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Friday, September 2, 2016

L'ARCHIPEL SE MODERNISE... ET POURTANT...

Depuis une dizaine d’années les Philippines sont en pleine mutation.

Cela à peut être même commencé au tout début des années 2000, l’archipel se modernise à pas de géant. Que ce soit au niveau des aéroports, extension des pistes d’atterrissage, réfection ou création de nouvelles aérogares ; au niveau des routes principales, par passage de deux à quatre voies, parfois plus ; au niveau du désengorgement des accès aux grandes villes par la mise en place d’autoroutes (mauvais côté de la chose ces autoroutes sont payantes) ; au niveau du logement par la construction de gratte-ciels et de villes nouvelles (malheureusement, souvent du type clapiers à lapins) ; au niveau de la distribution par la création de dizaines de Malls, pour ne pas dire de centaines (immenses centres commerciaux) où l’on trouve de tout, même de la moutarde Maille, il n’y a que Maille qui …

Bonifacio Global City

Des MacDonalds, Pizza Hut et autres fast-foods que l’on croise à chaque coin de rues, des Starbucks comme s’il en pleuvait ; des restaurants, philippins bien évidemment, mais également, italiens, indiens, chinois, japonais, thaïlandais, russes, français, etc. et même suisses !

Alors qu’il y a encore quelques années nous n’avions, pour nous loger, que le choix entre quelques grands hôtels de luxe et le boui-boui du style trois cafards au Michelin local ; le choix est désormais très vaste et ce, à des prix abordables.

Et pourtant, tout n’est pas si rose.

Les embouteillages demeurent monstrueux à Manille et conséquents dans de nombreuses autres villes du pays, même les plus petites. Nous comptons toujours sur une vitesse de déplacement terrestre d’une moyenne de trente kilomètres heure. Trois cents kilomètres… dix heures !

Presque tout à la main

Il semblerait que l’augmentation rapide du parc automobile ait dépassé les capacités d’adaptation et de modernisation du réseau routier.

Il y a également quelques petits problèmes de gestion du trafic routier.
Je vous donne un exemple parmi tant d’autres. Naïc, une petite ville d’une centaine de milliers d’âmes qui se situe à quarante-sept kilomètres au Sud de Manille et à dix kilomètres au Nord de Ternate.

Il y a un peu plus d’un an de cela, afin de réguler le trafic aux deux principaux carrefours sur la Governor Drive, il est mis en place des systèmes de feux tricolores. Les derniers modèles, ceux qui parlent, avec indication du temps restants pour les piétons et automobilistes avant que les feux ne passent au rouge un truc terrible, comme je n’en avais encore jamais vu.
Moi qui n’avais jamais rencontré d’embouteillages à ces deux endroits avant la mise en place de ces feux, j’ai attendu parfois plus de dix minutes avant que de pouvoir traverser un de ces croisements. Mauvaise synchronisation. Après trois mois, les deux systèmes sont passés en feux clignotants orange et maintenant ils sont éteints ! Et tout est un peu comme cela, manque de maintenance et de savoir faire.

Néanmoins, pour le trajet Ternate / Manille qui nous prenait trois heures il y a dix ans, nous sommes passés à une heure et quinze minutes, quand il n’y a pas d’embouteillage.

Traffic jam in Manila EDSA

Pour vous donner un exemple de la modernisation de l’archipel, j’ai choisi une ville, la quinzième en termes de population, Général Santos.

Général Santos ou GenSan, se situe dans la province du Nord Cotabato, au Sud de la grande île de Mindanao. Si la ville ne comptait que 85.000 habitants en 1960, elle en comptait 250.000 en 1990, elle en compte environ 600.000 de nos jours.

L’économie est basée sur l’agro-industrie, maïs, noix de coco, ananas, asperges, bananes, riz
et la pêche, principalement thons et sardines. GenSan est souvent surnommée ‘’la Capitale du thon des Philippines’’.

