Monday, April 25, 2016

ANNULER UN MARIAGE ... AUX PHILIPPINES !

Messieurs, vous êtes de plus en plus nombreux à venir aux Philippines pour y trouver l’âme sœur !

Je ne vais pas dans ce billet m’attarder sur les causes qui font que de plus en plus d’hommes occidentaux viennent chercher une épouse dans les pays du Sud-est asiatique. Je n’ai ni les compétences, ni les connaissances et encore moins le recul nécessaire pour étudier ce phénomène de société, je ne peux que constater.



La Philippine, Filipina ou Pinay, n’est pas une Thaï, une Lao ou une Viet et les Philippines, pays à majorité chrétienne, ne reconnaissent pas le divorce. Sauf pour les Musulmans, mais ceux-ci ne représentent que moins de dix pour cent d’une population totale de plus de cent millions d’habitants.

C’est le seul pays au monde, avec le Vatican, où le divorce n’existe pas… pour les mariages célébrés aux Philippines tout du moins.  On a longtemps prétexté que c’était du fait de l’Église Catholique, que cette dernière pour des questions morales refusait absolument le divorce, ceci dans le but de protéger la famille.
Vous vous mariez sur l’archipel, c’est pour la vie.

Maintenant pour ce qui serait de l’opposition de l’Église Catholique, je dis que c’est en partie une fausse affirmation. Ce n’est pas uniquement l’Église Catholique qui bloque, mais le système, ce système féodal qui perdure sur l’archipel.

En effet, en septembre dernier (2015), le Pape François a simplifié le processus de ‘’l’Annulment’’ du mariage religieux, donnant tout pouvoir aux évêques philippins de juger des cas eux-mêmes. La Conférence des Évêques Catholiques des Philippines a favorablement accueilli ces propositions, ajoutant que ces réformes rapprocheront les tribunaux matrimoniaux du peuple. Attention que cet ‘’Annulment’’ n’a aucun effet sur le mariage civil.



L’Annulment est un sujet sensible au pays des 7.107 îles, malheureusement c’est la seule solution légale pour les personnes qui se sentent prises au piège du mariage. Il n’y a pas de divorce aux Philippines et donc pas de lois à ce sujet (sauf à être Musulman).

Alors que soixante pour cent de la population est en faveur du divorce, il est toujours aussi difficile de faire passer un texte de loi qui autoriserait le divorce. Le dernier projet de loi, datant de mai 2014 et présenté par Luz Iligan et Emmi de Jesus, est toujours dans les cartons.

De ce fait, le seul recours pour des mariages qui posent problèmes est l’Annulment, rendre le mariage nul et donc non valide, comme s’il n’avait jamais existé en fait. Et ces ‘’Annulment’’ sont en constante augmentation ; 5.250 en 2002, 9.133 en 2011 et 10.528 en 2012. 

Mais pour déclarer un mariage nul et non valide, la demande d’annulation doit faire référence à une cause bien précise : mariage entre mineurs, ou entre un(e) mineur(e) et un adulte (même avec le consentement des parents), bigamie, polygamie, Officier d’État Civil non qualifié ou absence de Certificat de mariage.

Les ‘’Annulments’’ sont également différents des séparations légales, séparations qui autorisent des couples à vivre séparément après division des biens, mais qui n’autorisent pas le remariage.



Attention que les personnes légalement séparées peuvent être accusées d’adultère ou de concubinage, les deux étant des crimes aux philippines et passibles de prison !


Quelles sont les bases pour un ‘’Annulment’’ ?

-       Manque du consentement parental, même entre dix-huit et vingt et un ans,
-       Incapacité psychologique,
-       Fraude,
-       Consentement du mariage obtenu par force, intimidation ou sous influence,
-       Impotence, incapacité physique à consommer le mariage,
-       Sérieuse maladie sexuellement transmissible.

La cause la plus souvent utilisée dans le cadre de ‘’l’Annulment’’ est l’incapacité psychologique.


