Wednesday, January 11, 2012

JOUER ... LE ROBINSON !

N’avez-vous jamais eu la tentation de disparaître, l’envie de jouer le Robinson, le désir d’accéder au plaisir de la liberté, du silence et de la solitude ?

N’avez-vous jamais songé à vous retrouver seul, tout seul avec vous-même ?

Cela peut être le berger dans son buron de pierre tout la haut dans les pâturages, l’ermite dans sa caverne qui surplombe un paysage semi désertique, le marin en solitaire sur l’immensité des océans, mais pour ma part, j’ai préféré, et de loin, la vie du Robinson. Pour être plus précis entre Robinson et naufragé volontaire.

Pas pour des années, des mois ou même pour une semaine … non, plus simplement  pour une seule et unique journée, une journée à revisiter le temps, à savourer la lenteur de la solitude, à apprécier le don si précieux des heures libres.

La mer, j’ai toujours aimé la mer, mais la mer sous les tropiques, la mer bleue turquoise, les plages de sable blanc, les cocotiers qui se balancent au gré des alizés. Certainement la partie bretonne de mes ancêtres et une enfance passée à jouer sur ces plages paradisiaques, sous le soleil exactement. Bonjour les coups de soleil !

Mais revenons-en à Robinson, ou plutôt à mon expérience de 24 heures à jouer le Robinson (presque).

Imaginez une barre de sable blanc située à une dizaine de kilomètres des plus proches côtes. Une barre de sable blanc … à marée basse, la mer quand l’eau remonte et l’on se retrouve au milieu … de l’océan.

Un samedi matin aux alentours de 09 : 00, au large de la ville de Manjuyod, entre l’île de Negros et celle de Cebu, sur ce bras de mer que l’on nomme le Tañon Strait.

Quatre ‘’maisons’’, sortes de huttes locales montées sur pilotis, qui semblent posées sur l’eau au milieu de nulle part.

Ma banca ou Bangka, une pirogue à balanciers, approche de la dernière de ces structures, celle tout au bout, la plus éloignée de la rangée.

La mer est parfaitement calme, un miroir de couleur bleu-vert sur lequel se reflète la hutte et les pilotis. Jolie manœuvre, facilitée par le calme plat et la banca se retrouve le nez sous une échelle, échelle qu’un membre de l’équipage libère en défaisant le nœud d’une corde.

Six marches plus tard je suis dans ou plutôt sur le plancher de la hutte, car celle-ci est ouverte sur trois côtés. Une seule pièce et vous pouvez me croire, aérée.

Deux grands bidons d’eau sont amenés de la banca, eau qui va me servir à me laver et aux toilettes. Les couvertures et les coussins qui se trouvaient là sont remplacés par de nouveaux et, avec une précision de cliniciens, deux membres de l’équipage transforment la hutte en un lieu de vie qui devrait-être suffisent pour les prochaines 24 heures.

« Everything fine, Sir ? We shall return tomorrow around 9 am » me lance le capitaine de la banca avant de mettre en route son moteur. Sur ces mots, ils me quittent, me laissant seul sur ce fragile édifice ancré au milieu de l’océan.

Donc je me trouve maintenant dans ma résidence maritime provisoire, laquelle se situe sur un banc de sable, à une dizaine de kilomètres de la côte la plus proche. Je sens que je vais avoir du mal à m’échapper !
Je remarque que depuis mon ‘’check-in’’ l’eau est encore montée un peu plus ! L’on aperçoit clairement le sable sous l’eau et des bancs de petits poissons multicolores naviguent entre les pilotis de mon logis provisoire.

Oh, les plots qui supportent l’édifice me semblent ridiculement fragiles !

Donc je me trouve sur une sorte de spacieux balcon, une petite terrasse qui surplombe l’eau de peut-être un mètre, pas plus … je souhaite que la mer soit arrivée à son plus haut niveau, car s’il y a des vagues durant la nuit …

Disons huit mètres par cinq pour le ‘’balcon’’, qui est décoré d’un sofa en rotin, d’une petite table en bois et de six tabourets. La chambre est juste assez grande pour contenir deux lits … en bambou. Je ne vais certainement pas dormir cette nuit, le lit de bambou ayant tendance à me briser les os.

Une cuvette wc, sans siège … une cuvette plastique, un seau, un tabo et les eaux usées sont récupérées dans une citerne intégrée à la structure.

Seule touche de modernité, un petit panneau solaire relié à une batterie et qui va pouvoir alimenter deux petites lampes durant la nuit.

Un petit test avec les lampes … les deux fonctionnent, je n’aurai pas à utiliser les deux ‘’flash light’’ emportées par précaution.

