaire aux Philippines).

Il marchait une centaine de mètres, déposait sa fille, récupérait la bouteille qui se trouvait dans sa poche, dévissait le bouchon, portait le goulot à sa bouche et hop… une bonne gorgée pour la route. Si jamais la bouteille était vide, il déposait Jessica,  enlevait le sac à dos qu’il portait à l’épaule, fouillait dans ce dernier et en retirait un nouveau flasque qui, après une rasade, se retrouvait automatiquement dans sa poche. Il tombait rarement en panne. Mais parfois, désargenté,  il passait à la maison, ma maison, afin de se faire payer à boire. Sauf dans les périodes où l’argent se faisait rare, il n’était pas radin et m’offrait régulièrement un coup, voire plusieurs, quand je passais chez lui.

Mais, afin de vous présenter un peu mieux le personnage et surtout ses aventures philippines, je vais vous conter trois anecdotes. J’étais témoin dans deux des épisodes, mais pas dans le troisième et je vais donc commencer par ce dernier.

Un jour, alors qu’il s’en revenait de Manille où il avait récupéré sa pension, certainement très assoiffé des deux heures qu’il venait de passer dans le bus, il se fait arrêter à Naïc, à l’intersection de la High Way et de la route qui va en direction de Trece  Martires. Il pouvait être cinq heures de l’après-midi et, en bon connaisseur du coin, il savait qu’il lui serait possible de se désaltérer dans un des bars qui se trouvent dans ce secteur. L’endroit peut être considéré comme le Red Light district de Naïc et se composait, à l’époque, d’une douzaine de bars avec hôtesses, des GRO comme l’on dit ici, pour Guest Relation Officer. En fait des bars montants, bien que dans ce secteur on ne monte pas beaucoup, toutes les constructions sont de plein pied.

Maisons coloniales, ville de Taal

Combien de bars a-t-il visité, a-t-il utilisé les services de quelque demoiselle ? Je ne sais pas.
Ce  que je sais par contre, il me l’a un jour raconté et j’ai eu confirmation de l’histoire par un policier de Maragondon, c’est qu’il est arrivé fort tard, ou plutôt de très bonheur dans cette ville.  Ville qui se situe à deux kilomètres avant Ternate en venant de Manille.

Il faut savoir qu’il ya encore quelques années, une seule compagnie de bus desservait Ternate, la compagnie Saulog.  Le dernier bus de cette compagnie devait quitter Manille aux environs de vingt heures trente et arriver à Ternate vers vingt-trois heures trente. La plupart des bus en provenance de la capitale s’arrêtaient alors à Naïc, mais deux ou trois compagnies devaient avoir un terminus à Maragondon.

Je présume que notre Thony, saoul comme une bourrique sur le bord de la High Way, est monté dans le premier bus qui passait et que ce dernier l’a transporté jusqu’à Maragondon. Maragondon où… tout le monde descend.

Notre Thony, maintenant saoul comme un cochon, n’oublions pas qu’il a toujours au minimum un flasque d’Emperador dans ses poches, se met, alors qu’il doit être entre deux et trois heures du matin, à la recherche de son domicile.
 Il est fatigué, il faut qu’il se couche, il n’en peut plus. Oui, mais il a oublié qu’il se trouve à Maragondon, pas à Ternate.

Il cherche, il passe dans une ruelle, puis dans une autre, revient sur ses pas, part dans une nouvelle direction, s’arrête ; Il sort le flasque de sa poche, dévisse le bouchon, une bonne gorgée, puis une autre pour faire bonne mesure, le temps de se donner un peu de réflexion, de se souvenir. Il repart  en titubant, de plus les ampoules anémiques de l’éclairage municipal ne donnent que des lueurs blafardes. Ah, il lui semble reconnaitre cet endroit… en tournant à gauche, puis à droite dans cette petite ruelle… oui, c’est ça, ici, cette maison. Il cherche dans ses poches, dans son sac, mais ne trouve pas ses clés. Pour lui, dans son délire alcoolique, aucun problème, ce n’est pas la première fois que cela lui arrive. Un peu d’élan, un grand coup d’épaule et la porte est ouverte avec fracas.

Environs du lac Taal

Fracas qui va réveiller en sursaut un couple de personnes âgées qui dormait là du sommeil du juste.
Mais c’est qu’il n’est pas content notre Thony à la vue de ce couple apeuré.
Il engueule les deux vieux, les invectives, leur demande ce qu’ils font dans sa demeure en pleine nuit… puis s’écroule sur le sol et se met à ronfler, terrassé par l’alcool.

Les voisins, alertés par les deux petits vieux, vont venir tenter de réveiller l’ivrogne et de le sortir de la maison.