Combien coûte un Annulment ?

Mon expérience me donne une moyenne de 4 à 6.000 USD.
Il faut introduire la demande auprès de la juridiction compétente, prendre un avocat, payer les docteurs et psychiatres et chaque apparence de votre avocat en cour va vous coûter de l’argent.
Si un petit cabinet d’avocat va vous coûter environ 100.000 pesos, un grand cabinet peut vous demander de trois à cinq fois cette somme.
Publications, inscriptions sur les registres, etc.


Combien de temps va durer la procédure ‘’d’Annulment’’ ?

Toujours par expérience, je vous dirais un minimum de deux ans, mais du fait de l’encombrement de certains tribunaux la procédure peut durer de trois à cinq ans et plus.
Plus particulièrement s’il y a des complications comme le partage des biens, la garde des enfants, etc.

Il est souvent conseillé aux parties de trouver, si possible, un arrangement avant le déclenchement de la procédure.

Monsieur et cher lecteur, vous êtes attiré par une jeune femme Philippine qui est toujours officiellement mariée ? Même si elle est légalement séparée, attention à l’adultère.

Vous souhaitez engager une procédure ‘’d’Annulment’’, n’hésitez pas à me contacter pour plus d’information ou des explications complémentaires. 


À tous et à toutes une excellente journée. 


Lire ou relire "on ne badine pas avec l'Amour''
Il y a quelques jours, suspectant depuis trois mois que sa femme avait une ‘’affaire’’ avec un autre homme, pour faire simple qu’elle avait un amant, ‘’Wilfredo’’, un homme de soixante deux ans, en a eu la preuve lundi dernier.  http://expatauxphilippines.blogspot.com/2012/04/on-ne-badine-pas-avec-lamour.html




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Prendre sa retraite aux Philippines,
Pourquoi ?
7107 îles, plus de 36.000 kilomètres de côtes,
   des  milliers de plages de sable blanc, le soleil toute l’année ;
des montagnes qui culminent à plus de 3.000 mètres,
la jungle, les forêts, des paysages grandioses.

Une population chaleureuse et accueillante, des tribus colorées.
Un excellent service de santé à un prix abordable. Le coût de la vie,
   un des plus bas au monde ; de nombreux avantages offerts aux retraités,
pas d’impôts ni de taxes.

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Enquêtes et Investigations
                   Aux Philippines







Wednesday, April 20, 2016

IL FAUT FAIRE AVEC ... AUX PHILIPPINES !

OUI, IL FAUT FAIRE AVEC

C’est quelque chose qui, pour celui qui vient s’installer aux Philippines, doit impérativement être pris en compte ; je veux parler de ce que nous nommons ici les ‘’Brown-out’’ ou en bon français les délestages de courant électrique. En anglais l’on parle de black-out.


Vous êtes nombreux à me demander « où est-il le plus agréable de vivre aux Philippines ? » Ce en quoi je vous réponds généralement par : « venez, visitez, découvrez et faite votre propre choix ».

Pour simplifier nous dirons que le réseau électrique philippin est divisé en trois ‘’grids’’, trois réseaux ou trois grilles si vous préférez et ces réseaux ne sont pas interconnectés.
Ces trois réseaux correspondent aux trois grandes régions des Philippines ; à savoir Luzon, la plus grande île et siège de la capitale Manille, les Visayas au centre du pays et Mindanao tout au sud.

Néanmoins, certaines îles comme Palawan et Mindoro ont de petits réseaux indépendants.

Si Luzon est en surcapacité de production électrique, c'est-à-dire que la production y est supérieure à la consommation, les Visayas sont tout juste à l’équilibre et Mindanao est largement déficitaire. Ce qui veut dire qu’il va y avoir de nombreuses coupures de courant sur Mindanao et quelques coupures plus ou moins épisodiques sur les Visayas.