Je m’assois sur le bord de la terrasse, mes jambes se balançant dans le vide à quelques centimètres de la surface de l’eau. A l’Ouest-nord-ouest, l’île de Negros avec le Mont Talinis, facilement reconnaissable, le plus haut cône de cette partie de l’île (1903 m). Vingt-quatre heures à ne rien faire sauf penser, regarder et contempler.

Vers 10 : 30, au loin, tout là-bas, une banca arrive à l’extrémité du banc de sable, une grosse banca, plus grosse que celle qui m’a amené, son tirant d’eau ne lui permet pas d’approcher plus près.
Une bonne trentaine de personnes à bord.

Certains des passagers se mettent à l’eau pour rejoindre la hutte la plus éloignée de la mienne. Une minorité nage, les autres ont de l’eau jusqu’au torse et avec le vent qui s’est levé … il commence à y avoir des vagues.

La majorité restée à bord doit commencer à s’impatienter sous le soleil qui commence à taper sérieux.
Certainement des gens qui viennent passer la journée.    
                               
Un petit inventaire de mes provisions qui se trouvent dans une glacière.
Un saucisson, du jambon sec, des Siopaos, une salade composée, un morceau de comté, une moitié de chèvre cendré, 125 gr de beurre, de la confiture de fraise, deux gâteaux au chocolat, une boîte de gâteaux secs salés et des fruits … mangues et letchis. Plus un paquet de pain en tranches. Pour la partie liquide, un thermos avec du café, trois bouteilles d’eau minérale, deux cokes, quatre SBM lite en can et un flasque de rhum Tanduay. Pour le rhum, vous devez savoir qu’il ne faut jamais prendre la mer … sans rhum.

Je devrais pouvoir survivre aux prochaines 24 heures.
Et si l’on ouvrait une petite bière … avec quelques gâteaux salés ?

La majorité des touristes viennent dans cette région pour voir les dauphins qui se trouvent en permanence dans cet endroit du Tañon Strait.
Des Spinner dolphins par dizaines hantent ces lieux et suivent par moment les bateaux qui y circulent. Dans le tour proposé pour voir les dauphins il est très souvent inclus un arrêt sur la barre de sable, au retour.

Mais mon projet pour cette journée est de rester 24 heures sur mon banc de sable, nous irons voir les dauphins après demain.

Une petite trempette dans un peu plus d’un mètre d’une eau qui s’agite  sous l’effet des vagues provoquées par un vent qui souffle de plus en plus fort. Il commence à y avoir des moutons sur les crêtes des vagues.

12 : 20 Tous les bateaux qui se trouvaient dans les alentours ont maintenant disparu, cela souffle de plus en plus fort et donc s’agite de plus en plus. Plus question de nager.

Attaquons le repas, restaurons-nous, car il n’y a rien d’autre à faire.
Une partie de la salade, saucisson, jambon … mon pain me manque.
Le jambon sec, même avec du beurre demande un autre pain que de mie.
Mais la bière est fraiche … bonne, j’aurais dû en apporter plus.
Un morceau du comté, quelques letchis, une mangue et je me sens à nouveau d’attaque.

Mais pas question de se baigner. Quelques mouettes que je retiens en leur lançant un peu de pain de mie. Je contemple le ballet de petits poissons et … je me réveille en sursaut au bruit de voix et de bruits de pas sur mon escalier. Il y a maintenant un bateau, qui semble ancré, pas très loin de ma hutte et trois passagers, certainement venus à la nage se trouvent maintenant sur ma terrasse. De jeunes Philippins qui m’expliquent, dans un très bon anglais, qu’ils sont  des étudiants de Dumaguete venus voir les dauphins. Plusieurs de leurs camarades ont le mal de mer et ils me demandent s’ils peuvent  venir sur mon balcon pour reprendre quelques forces. Aucun problème à cela.

En quelques minutes je me retrouve avec une vingtaine de jeunes, filles et garçons, installés sur ma résidence temporaire et, comme tout Philippin qui se respecte, ils se mettent à manger, non sans m’avoir offert de partager leur repas. Ils sont partout, sur le sofa, les tabourets, les marches de l’escalier.

Je regarde l’heure 02 : 30 et la mer semble vouloir descendre.

16 : 30 et une bière plus tard, la mer est suffisamment descendue pour laisser apparaitre une grande partie du banc de sable.
Les jeunes jouent au volley, inscrivent des noms dans le sable, barbotent pour certains, courent et crient. Mon petit banc de sable, qui doit maintenant bien faire cinq ou six kilomètres de long, se remplit de nouveau arrivants, il doit bien y avoir une dizaine de barques.

