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Saturday, February 8, 2014

MANILLE ... CONTRE PROVINCE !

Etonnant pays, certains l’adorent, d’autres le détestent, il  semble n’y avoir aucun juste milieu, uniquement les extrêmes.

L’on peut se poser la question de savoir pourquoi ?


J’ai déjà abordé ce sujet dans mon billet
http://expatauxphilippines.blogspot.com/2012/01/philippines-pourquoi_13.html   j’y donne un début de réponse.

Mais il se pourrait également que certains n’y trouvent pas ce à quoi ils s’attendaient.

Premièrement, tout va dépendre du ou des endroits que vous allez visiter, de l’endroit où vous allez séjourner, de l’endroit où vous allez vivre, pour ceux qui viennent s’installer.

Manille, dans une moindre mesure les autres grandes villes, ressemble  à de nombreuses autres capitales qui se trouvent sous ou proches des tropiques. Tout du moins c’est la première impression que la ville peut donner au nouvel arrivant.

De grande avenues et des rues qui se croisent à angles droits, des embouteillages, de nombreux feux tricolores, une présence policière renforcée, des ralentisseurs en veux-tu en voilà, des buildings de quarante étages et plus à perte de vue, bien que la vue soit de plus en plus limitée, sommes-nous aux Philippines ?

Des places, des ronds points aménagés, des boutiques de luxe aux noms internationaux, des restaurants qui offrent les cuisines du monde entier, de puissantes voitures, les derniers modèles venus d’Europe, des États-Unis ou du Japon et qui feraient pâlir d’envie nombre de capitales occidentales.

Avec ces rangées de cocotiers, de palmiers et d’arbres tropicaux, ces rues propres et rectilignes (sauf à Makati), si ce n’était le bronzage des policiers et des gardes de sécurité, l’on pourrait très bien se croire, compte tenu de la température, en Floride ou en Californie.
Il s’agit de la Manille moderne. 


Ici et là il vous sera possible de voir de la misère ou tout du moins ce qui vous apparait comme de la misère.

Si vous vous rendez au fort (Fort Bonifacio Global City) en venant de Buendia, quand vous passez au- dessus d’EDZA en utilisant le Kalayaan fly over, regardez en direction du nord, le contraste est saisissant, des grattes-ciel d’un côté, ce qui ressemble à des taudis de l’autre.

Quelques familles avec de nombreux enfants qui dorment sur des cartons dans le quartier d’Ermita, des gamins qui passent de voiture en voiture en quémandant quelques pièces au niveau de l’intersection d’EDSA et de Roxas Boulevard, des familles entières qui dorment, installées le long des contre-allées de ce même boulevard.

Où se trouve la vraie misère, ces bidonvilles abondamment décrits par les médias, ces pauvres, ces gamins en haillons qui courent pieds nus dans des rues pavées de nids d’éléphants, ces mendiants, ces familles à la recherche de leur pitance journalière dans les détritus et ordures rejetés par la capitale ? 

Pour cela il faudrait que vous écartiez un peu des grands axes, que vous délaissiez les quartiers de Makati, du Fort, de Pasig, de Mandaluyong ou d’Alabang. Que vous vous aventuriez dans les ruelles de Santa Cruz, de Quiapo, de Tondon ou de Binondo dans le vieux Manille, ou peut-être du côté de Cubao, de Novaliches, du Old Balara ou de Culiat, le Barangay musulman de Quezon City. Valenzuela, les berges de la Pasig River offrent également ces tristes spectacles.


Dans le vieux Manille, du côté de Tondo, la ‘’Smokey Mountain’’  n’est plus l’horreur qu’elle était. Néanmoins, il vous sera possible de voir des gamins grattant la colline à la recherche de morceaux de bois qui seront transformés en charbon de bois.
http://expatauxphilippines.blogspot.com/2013/07/tondo-la-smokey-mountain.html

Mais cela existe également au centre de la capitale, encore faut-il faire l’effort de le découvrir. En passant, confortablement installé sur le siège arrière de votre taxi, vous ne verrez rien ou presque rien. 