D’après certaines relations qui vivent à Dumaguete, la ville subit en ce moment des délestages journaliers. Certains sont annoncés, d’autres pas et le pire, certains annoncés ne se produisent pas. La ville de Lipa, qui se situe à quatre-vingt cinq kilomètres au sud de Manille est également touchée, bien qu’elle se situe sur Luzon.

Et cela risque de perdurer. En effet la consommation électrique, du fait de l’accroissement de la population et de la modernisation de l’archipel, est en constante augmentation sur les trois régions.


Sur Mindanao il existe plusieurs centrales hydroélectriques. Du fait d’une pluviométrie inférieure aux normales saisonnières, merci El Niño, la situation risque fort de perdurer jusqu’aux prochaines pluies qui n’arriveront pas avant juillet-août. Les barrages sont déjà vides. À noter que Davao City semble être actuellement une des villes les plus touchées sur la grande île du sud (une centrale à charbon est en maintenance).

Ce dont je souhaiterais vous parler aujourd’hui c'est des possibilités qui existent afin de traiter, de négocier avec ce problème. Pour vous donner une idée, depuis plusieurs semaines Davao subi deux coupures journalières de cinq heures ; une le matin, une l’après-midi et en prime, en fonction des quartiers, une ou deux heures supplémentaires durant la nuit. Tout de même ! Donc, douze heures sans électricité par vingt-quatre heures et majoritairement durant les heures de travail, les heures de jour.

La première idée qui vient à l’esprit, avoir un générateur électrique, un petit groupe électrogène.

Oui, mais c’est assez contraignant et de plus coûte relativement cher, non pas à l’achat, mais en utilisation journalière. Un petit 2, 5 KVA, 2.500 watts, est en général suffisant pour faire fonctionner un réfrigérateur, une télévision, un PC, l’éclairage et quelques autres bricoles dans la maison. Par contre, il risque d’être un peu juste si vous avez un ou plusieurs ‘’air-con’’, des climatiseurs. 


Faites vos calculs en tenant compte du fait que votre générateur de 2.500 watts, ne délivrera que de 2.000 à 2.200 watts au maximum.

Coût estimatif d’un groupe :
-  2.500 / 3.000 watts essence ……………………. 25.000 / 30.000 pesos,
-  2.500 / 3.000 watts diesel ………………..……...30.000 / 50.000 pesos
Les prix variant en fonction des options : démarreur électrique, isolation phonique, capacité de la batterie, etc.

Maintenant pour ce qui est de la consommation horaire, comptez un litre à un litre et demi pour l’essence et un peu moins d’un litre pour le diesel.
N’oubliez pas que même avec une bonne isolation la chose est bruyante et que l’entretien est contraignant sous notre climat.

Vous êtes dans une province qui subit des délestages journaliers et qui sont annoncés, il va donc falloir programmer votre emploi du temps.  La première chose que vous allez devoir faire est de planifier vos activités en fonction des coupures de courant.

C’est peut-être le moment d’aller faire vos courses au centre commercial. Les Malls et les grands magasins ont la climatisation, ils disposent d’énormes générateurs industriels capables de supplanter le manque de courant électrique. En faisant vos courses durant les heures de Brown out, vous ne serez pas affectés, car vous profiterez de la climatisation des Centres Commerciaux. Attention que les Centres Commerciaux situés dans de petites villes de province, ne disposent pas tous de générateurs industriels, donc pas d’aircon (comme l’on dit ici) dans ces Centres. C’est le cas dans la ville de Tagum par exemple.


Les Malls sont les endroits favoris des Philippins durant les ‘’Brown out’’.
Si vous avez un rendez-vous de programmé durant une de ces coupures de courant, rencontrez la ou les personnes dans un Mall, dans un Starbucks par exemple si c’est un meeting le matin.