Il y a désormais plusieurs Malls dans la ville, un grand SM, un Robinson (mais qui ne semble pas vraiment tourner), un KCC qui marche bien et le Gaisano.
La construction de logements. Hôtels, motels, pensions, d’appartements et autres types d’hébergement se sont construits ces dernières années dans toute la ville. Même maintenant de nouveaux buildings se construisent tous les jours pour la mise en vente ou la location. Malheureusement il n’y a pas assez de clients pour que ces opérations soient viables.

General Santos

Les buildings commerciaux modernes, ceux avec des portes à ouvertures automatiques et climatisation centrale sont également construits en grand nombre, mais la plupart d’entre eux n’ont jamais vu un seul occupant.

La ville se développe réellement et l’on peut penser que, dans un futur plus ou moins proche, ces buildings seront occupés. Pour l’instant les choses semblent tourner un peu au ralenti, les gens achètent surtout des véhicules coûteux, mais peut-être que… l’avenir nous le dira.
Un ami me disait récemment : « Quand je suis arrivé à General Santos pour la première fois en 1982, moderne n’était pas un mot de vocabulaire que l’on pouvait employer pour qualifier GenSan ; à cette époque la ville n’avait rien de moderne ».

L’aéroport avait encore une piste en herbe sur laquelle paissaient des animaux de ferme et il fallait les chasser pour que puisse atterrir le petit fokker en provenance de Cebu.

Dans la ville il n’y avait à cette époque  que quelques bars, des eatery’s (sorte de cuisine / mini restaurant en plein air), un tout petit marché et quelques boutiques. Quelques rues et routes étaient en cours de goudronnage, mais peu nombreuses… mais au moins il n’y avait pas encore de karaoke. Il était possible de s’installer au milieu de la rue principale pour y jouer aux échecs sans crainte d’être dérangé, ce qui donne une idée de la densité du trafic.  

KCC Mall GenSan

De nos jours l’aéroport international de General Santos possède la plus longue piste de Mindanao (3.227 mètres) et la troisième plus longue de l’archipel. Inauguré en juillet 1996, la piste peut accueillir les plus gros porteurs actuels comme l’Airbus A380. C’est un aéroport international de dégagement (alternate international airport). Code ICAO RPMR.

Il a été financé sur un fond apporté par le Gouvernement américain à travers l’Agence pour le Développement International (USAID) et à hauteur de 25 % par le Department of Transportation and Telecommunication philippin. Longtemps considérée comme une base potentielle de l’US Army, ce qui a toujours été dénié aussi bien par le Gouvernement US que par celui des Philippines, GenSan pourrait bien faire partie des dix bases allouées aux USA. 

Situé à quinze kilomètres du centre-ville, les mouvements sur l’aéroport seront plus discrets que ceux des aéroports de Davao, de Clark ou de Manille, aéroports qui sont tous situés dans ou  à proximité de leurs villes respectives.

Avec 4.650 mouvements par an, c’est un aéroport très largement sous utilisé, mais a-t-il une utilité… autre que stratégique ?

Thons au port de GenSan

Petit rappel des cinq bases actuellement en cours d’occupation par l’US Army :

Antonio Bautista Air Base, qui partage ses installations avec l’aéroport International de Puerto Princesa (ICAO RPVP) sur l’île de Palawan. Une seule piste de 2.700 mètres, mais la base occupe une position stratégique, car elle est proche de la zone contestée des Spratley’s dans la Mer de l’Ouest des Philippines. Inconvénient, cette base se trouve pratiquement dans la ville de Puerto Princesa.

Basa Air Base (ICAO RPUF), une ancienne base de l’US Army Air Corps construite avant la seconde guerre mondiale et occupée de nos jours par la Philippine Air Force. Cette base, qui possède de nombreuses infrastructures et une piste de 3.167 mètres, se situe à une soixantaine de kilomètres au nord de Manille.