Ici la misère se cache, elle ne s’étale pas et aux endroits où il serait possible de la voir ouvertement, rares sont les touristes et étrangers qui s’aventurent dans les villes et villages de squatters.

Las Piñas, en limite de Bacoor, propose également ses villages lacustres posés sur les lagunes, avec en fond les immeubles de Makati. Ils sont bien visibles à partir du Cavitex, l’autoroute qui va vers le sud en longeant la baie.

Adriatico Street, haut lieu du tourisme local s’il en est, allez-y faire un tour, de nuit, à proximité de son intersection avec Quirino Avenue. Regardez bien dans les jeepneys, les tricycles et pedicabs qui sont parqués de chaque côté de la rue. Des dortoirs, ces moyens de locomotion de jour deviennent des dortoirs la nuit.

Ici un père qui dort avec ses trois enfants dans son ‘’pedicab’’, ce mini vélo attelé d’un side-car et qui pour quelques pesos va vous éviter de marcher sous l’ardent soleil des tropiques.
Où est la mère ? Est-elle morte, s’est-elle enfuie, travaille-t-elle dans un bar boui-boui éloigné ou se prostitue-t-elle pour quelques dizaines de pesos avec des chauffeurs de taxis ou de jeepneys ?



Dans les jeepneys des familles entières dorment à l’intérieur, sur les toits, sur les capots moteurs et même sur les gros pare-chocs qui se situent à l’avant.

Tous les pedicabs et tricycles sont ainsi occupés par des gens qui les utilisent pour dormir.
Ces gens travaillent le jour, souvent durement et pourtant ils ne peuvent même pas s’offrir une toute petite place avec un toit pour y dormir.

A l’intersection de Quirino Avenue et d‘Adriatico Street se trouve une station d’essence, de nombreux taxis y sont parqués. A l’intérieur de ces taxis, la nuit, les chauffeurs dorment. La majorité d’entre eux habitent dans des lieux très éloignés, ils perdraient beaucoup de temps pour y rentrer chaque nuit.

Une fois par semaine, le jour du colorum, ce système qui limite la circulation des véhicules un jour par semaine en fonction du numéro d’immatriculation, ils rentreront chez eux afin de voir la famille.

Vous souhaitez voir des squatters, suivez à pied la seule et unique voie de chemin de fer qui traverse Manille du nord au sud, du côté de Paco, de Pandacan ou de sampaloc par exemple. Croyez-moi les trains ont des difficultés à se frayer un chemin au travers des cabanes qui envahissent l’espace jusqu’aux ballastes. Les accidents sont fréquents, souvent mortels.

Attention si vous marchez de nuit dans le Rajah Sulayman Park, vous risquez de déranger les nombreuses personnes qui y dorment régulièrement. Et pourtant, vous vous trouvez dans un lieu touristique, en face de l’église de Malate, un endroit où l’on trouve de nombreux restaurants et des étrangers en visite dans la capitale.


Dès que la nuit étale son lourd manteau et la nuit tombe entre dix-sept heures trente et dix-huit heures trente sous notre tropique du cancer, ce sont les demoiselles de la nuit qui sortent. Quand je dis demoiselles, il y a en fait un peu de tout.

Quezón avenue pour les pros et semi-pros, mais il existe des centaines d’endroits pour qui connait.

Des étudiantes, parfois des écolières en uniformes, qui attendent le client aux bords de certaines rues connues des amateurs philippins. FB Harrison St. par exemple, mais je ne vous donnerai pas l’intersection.
Il faut bien payer les études, les fournitures scolaires, quelques sorties et l’indispensable téléphone portable, quand ce n’est pas plus simplement le besoin de se nourrir.

Il est également possible de rencontrer ces pauvres, que dis-je, ces miséreux, dans leurs habitations de fortune qui s‘accrochent aux berges escarpées des cours d’eau qui sillonnent la capitale et sa banlieue.