Si vous avez une coupure qui est programmée de huit heures à midi, donnez rendez-vous à la ou les personnes que vous devez rencontrer vers dix heures dans un Mall. Vous partez de chez-vous vers neuf heures, vous prenez un taxi, ils sont tous climatisés (Aircon) et vous arrivez entre neuf heures trente et dix heures pour votre rendez-vous, ceci en fonction des embouteillages. Vous allez ainsi pouvoir rester au frais pendant trois heures, voir les quatre heures du Brown out si vous partez plus tôt de chez vous.

Nombreux sont ceux qui utilisent encore des chandelles pour s’éclairer durant une interruption de courant électrique. Mais ceci est extrêmement dangereux et l’on ne compte plus les incendies survenus suite à l’utilisation de chandelles.

Nous trouvons ici des lampes LED rechargeables qui se composent de dix à soixante-dix LED et qui éclairent facilement une pièce entière. Une lampe de ce type coûte entre 120 et 400 pesos et il en existe même qui se rechargent avec des cellules solaires.


L’on trouve également de petites lampes de poche LED rechargeables pour un prix qui avoisine la centaine de pesos. Pour ceux qui ont un commerce ou autres business, vous pouvez investir dans une ou plusieurs « Emergency lights », un système généralement composé de deux lampes et d’une batterie qui se recharge automatiquement dès que revient le courant électrique. En cas de Brown out, ce système se met automatiquement en route. Le petit problème est le prix, 3.000 pesos et, pour certains modèles, la durée de vie des batteries qui ne dépassent pas six mois à un an.

Ventilateurs
Il existe désormais des ventilateurs à piles rechargeables, ainsi que des mini ventilateurs très efficaces avec prise USB et que l’on branche sur un laptop en utilisant la batterie de ce dernier. Si la consommation est très faible, ce type de mini ventilateur ne va rafraichir qu’une seule personne. 

Ces mini ventilateurs sont vendus aux alentours de 150 pesos l’unité.

Les Power Banks, désolé, mais je ne connais pas la traduction en langue française.
En fait, il s’agit de mini batteries extrêmement performantes qui sont devenues des accessoires indispensables. C’est ma fille aînée qui m’a fait découvrir la chose. Étudiante, elle part généralement tôt le matin pour ne rentrer qu’en fin d’après-midi, voire en début de soirée. Comme tous les jeunes de sa génération c’est une fervente utilisatrice de son Iphone et régulièrement la batterie de ce dernier ne tient pas la journée. Pas de problème avec son power Bank qui recharge sa batterie alors qu’elle se trouve en cours. 

Donc j’ai également fait l’achat d’un Power Bank qui, lors d’une panne de courant, peut faire fonctionner un petit ventilateur avec prise USB.
Mais la principale fonction de ces Power Banks est de recharger nos téléphones portables lors de Brown out ou de sorties, en mer par exemple. Les deux Power Banks que nous avons possèdent deux prises USB, une micro USB pour les recharger et une lampe LED pour l’éclairage.

Avec nos téléphones portables, il nous est possible de recevoir Internet, mais si la 3G mobile Internet de Globe permet de recevoir parfaitement Face book and Spotify, il n’en est pas de même pour les autres applications. Ceci en cas de panne de courant, autrement nous disposons du WIFI, système Ultera de Smart.


Maintenant ce que vous pouvez faire durant une coupure de courant c’est de pendre une douche ; cela va vous rafraîchir et rien ne vous empêche de rester une demi-heure sous l’eau plus ou moins fraîche qui sort de la pomme. C’est toujours une demi-heure de gagnée sans suer et transpirer à grosses gouttes.

Maintenant si vous êtes propriétaire de votre maison et que les coupures sont monnaies courantes dans votre secteur, vous pourriez peut-être investir dans une mini centrale solaire.

Certains parlent de plus d’un million de pesos pour une installation avoisinant les trois mille watts.