Fort Magsaysay est la plus grande base actuelle des Philippines en termes de surface et le principal terrain d’entraînement de l’armée philippine. D’une surface à l’origine de 73.000 hectares, elle n’est plus de nos jours que de 35.000 hectares et possède une piste d’atterrissage de 1.600 mètres (ICAO RPLV). 
La base se situe à environ cent soixante kilomètres au Nord de Manille.

Du côté d'Hundred Islands

Lumbia Air Base est l’ancien aéroport civil de Cagayan de Oro (ICAO RPML).
C’est désormais une base militaire philippine qui abrite le 10ème Group d’Operation Tactique de l’armée de l’air philippine. La piste d’atterrissage de 2.454 mètres peut difficilement être prolongée.

Mactan Benito Ebuen Air Base (ICAO RPVM) se situe sur l’île de Mactan à Cebu et partage l’unique piste avec l’aéroport international de Mactan. Construite par les Américains pour l’Air Force, elle a été abandonnée par ces derniers en 1990 au profit de la Philippine Air Force. Avec sa piste de 3.300 mètres cette base peut recevoir les chasseurs les plus modernes.

Maintenant extrapolons et essayons de deviner qu’elles pourraient être les cinq autres bases US sur l’archipel. Je vous propose Subic Bay (base navale et aéroport) située à quatre-vingts kilomètres dans le Nord-Ouest de Manille (154 kilomètres par la route).  La base navale est déjà largement utilisée par l’US Navy. Clark, l’ancienne plus grande base américaine en dehors des États-Unis, à la condition toutefois que l’aéroport ne devienne pas le principal aéroport de l’archipel. Le Ninoy Aquino International étant arrivé à saturation. GenSan  avec sa longue piste et son éloignement de la ville. 

Pas d'embouteillage

Villamor Air Base qui partage les pistes du Ninoy Aquino Airport et pour la cinquième… à votre bon cœur Messieurs Dames, je vous laisse choisir. Merci de m’apporter des réponses.

Vous êtes comme moi, vous aimez la modernité, mais pas de trop ?

Ne vous inquiétez pas l’archipel est vaste, 7.107 îles, certaines sans routes, parfois même sans électricité… il y a et il y en aura encore pour des décennies avant que cette « Modernité » n’atteigne les coins les plus reculés du pays. Vous pouvez et vous pourrez encore durant de longues années jouer au Robinson dans votre petit coin de Paradis en attendant votre Vendredi. Personnellement je vois mon Vendredi un peu différent de celui du roman de Daniel De Foe, un peu… que dis-je, beaucoup, beaucoup plus féminisé.

Cette ‘’Modernité’’, ou tout du moins ce que je nomme modernité, demeure surtout visible dans et autour des villes principales. Dans ces lieux, les embouteillages monstrueux existeront encore longtemps, mais la pollution aussi, de plus les Philippins y perdent rapidement leur culture, pour ne pas dire leurs âmes.

Les jeepneys vont encore demeurer quelques années sur les routes philippines, les tricycles aussi, mais leurs jours sont comptés, dans les grandes villes ils ont déjà tendance à disparaître.

Personne... sur des kilomètres

Le karaoké, peut-être plus moderne que celui que l’on connaît aujourd’hui, va continuer encore longtemps à déranger les nuits tropicales, le sommeil des étrangers aussi. Les typhons et autres catastrophes naturelles continueront à dévaster le pays. De l’eau va passer sous les ponts avant que l’on puisse réaliser une moyenne horaire terrestre de soixante kilomètres heures, ceci en dehors des quelques grands axes routiers.

Donc, en sortant des sentiers battus, en vous éloignant un peu de ces grandes villes, en vous enfonçant dans les campagnes, il vous est et il vous sera encore, et ce durant de longues années, possible d’aller à la rencontre des vraies Philippines.