Faits de bois de récupération, de cartons et de plastiques, ils ne sont guère solides ces abris de fortune. Comme à la moindre pluie de mousson les bras de rivières se transforment en torrents furieux et impétueux qui emportent tout sur leur passage, les abris viennent bloquer l’écoulement des eaux, provoquant par la même des inondations souvent meurtrières.

Sous certains  ponts, des familles entières sont regroupées et vivent là, sans eau ni électricité, sans sanitaires, dans le bruit et la pollution de la circulation routière  intense de la capitale philippine.



Ici des enfants naissent, des personnes meurent, dans l’indifférence générale.

Les Philippines à deux vitesses, deux mondes qui se côtoient sans jamais se mélanger.
http://expatauxphilippines.blogspot.com/2012/12/les-philippines-deux-vitesses.html

Lorsque l’on parle de Manille (Manila en anglais et Maynila en Tagalog), l’on fait généralement référence à la Capitale et seconde plus grande ville en termes de population avec près de deux millions d’habitants. Manille étant la ville la plus peuplée au monde, avec une densité de population qui dépasse les 45.000 habitants au kilomètre carré.

Maintenant, nombreux sont ceux qui confondent encore Manille et Metro Manila. 

Manille se compose de seize zones : Binondo, Ermita, Intramuros, Malate, Paco, Pandacan, Port area, Quiapo, Sampaloc, San Andres, San Miguel, San Nicolas, Santa Ana, Santa Cruz, Santa Mesa et Tondo.

Alors que Metro Manila (The National Capital Region ou le grand Manille) se compose de 16 villes auxquelles nous devons ajouter la municipalité de Pateros. Caloocan, Las Piñas, Makati, Malabon, Mandaluyong, Marikina, Muntinlupa, Navotas, Parañaque, Pasay, Pasig, Quezón City, San Juan, Taguig et Valenzuela.

Alors que la ville de Quezon City est la ville la plus peuplée de l’archipel (environ trois millions d’habitants), l’on estime à une quinzaine de millions la population de la National Capital Region.

Cette région est le centre culturel, économique, politique et d’éducation des Philippines.
Elle compte pour 33% du GDP (PIB) de l’archipel.



Si on ajoute les municipalités qui jouxtent la NCR, l’on arrive à une population totale qui avoisine les 25 millions d’habitants. Soit un quart de la population totale des Philippines.
Les centres des affaires et des activités financières sont regroupées à Makati (Ayala Center et Rockwell Center), ainsi qu’à Bonifacio Global City, Taguig. 

Binondo, la plus ancienne ‘’Chinatown’’ au monde, demeure un centre important des affaires, les riches Chinois continuant à faire leurs business à partir cet endroit et ce, bien qu’ils possèdent des buildings de bureaux et parfois même des quartiers entiers dans d’autres secteurs de Metro Manila.

Il est fréquent, lors d’un rendez-vous d’affaire, que vous soyez invités à Binondo, alors que le siège de la compagnie se situe à Makati ou à Mandaluyong. De plus l’on y trouve d’excellents restaurants, chinois bien évidemment.

Les autres centres financiers de la ‘’Région’’ sont : le Araneta Center, Eastwood City, le Triangle Park de Quezón City et Ortigas Center, situé à cheval sur les villes de Mandaluyong et de Pasig.

Deux nouveaux centre des affaires sont en train de voir le jour, à ‘’Bay City Reclamation Area’’ (portion de terre gagnée sur la baie) et Ayala Alabang avec Filinvest dans la ville de Muntinlupa.

Mais revenons-en à nos pauvres, aux miséreux de Manille.
A mon avis, mais je ne suis pas un expert, Manille est le seul endroit de l’archipel où l’on trouve cette misère, ces pauvres parmi les pauvres. Pourquoi ?

Le mirage, le mirage de la grande ville, ce flux incessant de migrants qui arrivent des provinces touchées par une catastrophe naturelle. Nous avons pu le constater lors de la catastrophe qui a frappé la ville de Tacloban lors du passage du typhon Haiyan. Suite au désastre les gens ne pensaient qu’à une chose, quitter la ville pour rejoindre Manille.