Un ami vient de me donner les prix des différents composants pour son installation de 2.000 watts.
- Pour les panneaux solaires, comptez 3.500 pesos pour un 100 watts,
- Un inverseur de 2.500 watts = 17.000 pesos,
- Une batterie de 100 A / h = 5.400 pesos,
- Un contrôleur de charge de 20 A = 1.000 pesos,
- Le mètre de câble se trouve à 36 pesos du mètre.

Faites votre calcul en fonction de la puissance que vous souhaitez installer, ajoutez 20 % pour les différentes bricoles dont vous aurez besoin, plus éventuellement la main-d’œuvre si vous ne savez pas faire. En gros, pour une installation de 2.000 watts, cela ne devrait pas vous coûter plus de 200.000 / 250.000 pesos, nous sommes loin du million annoncé.


Deux petites choses à savoir.
Lors d’une panne de courant coupez (turn off) sur votre portable les fonctions WIFI et location services (Privacy sur un Iphone). Ces deux applications bouffent un maximum de votre batterie, absolument pour rien.

À tous une excellente journée, ensoleillée comme toujours sur Cavite.   

Avez-vous lu mon dernier billet sur "Ma retraite aux Philippines" ?
http://maretraiteauxphilippines.blogspot.com/2016/04/plage-et-baignade-kayognok.html

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Pourquoi ?
7107 îles, plus de 36.000 kilomètres de côtes,
   des  milliers de plages de sable blanc, le soleil toute l’année ;
des montagnes qui culminent à plus de 3.000 mètres,
la jungle, les forêts, des paysages grandioses.

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Saturday, April 9, 2016

COURAGEOUS ... ET RAY !

Courageous serait-elle fatiguée ?

À mon avis elle n’a pas quitté son barahan depuis au moins un mois.
Oh, son maître s’est occupé d’elle, surtout lors du passage du typhon et de la dépression tropicale qui a suivi ce dernier en décembre. Ses attaches ont été renforcées, on l’a monté un peu plus en hauteur. Oui, mais elle n’a jamais retrouvé son élément, l’élément pour lequel elle a été conçue, préparée, équipée, choyée.

                                      (Ray à la rame)

Elle demeure là, inerte sur son ponton de bambous, comme ligotée à ce dernier et incapable de faire le moindre mouvement. Personne ne semble s’être vraiment occupé d’elle ces dernières semaines. 

Ce matin vers sept heures j’ai bien rencontré Ray, mais il était sur sa motocyclette et la trousse d’outils qu’il portait en bandoulière semblait vouloir dire qu’il avait repris son ancienne occupation.

Mais, que je vous présente Ray.
Ray est charpentier de métier, en fait plus menuisier que charpentier, comme la majorité des Philippins qui se disent charpentier. Une pane, une poutre faîtière, des chevrons ou des liteaux, je ne suis pas certain qu’il sache ce que cela veut dire, même en anglais, voire en Tagalog si ces appellations existent dans cette langue.

Disons que c’est une personne qui, dans une certaine mesure, sait travailler le bois. Il possède les outils nécessaires et sait comment les utiliser, qu’il s’agisse de rabots, ciseaux, maillets, scies… Il est également équipé en petit outillage électrique, scie sauteuse et scie circulaire, ponceuse, perceuse et même un petit tour qu’il utilise parfois, principalement pour faire des balustrades.

L’habitation de Ray se trouve légèrement en retrait du bord de la rivière, sur le compound d’Andy le Pacha. Il a pour voisin un pêcheur de Pusit (calamars) et de nombreux squatters qui vivent dans des huttes et cabanes faites de bric et de broc. Son habitation sort du lot avec ses murs en ciment, ses portes et ses fenêtres qui sont réellement des portes, avec clenches, serrures et des fenêtres avec du vitrage. Ce qui n’est pas le cas des cabanes aux alentours, faites pour la majorité de contreplaqué de récupération, de bambous, de cartons et de bâches plastiques plus ou moins étanches.