Les Philippines des fiestas, des carabaos, des coqs de combat, des champs de riz, de ces longues plages quasi désertes, des Bangkas à balanciers, des Buhai Kobo, des cocoteraies, des sessions alcoolisées, de ces Philippins qui ne tiennent pas l’alcool, des pulutans, de la bière San Miguel et du Tanduay, de l’Imperador,du Kampay et du Tagay, du lechon de leche, du Halo-Halo, des jeux de basket  sur les places centrales, des langues plus ou moins compréhensibles, de l’accueil, de l’hospitalité, de ces jeunes filles et femmes aux sourires charmeurs, de cette incroyable foi en Dieu, peu importe lequel .

Ces Philippines de gens insouciants qui vivent au jour le jour, de gens qui savent profiter de la vie qui leur est donnée (plus qu’offerte), de ces gens qui bien que croyants n’en demeurent pas moins superstitieux, mélangeant joyeusement paganisme et catholicisme, Islam et culte des ancêtres.  

Fiestas Philippines

Ces Philippines où les écoliers portent l’uniforme, où les corbillards sont précédés de majorettes et suivi de fanfares, ces Philippines où une veillée funèbre ne ce conçoit pas sans Karaoké, ces Philippines où tout est prétexte à faire la fête.

La culture Philippine, c’est avant tout un mélange des cultures Malayo-polynésiennes, Indiennes, Hispaniques (Mexique et Espagne), Chinoises, Japonaises, Américaines (bien que cette appellation ne veuille pas dire grand-chose, nous devrions plutôt parler d’une culture pro-occidentale), et pourtant il s’agit là d’une culture unique, d’une culture que l’on ne rencontre nulle part ailleurs.

Encore faut-il faire l’effort de la découvrir… avant qu’elle ne disparaisse, en partie tout du moins, dans le creuset de la mondialisation.

L'art du tatouage des tribus philippines

Mais, je demeure optimiste ; ces tribus colorées que l’on trouve disséminées sur l’ensemble du territoire ne sont pas prêtes à l’assimilation. Quelques langues et dialectes vont certainement disparaître, mais sur les cent quatre-vingt trois répertoriés, il nous en restera suffisamment pour en apprendre quelques uns.

Et surtout cette joie de vivre, cet éternel optimiste, ce sens de la famille, de la solidarité, du clan, ce sens de la musique (nous avons ici plus d’une dizaine de ‘’Bandas’’ que l’on peut traduire par fanfares), ce sens de l’accueil et de l’hospitalité, etc., existeront encore pour longtemps dans les Philippines profondes.

Sur ce constat, qui demeure néanmoins optimiste, à toutes et à tous je souhaite un excellent week-end.

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Monday, February 3, 2014

MÊME À TERNATE !

Le pays évolue rapidement et même à Ternate, petite ville de province de 20.000 âmes, le changement est perceptible.

Un 7/eleven, cette chaîne de magasins épiceries d’origine américaine, est en train de se construire sur la place du marché. Ouverts 24/24 ces magasins offrent tout ce dont on peut avoir besoin pour un dépannage, un grand nombre de produits importés y sont disponibles, il est possible d’y manger sur le pouce et de s’y désaltérer.



On trouve également sur cette place un poste de police annexe, oui je sais, il n’est pas toujours occupé, néanmoins il existe.

La grande place a été restaurée, plantée d’arbustes et de fleurs et une fontaine donne désormais une touche de fraicheur à l’ensemble. Fontaine qui est illuminée et qui nous offre le spectacle d’eaux colorées durant la nuit. Il y a même des hauts parleurs qui nous diffusent de la musique moderne à certaines occasions.

Le terrain de Basket Ball a été couvert et un éclairage permet désormais de jouer des matchs en nocturne.


Une épicerie digne de ce nom est ouverte depuis maintenant un peu plus d’un an, elle se situe sur la Governor drive, non loin de la mairie. Mairie qui elle aussi a été rénovée, fleurie et plantée d’arbres. Un nouveau camion de pompiers est venu renforcer celui qui avait tendance à fuir de partout.

Accolé à la mairie, Municipio aux Philippines, un poste de Police, nous dirions commissariat, a été construit et ce sont maintenant trois véhicules neufs qui servent aux déplacements des forces de l’ordre.