                                                                Squatters à Ternate             

Que vont-ils faire une fois arrivés dans la capitale ?
Ils ne vont que gonfler cette population marginalisée des squatters.

Sans argent, généralement peu éduqués, souvent peu ou pas qualifié, ne parlant que le Bisaya ou une langue locale, que vont-ils bien pouvoir faire pour ne serais-ce que manger ? Comment vont-ils arriver à s’en sortir ?

Souvent en se faisant exploiter. Les jeunes filles et jeunes femmes, les plus belles d’entre elles tout du moins, vont se prostituer, souvent dans un bar-videoke-boui-boui. De nouvelles recrues pour l’industrie du sexe, des proies faciles pour les recruteurs en tous genres.

Certains arrivent à échapper au cercle infernal, l’on en voit de nombreux arriver à Ternate, car ils y ont une connaissance, voire un membre de la famille qui s’y est installé il y a quelque temps. On les voit qui débarquent en famille d’un bus en provenance de Manille, chargés de quelques cartons qui contiennent toute leur fortune. Un bout de terrain désert sur le bord d’une route et ils construisent ce qui va devenir leur ‘’home’’.

Oh, ils vont toujours être pauvres, mais ils ne seront plus jamais miséreux comme ils l’étaient à Manille.

Ici l’entraide existe et il est possible de survivre en faisant de petits boulots. Pêcher, faire du bois dans la forêt, élever des poules, faire pousser des légumes et les revendre au marché, planter des arbres fruitiers, travailler dans les champs, faire de petits jobs dans la construction, etc.



Ils ne mourront pas de faim et auront un toit afin de s’abriter des intempéries, ce qui n’était pas toujours le cas dans la capitale.

Mon épouse me faisait récemment remarquer qu’ils sont de plus en plus nombreux ceux qui parlent le Bisaya dans la ville de Ternate. Mais je vous donnerai plus d’information sur ces nouveaux arrivants dans un prochain billet.

La pauvreté des provinces est très différente et plus supportable que celle de Manille.
Les gens le comprendront-ils un jour ?


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Sunday, July 7, 2013

TONDO ... LA SMOKEY MOUNTAIN !

Mais qu’est devenue la ‘’Smokey Mountain’’ ?

A quelques encablures, au nord du quartier touristique d’Ermita, du Parc Rizal ou du Manila hôtel se trouvent les vestiges de l’infâme ‘’Smokey Mountain’’.

Mais qui de nos jours se souvient encore de la ‘’Smokey Mountain’’ ?

Et pourtant, la Smokey Mountain fût une des plus grandes décharges d’ordures ménagères au monde.

Située sur la partie nord du port, à Tondo, un des plus anciens quartiers de la ville de Manille, cette colline d’ordures plutôt qu’une montagne, brûlait en permanence vingt-quatre heures sur vingt-quatre et ce trois cents soixante-cinq jours par an. Durant plus de quarante ans cette montagne d’ordures n’a pas arrêté d’enfumer les quartiers nord de la capitale des Philippines tout en y répandant des odeurs pestilentielles.

De nos jours il n’en reste plus qu’une colline envahie d’herbes où poussent quelques arbres. Les taudis faits de planches, de carton et de papier qui l’entouraient, ont été remplacés par quelques petits bâtiments colorés de style HLM. Oh, ce n’est pas un quartier touristique et les visiteurs étrangers, même de nos jours, y sont extrêmement rares.

Des 30.000 personnes qui gagnaient leur vie sur le tas d’ordure fumant, seuls quelques milliers ont été relogés dans les petits bâtiments de six étages qui se trouvent sur la partie Est de l’ancienne décharge.