                                 Courageous et Patana 

Donc Ray, qui est grand, sec et que j’estime avoir une petite cinquantaine d’années, émerge quelque peu du reste des habitants de cet endroit du bord de la rivière. C’est un membre de la garde rapprochée d’Andy le Pacha, le propriétaire du lieu et de plusieurs établissements commerciaux, tous situés à Ternate.

Andy c’est un notable, mais relativisons, un notable local, un notable au niveau de Ternate. Il s’est présenté à plusieurs élections locales, mais a toujours été battu. Pour vous le décrire, je dirais qu’il n’est pas très grand, rondouillard avec un ventre bien rebondi, l’air jovial et toujours souriant. Il aborde des lunettes du style RayBan de chasse, oui, mais des lunettes de vue aux verres très épais. Sans ses lunettes il est perdu et telle une taupe part à la recherche de… ses lunettes. Loin, très loin même de la vue perçante des aigles pêcheurs qui survolent majestueusement la rivière à la recherche de leur pitance.

Il faut dire à sa décharge qu’il courre et a toujours férocement couru la gueuse, qu’il ne fume plus, mais qu’il boit pas mal, pour ne pas dire beaucoup. C’est une attitude qui n’est pas spécialement bien vue par Iglesia Ni Cristo, une église qui à Ternate fait la pluie et le beau temps au niveau des élections.

                   Courageous, pêche au filets dans la rivière

Donc notre ami Ray, la petite cinquantaine et charpentier de métier s’est, il y a quelques mois, posé des questions. Lui qui a de plus en plus de difficultés à trouver un emploi stable du fait de son âge, les employeurs philippins préférant les jeunes, a pour voisin un pêcheur de « Pusit » et ce pêcheur ramène parfois plus de quinze kilos de Calamars dans sa journée. Quand on sait qu’un kilogramme de ces céphalopodes se vend  plus de deux cents Pesos, cela fait une journée à plus de trois mille pesos !

Il y a de quoi réfléchir et Ray s’y emploie.
« J’ai de plus en plus de mal à trouver un job, même temporaire, un job de journalier qui me rapporte entre deux cents cinquante et trois cents pesos et j’ai à côté de moi un simple pêcheur, un gars sans véritable formation, qui gagne dix fois plus que moi ».
Une idée germe dans la tête de notre ami, peu à peu elle prend forme et fait son chemin.

« Un bateau, ou plutôt une Bangka, je dois être capable d’en construire une, ne suis-je pas charpentier de métier et avec une formation ». « Pour les pièges, casiers à calmars que l’on nomme ici  ‘’Boubou’’, j’ai des amis qui savent faire. Je pourrais même adjoindre quelques filets que j’irai étendre en mer, mes amis savent confectionner des filets de pêche ».

Et au mois de septembre dernier notre ami Ray se lance dans la fabrication d’une Bangka. Il en a étudié la conception, grâce à celle d’Enner, son voisin patron pêcheur et aux avis d’Andy qui a une certaine connaissance de la chose. Contreplaqué, pièces de bois, epoxy, clous de bronze, apprêt, peinture, tout cela il connaît notre ami Ray et la Bangka peut à peut prend forme.

Quatre semaines, en quatre semaines la nouvelle Bangka est terminée, ou presque. Il ne reste plus qu’à confectionner et poser les balances. Pendant ce temps ses amis ont commencé la fabrication de ‘’boubous’’ et de filets afin que notre ami Ray soit fin prêt et ne perde pas de temps. Les accessoires de pêche doivent permettre une utilisation professionnelle de la barque dès que cette dernière sera mise à l’eau.

                             Courageous sur son ''Barahan''

Parlons coût, combien a pu coûter à Ray la ‘’Bangka’’ et ses accessoires, sans oublier les matériels de pêche. Disons une quinzaine de milliers de pesos pour ce qui est de la Bangka, somme à laquelle nous ajoutons le prix d’un moteur neuf, sont axe, l’hélice… ajoutons vingt-cinq mille pesos. Pour ce qui est des matériels de pêche, six boubous à cinq cents pesos l’unité, deux filets à mille pesos chaque, une ancre, des cordages et la confection d’un barahan, ce ponton de bambou sur lequel sera monté la Bangka.  