Deux ambulances sont positionnées pour les accidentés et les Ternateños qui auraient quelques problèmes de santé. N’oublions pas que le plus proche hôpital se trouve à Maragondon et que Naïc, la ville présentant des infrastructures médicales correctes, se trouve elle à une dizaine de kilomètres.

Une école, destinée à  la formation des personnels de la marine marchande, est en cours de finition le long de la rivière. Dès la rentrée du mois de juin elle va accueillir des centaines de futurs marins, officiers et capitaines. Oui, Ternate est en train de changer, d’évoluer, de se moderniser. 


Alors qu’il y a encore trois ans une seule compagnie de bus desservait la ville, elles sont maintenant une dizaine et toutes ont leurs terminus à Ariel, ou passent par cet endroit avant de faire demi-tour.
Il est désormais rare d’attendre plus de dix minutes pour avoir un bus qui part en direction de Manille.

Un peu plus d’une heure pour se rendre de Ternate à Manille, quand on pense qu’il y a dix ans il nous fallait trois bonnes heures afin rallier la capitale et qu’il nous fallait parfois patienter plusieurs heures dans l’attente d’un bus.

La route a été refaite, quelque peu élargie et c’est maintenant une belle deux voies, en grande partie éclairée durant la nuit et qui, de Maragondon va vous mener à Puerto Azul tout en évitant le centre- ville.

Puerto Azul c’est un complexe touristique, partiellement fermé pour sa partie hôtelière, mais qui conserve son golf de 18 trous, son Club House, son Country Club et un joli petit resort à la plage de sable blanc.  

Le complexe se situe à moins de quatre kilomètres du centre-ville, il est facile d’accès, mais il vous faudra montrer patte blanche avant que de pouvoir y entrer. Les gardes sont intraitables et incorruptibles. Puerto Azul, le paradis oublié.



Situé entre mer et montagnes, totalement clos et gardé, l’ensemble a su conserver son charme naturel, le royaume des aigles pêcheurs, des toucans, des singes et des cochons sauvages.
Le parc immense, qui s’étend sur plus de 3.300 hectares, présente une étonnante forêt  tropicale plantée de nombreuses essences, avec des fleurs, des collines, des falaises qui tombent dans une mer d’azur et plusieurs plages de sable fin.

Sauf à de rares endroits, une nature qui n’a pas encore subie les affres de l’urbanisme.

La route qui mène au Barangay Bucana a été cimentée et il est possible, à partir des minuscules resorts qui se trouvent à cet endroit, d’accéder aux plages de Roy Marcus, du Ternate Beach Resort et de Del Rosario. L’ancien pont de bois, branlant et dangereux, a été remplacé par un pont de béton qui enjambe un bras de  rivière qui devient torrent impétueux sous les pluies des moussons.

Ternate, qui se situe à 56 kilomètres au sud ouest de la capitale Manille, se trouve à l’embouchure de la rivière Kay Albaran, rivière que l’on surnomme ici ‘’Maragondon’’, du nom de la ville qui se trouve à deux kilomètres en amont.

Du pont, il vous sera possible d’admirer l’embouchure, l’île du Balut qui la sépare en deux et, à marée basse, la barre de sable qui en obstrue partiellement l’accès, barre qui a donné son véritable nom à la ville « Bahra de Ternate ».



Une nouvelle ville est en construction, plus de 500 nouvelles habitations sont en train de sortir de terre. Pas directement sur la municipalité de Ternate, cette nouvelle ville se trouve implantée dans le Barangay Pinagsanhan 2 qui dépend de la municipalité de Maragondon, mais elle se trouve plus proche du centre-ville de Ternate que de celui de Maragondon.

‘’Santa Mercedes Ville’’, tel est son nom.