Mais il ne veut rien savoir le Thony, il ne veut pas bouger, il veut qu’on le laisse dormir. C’est la police qui, arrivée sur les lieux, va l’amener au poste pour quelques explications. Il s’en sortira bien, n’ayant à régler que le coût de réparation de la porte ainsi que quelques milliers de pesos pour la peur qu’il a causée au petit couple de personnes âgées (cinq ou si mille pesos je crois).

Un jour, alors que nous nous trouvions sur la terrasse de ma maison à siroter quelques boissons fermentées, nous en sommes venus à parler pêche. J’avais, lors de l’achat d’une précédente Bangka, hérité d’une quinzaine de filets de pêche. Filets que je n’avais jamais utilisés, trouvant la pose, et la récupération de ces derniers, particulièrement difficile, pénible et surtout fatigante. De plus, le filet c’est plus de la pêche professionnelle, alors, plutôt que de concurrencer les pêcheurs locaux, j’ai toujours préféré et de loin, la pêche de détente ; la palangrotte à main, qui permet de bien sentir le poisson, le lancer léger et un peu de petite traîne.

L’ami Thony, se trouvant fort désargenté à cette époque, me fait savoir qu’il a pêché au filet en Alaska et qu’il sait comment poser ces derniers.   Son intention serait d’attraper suffisamment de poissons afin de les vendre à son entourage et de se faire ainsi quelque menue monnaie. J’avoue que je ne suis pas très chaud pour la chose, de plus commençant à connaître un peu le phénomène, je peux dire que je suis très hésitant.

Barques de pêche sur leurs baraan à marée basse

Comme il insiste, je lui dis : « Ok, demain matin, comme j’avais l’intention d’aller à la pêche, rendez-vous ici vers neuf heures, nous prendrons quelques filets que nous poserons, puis nous irons pêcher à la palangrotte, non loin des filets que nous pourrons ainsi surveiller ». Donc rendez-vous est pris pour le lendemain matin. Connaissant mon lascar, il y a une chance sur deux pour que, ivre comme il l’est pratiquement tous les soirs, il ait oublié au matin que nous avons rendez-vous pour aller à la pêche.

Et bien non, le phénomène est là, alors qu’il fait encore presque nuit et qu’il doit être dans les six heures… du matin !
Je lui offre un café, nous discutons un peu et je  lui dis de repasser vers neuf heures ; du fait de la marée basse, nous ne pouvons sortir la Bangka à cette heure matinale, mais vers neuf heures cela devrait aller

Huit heures et demie, il arrive ; il doit être réellement fauché pour avoir une telle motivation.
Les filets, le matériel de pêche, une rame, deux ancres, l’outillage pour le moteur, l’essence, la glacière avec des boissons fraîches, les appâts, en l’occurrence une dizaine de petits calamars, des cordages… il nous faudra faire deux voyages pour tout emmener à la barque. C’est lui qui porte les filets, huit filets, ce qui nous donne une longueur totale de huit cents mètre et à quatre à cinq kilos de plomb par filet, il est chargé comme un bourricot le Thony.

Oh, oui, à la façon dont il zigzag sur la route, il est vraiment chargé et pas uniquement de filets.
Je lui pose la question : « Tu as bu ? ». Ce à quoi il me répond candidement « Je m’ennuyais à attendre, aussi ai-je terminé une bouteille d’Emperador qui traînait dans la cuisine ».
Joyeux, partir en mer avec un gars qui est saoul à neuf heures du matin !

Je retire les cordages qui retiennent la Bangka sur son ‘’baraan’’. Le baraan c’est une sorte de ponton de bambou, incliné, qui permet de monter et de descendre la barque hors de l’eau, évitant à celle-ci de rester en permanence dans la rivière.

J’explique alors à Thony comment nous allons opérer.
Nous allons nous positionner de part et d’autre de la Bangka, au niveau de la balance avant et pousser pour la faire glisser dans l’eau, je la retiendrai avec une corde passée deux fois autour d’un des bambous du baraan.
Simple non ?

Villas de Puerto Azul

Apparemment pas pour lui, il pousse comme un forcené, la barque glisse,  il voit la fin du baraan arriver, donc l’eau, il se cramponne à la balance et plonge tête la première dans la barque.
La Bangka est maintenant à l’eau, retenue par un cordage que j’ai enroulé autour d’un bambou.
Tout ce que je vois de Thony ce sont ses jambes, deux jambes qui dépassent du bastingage et qui s’agitent en tout sens.
Il me faudra aller le décoincer, car du fait de l’alcool et de sa hanche, il est coincé le phénomène.

Se rendre sur le lieu de pêche, poser les filets, passer une partie de la journée à pêcher, tout ce passe à peu près bien. C’est à partir du moment où il décide de se baigner que les choses vont se gâter.