17.30 La marée doit être maintenant totalement basse, de nombreux visiteurs réembarquent, le banc de sable se vide. Je suis seul à nouveau, plus personne sur le sable, aucune des autres huttes n’étant occupées, je vais être Robinson pour la nuit.

18 : 00 Dans une demi-heure il va faire nuit, ma dernière bière, toujours avec des gâteaux secs salés. Mon dîner, sans grande modification comparé au déjeuner, m’attend sur la table.

Profitons des dernières minutes magiques du jour, de cette mer dont les couleurs changent, de ces montagnes qui deviennent d’un bleu-violet de plus en plus foncé, de ce soleil qui descend, devenant jaune, rond et gros, puis presque blanc, seul son reflet  sur la mer demeure orange … avant que tout ne devienne gris, puis noir. Magie des tropiques où l’on passe soudain du jour à la nuit, pas de ces longs crépuscules qu’on décrit les poètes.

Ici c’est comme au théâtre, le rideau tombe … brusquement et il n’y a pas de rappel.

J’ai dîné, pratiquement la même chose que ce midi, les seules modifications ont été un peu de Minudo donné par les jeunes et j’ai goûté au chèvre … mais sans pain digne de ce nom. J’aurai dû apporter une bouteille de vin.

Un peu de café, quelques gorgées de rhum.

21 : 00 Le vent souffle toujours, en rafales qui semblent parvenir de différentes directions, les vagues s’écrasent sur les plots, la hutte subit en vibrant, parfois elle semble bouger, osciller sous les coups de boutoirs … et si, je me vois mal dériver toute une nuit, accroché à un morceau de bambou. L’eau monte toujours, avec la lampe qui diffuse une maigre lueur, je constate que l’eau monte … plus haut que ce matin, elle atteint pratiquement le plancher de la hutte. Et si … je peux toujours monter sur la table, puis y ajouter un tabouret, je vais facilement gagner un mètre. La glacière et mon sac, sur la table, en premier.
Quelques gorgées de rhum …    
        
Assis sur le sofa je grignote mes derniers gâteaux secs. Un coke avec le rhum, il commence à faire froid. Et si un cargo venait à s’échouer à pleine vitesse, pourrait-il atteindre la hutte ?
Et je me souviens lors de mon arrivée : quatre ‘’maisons’’, sortes de huttes locales montées sur pilotis, qui semblent posées sur l’eau au milieu de nulle part.
Mais peut-être s’agit-il de vaisseaux extraterrestres qui se trouvent en lévitation et qui sont là pour piéger des terriens ?
Une fois, un ou plusieurs terriens à l’intérieur, piégés, le vaisseau va décoller silencieusement et disparu le touriste venu s’aventurer sur ces mers inconnues.

Là-bas, mes yeux me jouent des tours ? J’ai cru voir un tsunami qui se formait, des lumières sur l’eau, certainement des pêcheurs, donc il n’y a pas de tsunami.

J’aurais bien été faire un petit somme, mais avec les lits de bambou !
03 :30 J’ai dû faire un petit somme.

Etrange comme tout est calme maintenant, il m’en a fallu du temps pour le réaliser. Plus de vague et plus un souffle de vent, plus d’eau non plus sous la hutte. Un petit tour sur mon banc de sable ; la lune qui vient de se lever me donne une vision nouvelle du monde qui m’entoure, une vision nouvelle de mon île.

Je m’approche de l’eau, m’avance un peu plus, l’eau est tiède.
Pourquoi pas ?
Short, jaquette et teeshirt se retrouvent sur le sable et moi, pratiquement nu, dans l’eau qui est tiède. Pas trop le temps de barboter, des lumières approchent, les premiers pêcheurs, ils vont certainement poser leurs filets et comme ils semblent venir sur moi … Temps de se rhabiller, pas l’envie de me faire surprendre dans la tenue d’Adam, de plus sans feuille de vigne, la vigne ne pousse pas sur mon île de sable.

06 : 30 Il fait maintenant grand jour, le soleil s’est levé vers six heures trente et je termine ma troisième tasse de café. La mer est plate, pas une ride, juste troublée par endroit par les sillages des barques des pêcheurs qui sont maintenant de plus en plus nombreuses.

08 : 45 Ma banca réapparait, vient se positionner en face de mon éphémère habitation, deux membres d’équipage en descendent, viennent à ma rencontre, contrôlent que tout est en ordre et emportent mes légers bagages.

Au revoir ma hutte fragile posée sur l’eau, au revoir mon île de sable, Robinson retourne vers la civilisation.
Etonnant comment cela peut se passer différemment quand on est seul !
Surtout la nuit.


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