Donc le coût total pour Ray devrait avoisiner les cinquante mille pesos, somme à laquelle j’ajoute dix mille pesos, le manque à gagner de Ray qui n’a pas travaillé pendant un mois. Grand total comme l’on dit ici, soixante mille pesos. Je pense qu’Andy a participé au financement, mais je n’en suis pas certain.

Et le grand jour arrive.
Courant octobre la Bangka est mise à l’eau et première constatation, le travail a été bien fait il n’y a aucune fuite ! Démarrage du moteur, un Briggs & Straton neuf de dix chevaux, qui part au quart de tour.
Et en avant pour un petit tour sur ce coin de rivière.

Ray est aux commandes assistés de deux spécialistes, des personnes qui connaissent les Bangka, en fait pas vraiment des spécialistes, mais de bons connaisseurs tout de même !
On remonte la rivière, pas question de se lancer directement en mer, sait-on jamais ce qui pourrait arriver.

Une fuite soudaine, la Bangka qui se désintègre, une panne moteur, que sais-je ? Il peut s’en passer des choses sur l’eau quand on se trouve aux commandes d’un bateau, même d’une Bangka récemment construite dans les règles de l’art, de l’art de Ray. Car il faut relativiser, il n’est pas, loin de là, charpentier de marine.

                 Différentes sortes de ''Bangka'' Philippines

Courageous, le nom de la Bangka de Ray, est difficile à manœuvrer ; elle fait des zigzagues sur l’eau de la rivière. Il faut dire que Ray, qui n’est pas un marin, a tendance à sur-compenser avec le gouvernail, mais ce n’est pas le seul problème, je vais y revenir.

Première modification apportée, changement de l’hélice qui n’était pas adaptée à la taille du bateau et à la puissance du moteur.

Ray a copié la fabrication de sa Bangka en reproduisant la conception de celle d’Enner son voisin pêcheur.
Oui, mais la barque d’Enner n’est pas vraiment construite comme la majorité des Bangka philippines. En effet, elle ne possède pas de ‘’Bowl’’, ce tronc d’arbre évidé qui sert de base à toute Bangka qui se respecte. Il faut dire qu’avec le Log Ban, l’interdiction d’abattre des arbres qui est en place sur l’archipel depuis quelques années, il devient de plus en plus difficile de se procurer de grosses et belles pièces de bois. Ou alors à des coûts qui dépassent largement les possibilités financières d’un simple ‘’Carpenter’’.

Donc le fond de la barque de Ray, fait de contreplaqué, est plat et léger. La Bangka d’Enner, qui est ancienne, a été fabriquée avec des bois lourds, elle s’enfonce dans l’eau, ce qui n’est pas le cas de celle de Ray qui fait plutôt dans le genre caisse à savon. La coque enfourne au lieu de glisser sur l’eau.

Je lui suggère d’alourdir sa barque, de la lester avec des pierres, voire avec un sac de sable positionné un peu en avant du centre de gravité.

                                   Retour de pêche

Et puis c’est le grand jour, le premier jour de pêche pour ‘’Courageous’’ et elle emporte pour cela cinq ‘’Boubous’’, ces pièges à calamars aux armatures de bambou. Les boubous sont posés de bon matin et Courageous, avec Ray à la barre, viendra les récupérer en fin de journée. Je suis présent lors de ce premier retour de pêche, ce n’est pas brillant, un seul calamar et encore pas un gros !

Bilan de la première journée de pêche : cinq litres d’essence à cinquante pesos le litre et un seul calamar dont on peut estimer la valeur à une cinquantaine de pesos. Il en sera ainsi dans les jours qui vont suivre, les prises sont loin de couvrir les coûts de carburant. Ray va donc modifier sa façon de pêcher et utiliser ses filets. Mais là encore, les résultats seront bien en-dessous des espérances et jamais la vente des quelques poissons pêchés ne couvrira les frais de carburant. 