Lorsque je lui avais demandé s’il savait nager, il m’avait répondu qu’en tant qu’ancien ‘’Seal’’, cela ne lui posait pas vraiment un problème. Les ‘’seals’’ se sont ces commandos spéciaux qui prennent part aux missions les plus difficiles, les plus dangereuses aussi. Spécialistes des sauts en parachute, des plongées sous marines aux limites de l’extrême, du maniement des armes de toutes sortes, des sports de combat, etc. De véritables surhommes hyper entraînés.

De ce fait je ne me suis pas inquiété pour lui quand j’ai entendu un grand plouf qui indiquait son entrée dans l’élément liquide. Mais, après peut-être une minute, j’ai eu comme un pressentiment, je me suis mis debout et je l’ai cherché du regard. Rien en vue. Ah, peut-être là-bas, au bout de la balance, il semble y avoir comme un remous, le seal semble avoir retrouvé son élément. Sa tête apparait, disparait, apparait de nouveau… bouche ouverte, il tousse, crache…
Le ‘’klong’, il est en train de se noyer notre seal ! Je plonge, arrive jusqu’à lui, le soutiens, je fais gaffe, car il aurait tendance à me faire couler, je l’invective et lui montre comment s’accrocher au flotteur de la balance.

Le monter sur la barque, chose qui demande quelques acrobaties qu’il est incapable de réaliser, va prendre du temps.
Il se conforte avec une grande rasade d’Emperador, une bouteille sortie de son sac à dos et qu’il s’était bien gardé de me montrer.

Bangka sur la plage de Kamandag

Nous remontons les filets, puis direction Ternate où nous arrivons sans plus d’incident.
Thony  récupère quelques kilos de poissons qu’il va vendre dans son voisinage.

Un après-midi, alors que je me trouvais sur le balcon à lire, arrive un Philippin tout essoufflé. C’est un jeune homme que je connais de vue et qui me dit « Quick you go to Thony house, he needs you ».
Je demande des explications, mais rien… soit le vocabulaire en anglais du jeune homme est par trop limité, soit il ne souhaite rien me dire. Direction la maison du phénomène ; que lui est-il arrivé de nouveau ?

Il habite désormais dans la maison de Brian, un sergent anglais arrivé pour effectuer du déminage aux Philippines après la guerre et qui n’est jamais reparti. Brian étant décédé il y a quelques années, son épouse loue ce qui était leur maison.

Une seule pièce, immense ; les cloisons qui délimitaient anciennement les pièces ont été enlevées, totalement détruites par les insectes. La charpente de bois est sérieusement attaquée elle aussi, le toit menace de s’effondrer.
Et notre Thony est là, allongé sur son lit de fer blanc qui ressemble à un lit d’hôpital. Sa tête est ceinte d’un bandage, ce qui le fait ressembler à un blessé de la Grande Guerre.

À mon arrivée il essaye de se lever, avec semble-t-il pas mal de difficulté et se sert du seul fauteuil qui lui reste comme d’un déambulatoire.  Que s’est-il passé ?

« Hier soir, alors que je rentrais tranquillement, j’ai été attaqué par quatre gars et un cinquième m’a assommé par derrière  avec une pierre, alors que je faisais face à mes premiers agresseurs. J’ai perdu connaissance et lorsque j’ai repris conscience je ne pouvais plus bouger ». « Il y avait du sang partout et j’avais terriblement mal à la hanche, là où se trouvent des broches ; j’ai réussi à ramper jusqu’à la maison, j’ai fermé la porte avec beaucoup de difficulté et je suis resté sur le sol, sans bouger durant toute la nuit ». « Ce n’est que ce matin qu’il m’a été possible de rejoindre mon lit ».

Cela ne m’étonne nullement qu’il se soit fait agressé. Lorsqu’il est saoul il devient méchant, insulte les gens, les jeunes comme les vieux, se moque de ses voisins et parfois provoque des bagarres. Comme je présume qu’il était totalement imbibé, les autres, qui ne s’y seraient pas frottés s’il avait été à jeun, ont profité de son état d’infériorité pour lui donner une sévère correction. 

Il s’en remettra, si seulement cela pouvait lui servir de leçon…

L'île de Corregidor et Bataan

Aux dernières nouvelles, qui ne datent pas d’hier, car cela doit faire sept à huit ans qu’il a quitté Ternate, il était en route pour la province de surigao del Sur, en bordure du lac  Mainit. C’est de cette lointaine province que sa (alors) nouvelle compagne, enceinte, était originaire.  Il avait décidé de réparer la maison familiale et de s’y installer.

Des phénomènes, des originaux, des cinglés, des frappadingues, des azimutés, des cinoque, des siphonnés, des mabouls, des dingues, des irresponsables, des fêlés et des foldingues… j’en ai rencontré dans ma vie d’expatrié et vous en rencontrerez aussi, donc soyez préparé. Ils semblent être nettement plus nombreux dans les pays qui ne sont pas les leurs.

Je souhaite à tous et à toutes une excellente fin de semaine.

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