Pour vous la situer, nous dirons que la décharge était bordée au Nord par la rivière Navotas et au sud par la rivière de Tondo ; entre les deux une distance de cinq à six cents mètres entièrement occupée par la colline d’ordure. La partie Est a été aplanie afin de permettre la construction des bâtiments de style HLM. A l’Ouest, une avancée de terre et de béton sur la Baie de Manille, avancée dont les fondations sont faites d’ordure compactées.


Au sud, le long de la rivière de Tondo, il existe encore de nos jours des taudis montés sur pilotis et qui empiètent sur la rivière. Souvenirs de la Smokey Mountain.

Les plus pauvres parmi les très pauvres y ont trouvé refuge.


Pendant plus de quarante ans des familles entières, plus de 30.000 hommes, femmes et enfants ont vécu à côté ou directement sur cette montagne fumante et malodorante dont ils tiraient leurs maigres ressources.

Papier, carton, bouteilles de verre et de plastique, bouts de ferrailles, tout ce qui pouvait être revendu était ramassé, trié, nettoyé parfois, pesé et terminait chez les récupérateurs.

Chaque matin, ils partaient armés d’un crochet de fer, d’un panier ou d’un sac et chaussés de bottes, à l’assaut de la montagne. Ils grattaient, fouillaient et récupéraient ce qui était récupérable ; de ce que les camions bennes déversaient, des ordures sur des ordures.

Excréments, nourritures avariées, produits toxiques, fumées nocives … et pourtant, trente mille personnes vivaient et travaillaient dans cet environnement particulièrement dangereux. 

C’était leur vie, une vie de charognards, d’esclaves des temps modernes, une vie sans avenir, sans espoir, seul l’instinct de survie leur permettait de résister et de tenir.



Aucune chance de pouvoir échapper à cette misère qu’il est impossible de décrire par de simples mots. C’était encore pire que tout ce que vous pourriez imaginer. Même Oliver Twist ou la  petite Cosette sont loin d’avoir enduré ce qu’ont pu endurer certains des enfants présents dans cet environnement.

Malnutrition, pas de scolarisation, pas d’accès à l’éducation, pas ou très peu d’hygiène, pas de soins médicaux, les fumées qui leurs brûlaient les poumons, le travail avec le ventre souvent creux, la fatigue… mais comment ont-ils fait ?

Un lieu sans foi ni loi, où la violence régnait, où les crimes étaient fréquents et où la police n’intervenait que rarement, un coin de jungle au cœur de la mégalopole

L’espérance de vie devait y être des plus réduites, le taux de mortalité infantile y était sûrement un des plus élevés au monde.


Mais qui étaient-ils ?

Quatre vingt-cinq pour cent des personnes qui résidaient sur ou autour de la ‘’Smokey Mountain’’ venait des provinces les plus pauvres du pays. Après un typhon ou une autre calamité naturelle qui avait dévasté leurs maigres cultures et qui les avait laissés sans aucune possibilité de se nourrir, nombreuses étaient les familles décimées par la malnutrition et la maladie.




En plus de souffrir des calamités naturelles, ils devaient également faire face aux mouvements d’insurgés locaux. Des hommes armés qui les réveillaient en pleine nuit pour leur demander une contribution en faveur de leur mouvement. Des médicaments et de la nourriture, qui étaient gentiment demandés une arme pointée sur la tempe, ce qui réduisait considérablement leurs maigres ressources.

Au petit matin, c’étaient les soldats qui arrivaient et qui les accusaient d’être des rebelles ; viols, interrogatoires musclés, tortures, emprisonnements, disparitions, assassinats…

Ceux qui avaient survécu réunissaient leurs pauvres ressources, vendaient le peu qu’il leur restait et venaient tenter leur chance dans la capitale. N’avaient-ils pas entendu parler d’un tel qui avait fait fortune, de cet autre qui envoyait régulièrement de l’argent à sa famille restée au pays ?

Oui, mais là où un réussit, dix mille vont vivre l’enfer.


Les extorsions, les crimes, les meurtres, les assassinats, les disparitions, étaient le lot commun des paysans de nombreuses provinces philippines dans les années 1950 à 1990.
Vous commencez maintenant à comprendre pourquoi certains n’hésitaient pas à faire tout, mais je dis bien tout, pour sortir de cet enfer.