Ray va donc faire une troisième tentative, sans utiliser le moteur cette fois, simplement en posant ses filets le soir dans la rivière et en les relevant au petit matin, mais là encore ses espoirs vont être déçus. Mais au moins il n’a pas les frais supplémentaires de carburant. Par contre, je me demande comment il lui a été possible d’indemniser son aide ?  Celui qui l’’assistait dans la pose des boubous et des filets.

Puis Courageous va rester plusieurs mois sans bouger de son ponton de bambou ; la faillite pour Ray dans sa tentative de devenir pêcheur. Néanmoins, Courageous ressortira deux ou trois fois en février afin d’amener quelques pêcheurs Coréens en mer, mais sans Ray qui n’est plus que le loueur de la Bangka. Puis, durant la Semana Santa, nos Pâques, Ray se fera un peu d’argent en promenant des touristes locaux dans la Baie de Manille.

                    En route, direction la mer avec Patana

C’est une activité qui s’est considérablement développée ces dernières années et qui rapporte certainement plus aux pêcheurs locaux que la pêche traditionnelle. Il n’y a plus de poissons dans la Baie mon bon Monsieur.

Cette situation de faillite est très courante sur l’archipel, les Philippins ne voyant que le côté revenus et oubliant, bien souvent, charges et  compétences nécessaires à tout nouvel emploi. On ne passe pas de charpentier à pêcheur du jour au lendemain. La volonté, le courage, l’audace, l’énergie, le Philippin ne manque pas de ces qualités ; mais les projets, comme celui de Ray, sont souvent voués à l’échec du fait d’un manque total d’analyse de l’environnement même de ces projets.

 Souvenez-vous de mon billet ‘’Les Xerox Copieurs’’.
On copie, oui, mais sans le savoir faire !

Les principales erreurs commises par Ray dans son projet de devenir pêcheur :

Premièrement, il n’est pas du sérail, il n’est pas comme Enner et ses frères, né ou presque né sur une Bangka. La famille d’Enner est une famille de pêcheur depuis des générations, le père était un spécialiste de la pêche aux calamars avec des pièges de bambou et les fils connaissent cette partie de la Baie comme leur poche. Les courants en fonction des saisons, les emplacements où viennent se reproduire les céphalopodes, les hauteurs d’eau, les dangers que représentent les méduses, les poissons pierres, les lions, etc. Donc, il aurait dû faire un stage de quelques mois avec un pêcheur local avant que de se lancer.

                             Attention aux bancs de sable

Deuxièmement, Ray ne sait pas se servir d’un compresseur et du narguilé qui va avec pour faire de la plongée, de ce fait il a du mal à positionner ses pièges au fond de l’eau. Et la hauteur entre le fond marin et le bas du piège est déterminante ; de plus cette hauteur va varier en fonction de l’endroit où le boubou va être positionné.

Troisièmement, novice dans l’utilisation d’une Bangka, je le soupçonne fort de ne pas aller trop loin, de ne pas atteindre les endroits les plus propices à une bonne pêche du calamar, de rester par trop à proximité de son port d’attache. Il y a également le fait que plus l’on s’éloigne, plus les coûts de carburant sont élevés ! 

Sans oublier le risque de tomber en panne et je ne suis pas persuadé que Ray sache parfaitement dépanner son moteur en cas de pépin.


Un moyen qui semble facile de gagner sa vie, le courage, la volonté d’aller jusqu’au bout des possibilités financières et la faillite ! Nombreux sont les projets qui sur l’archipel se terminent ainsi.

Ray a toujours la possibilité de revendre sa barque… mais si les barques à vendre sont nombreuses, il n’en est pas de même des acheteurs !



Expériences, avis, critiques et commentaires, comme d’habitude sont les bienvenus.

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