Vous comprenez peut-être maintenant pourquoi certaines jeunes filles, les plus belles d’entre elles tout du moins, souvent presque des gamines, préféraient aller se prostituer auprès des GI américains.




Pour elles mieux valait gagner un peu d’argent avec leur chair, plutôt que de se faire régulièrement violées dans les taudis infâmes de la Smokey Mountain. Un petit nombre d’entre elles s’en est sorti, la majorité a terminé dans la drogue, l’alcool ou la maladie. 

Si l’on ne parlait pas de Sida dans les années 70 et 80, la tuberculose et les pneumonies faisaient des ravages sur ces personnes souvent faibles de constitution.


‘’Tondo’’… même de nos jours, si vous mentionnez ce nom à des habitants de Manille, ceux-ci vont vous regarder comme si vous arriviez de Mars ou d’une lointaine planète. « Mais pourquoi voulez-vous aller là-bas ? ». « C’est dangereux, ce n’est pas sûr … n’y allez pas ! »

Durant de longues années Tondo était connu comme le pire des taudis de la ville de Manille.
Et pourtant Dieu sait s’il y avait de la concurrence.  

Maintenant si vous parlez à des Philippins de la Smokey Mountain, ils vont vous regarder avec un mélange de honte et d’horreur. Ce n’est pas spécialement une image du pays que le Ministère du Tourisme souhaite vouloir propager et promouvoir auprès des touristes.

Durant des décennies les ordures de la capitale philippine ont été entassées à cet endroit.
Les parties gagnées sur la mer l’ont été en jetant les ordures compactées dans la baie de Manille.
Petit à petit une ville s’est construite à cet endroit, une ville faite de bric et de broc, de bois, de toiles, de cartons, de papiers, une ville de trente mille habitants sur quelques centaines de mètres carrés.

Les quelques puits, du fait de la proximité de la mer, donnaient une eau salée, puis une eau empoisonnée du fait de la décharge et des infiltrations des eaux durant la mousson.



Les gens qui vivaient ici se trouvaient en dessous du premier barreau de l’échelle sociale locale, avec peu de chance de jamais pouvoir grimper cette échelle.

Le nouvel arrivant connaissait toujours une personne installée, qui allait se serrer un peu pour lui permettre de monter sa cabane, son abri dérisoire face aux éléments climatiques dévastateurs que connaissent les Philippines.

Et là, dès le lever du jour, hommes femmes et enfants partaient à l’assaut de la montagne, à la recherche de ce qui pourrait être revendu au ferrailleur du coin. Le repas du midi allait dépendre de ce qu’ils auraient ramassé le matin, celui du soir de ce qu’ils auraient trouvé dans l’après-midi.

Rien à vendre au ferrailleur, rien à manger.


Emigrés qui arrivaient à Manille en provenance de leurs lointaines provinces, tous étaient à la recherche d’un emploi, d’un job. Incultes pour la plupart, pas de jobs pour eux ; pas d’argent pour pouvoir retourner ; plus de terres à cultiver … le piège se refermait rapidement sur eux et la seule solution l’infâme Smokey Mountain. Pas d’autres choix, la montagne d’ordures ou la mort.

Certains choisissaient d’autres voies en créant leurs propres jobs, souvent comme vendeurs à la sauvette. Ils revendaient des cigarettes et des bombons, des journaux, de l’eau fraiche, des serviettes et autres bricoles qu’ils proposaient aux automobilistes coincés dans les embouteillages monstrueux de la capitale.

Ils ont fait n’importe quoi pour survivre et ce, étonnamment, toujours avec le sourire.

Il va sans dire que Tondo, ce quartier de Manille, là où vivaient les plus pauvres parmi les très pauvres, a rapidement gagné une réputation de dangerosité extrême. Drogues, gangs, trafics divers, y régnaient en maîtres, ce à quoi il faut ajouter un fort taux de criminalité. Si nous additionnons à cela que la Smokey Mountain se trouvait dans une zone portuaire, avec tout ce que cela implique comme délinquance … il ne faisait pas bon se promener à Tondo il y a encore quelques décennies.

De nos jours c’est loin d’être le paradis, néanmoins il est possible de s’y rendre sans systématiquement se faire agresser, même pour un Kano.


Vous allez me demander comment  je sais tout cela ?
Tout simplement, je m’y suis rendu … plusieurs fois.

Il y a encore quelques ordures qui se déversent sur et autour de la Smokey Mountain et j’ai pu voir des enfants qui escaladaient et fouillaient la montagne.

Verre, plastique et ferrailles ont disparus depuis longtemps, ces enfants, souvent très jeunes, sont à la recherche de morceaux de bois que les parents vont transformer en charbon pour ensuite le vendre.

Une fois la récolte de bois suffisante, le père et la mère vont préparer une meule, y mettre le feu et la recouvrir de terre. Les enfants seront alors chargés d’apporter, souvent de loin, les centaines de litres d’eau nécessaire à stopper la fournaise. Un travail de forçat.

Les photos des enfants charbonniers sont à mettre au crédit de




Ceci est un côté des Philippines que bien peu d’étrangers connaissent et que pas un touriste ne soupçonne. C’est un autre monde, un monde qui n’a rien à voir avec les grattes ciel de Makati ou de Fort Bonifacio, un monde sans larges avenues bordées d’arbres, un monde sans Centres Commerciaux géants, mais un monde bien réel.

Il n’y a rien d’artificiel à Tondo, nous y retrouvons la vie que vivent la plupart des Philippins.
Peut-être que les touristes devraient y venir faire un tour, car ceci est la vraie vie philippine.

C’est vivant, animé, ça bouge et ça remue. Il y a ici et là de petits marchés que l’on nomme ‘’Palenke’’, des vendeurs de rues autant que vous en voulez, des ruelles étroites adaptées aux ‘’calesas’’, ces carrioles tirées par un petit cheval, des coiffeurs qui officient dans la rue et le bruit, le bruit de la vie, amplifié par les cris des gamins qui sortent des écoles.

Cet endroit respire la vie simple du  Philippin traditionnel, il n’y a rien d’artificiel, tout est naturel.

En tant que simple visiteur, vous ne pouvez même pas seulement commencer à comprendre la culture, les raisons pour lesquelles les choses se passent ou se font de telle et telle manière, sauf si vous passez de l’autre côté du miroir. Sauf si vous allez regarder l’autre côté de la vie, loin de la modernité des quelques nouveaux quartiers de la capitale.

Je précise qu’à aucun moment je n’ai eu peur, qu’à aucun moment je n’ai eu l’impression que je mettais ma vie en danger, même si les regards se font parfois un peu plus insistants, « Mais que vient donc faire ici ce Kano ? »   

La méconnaissance, la peur de rencontrer des pauvres, des malheureux ou la réputation passée de la Smokey Mountain, font que les étrangers ne s’en approchent pas ? 



Je vous invite à visiter, à apprendre, à essayer de comprendre et simplement à apprécier ce que cela représente. Les gens qui vivent dans cet endroit sont des Philippins, tout juste comme sont les autres habitants de ce pays … aussi souriants, amicaux et persévérants que les autres. Apprenez à les connaître.

Même si la Smokey Mountain n’est plus ce qu’elle était, l’ambiance y est spéciale. Cela vous permettra peut-être d’imaginer ce qu’à pût être cette ville de 30.000 miséreux, peut-être même rencontrerez-vous de ces enfants charbonniers.


Non loin de là se situe Divisoria, un peu le marché de gros de l’archipel. L’on y trouve de tout, sans l’air conditionné, mais à des prix nettement plus abordables que ceux proposés, pour les mêmes produits, dans les Centres Commerciaux des quartiers huppés de la capitale.

Pour une autre fois, pour un autre post.



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