Il s’agit en fait, en grande partie tout du moins, de reloger les gens qui vivaient en bord de mer dans un  endroit nommé Pantugan. Cet endroit, un village de pêcheurs de 2.000 âmes qui a vécu des décennies en autarcie, avait été construit sur des terres gouvernementales.

Depuis que la route Ternate / Nasugnbu a été ouverte le village n’est plus isolé. Ceci a attiré l’attention de promoteurs qui souhaitent maintenant développer un complexe touristique à cet endroit et donc déplacer les populations qui y vivaient jusqu’à ce jour.

Il faut dire que l’endroit s’y prête admirablement, une grande anse, pour ne pas parler de baie, une longue plage en croissant de lune et un cirque de collines escarpées qui, un peu en retrait, entoure l’ensemble. Superbe et grandiose.


Tout là-bas, au fond sur la gauche, ‘’Iba’’, ce qui veut dire la limite, l’extrême limite, en fait la limite sud de la baie de Manille. Après Iba, passée la petite île de Limbones, vous entrez dans la Mer du Sud de la Chine ou comme elle a été rebaptisée, la Mer de l’Ouest des Philippines.
Je les plains ces pêcheurs de Pantugan, quitter leur village de bois et de nipa pour se retrouver à trois kilomètres de la plus proche plage … plus de pirogues, de voiles et de filets, plus pêches de nuit au lamparo, plus de poissons, de fruits de mer et de calmars. 

Les enfants vont avoir une nouvelle école, neuve et fonctionnelle, mais plus de plage, plus de baignades dans la baie de Manille.

C’est le béton qui attend ces enfants, de petites maisons de deux pièces, des allées rectilignes de maisonnettes collées les unes aux autres. Oui, ils seront au sec les jours de fortes pluies et protégés de la fureur des typhons, mais … je ne sais si le terrain de basket-ball couvert qui leur sera offert remplacera la longue plage en croissant de lune ; si les promenades dans les rizières qui entourent la nouvelle ville, remplaceront les longues randonnées dans les collines escarpées qui faisaient leur quotidien, lorsqu’ils se trouvaient encore à Pantugan.


Certaines parties de l’archipel, pas toutes heureusement, entrent de plein pied dans l’ère moderne. Est-ce un bien, est-ce un mal ?

Ces gens, qui vivaient et qui pour certains vivent encore à Pantugan pour quelques semaines, étaient et sont encore des pauvres. Cela est indéniable. Mais il s’agit d’une pauvreté digne, personne ne meurt de faim, les gens ne sont pas miséreux. Ils ne possèdent rien ou presque rien, mais j’en connais plusieurs d’entre eux et je peux vous affirmer que ces gens, bien que pauvre, sont heureux.

Rien à voir avec la pauvreté que l’on peut rencontrer dans certaines grandes villes philippines, plus spécialement à Manille et dans sa banlieue. Lire ou relire à ce sujet mes billets ‘’les Philippines à deux vitesses’’ et ‘’La smokey Mountain’’.

Oui, dans ces grandes villes j’ai vu des gens fouiller les ordures des fast-foods afin d’y trouver leur pitance, oui j’ai connu la Smokey Mountain et la décharge de Payatas, ces endroits immondes où des centaines de familles, hommes, femmes et enfants mélangés, grattaient des montagnes d’immondices à la recherche de quelque chose qui puisse se vendre. 

Quelque chose qu’ils puissent échanger contre un peu d’argent, afin de pouvoir mettre quelque nourriture dans ces ventres toujours affamés.


Oui, la véritable misère, comme dans la plupart des pays du monde, se retrouve le plus souvent dans les grandes villes, dans les capitales. Les lumières, le mirage de la grande ville, la grande avenue pavée d’or dans les rêves, jonchée d’obstacles et de détritus dans la réalité !

Comme des papillons de nuit ils sont venus se cogner contre les lumières de la ville, ils s’y sont brulé les ailes. Certains sont tombés, terrassés, d’autres plus forts ou plus chanceux sont arrivés à s’échapper, à s’éloigner de la ville lumière, à retourner dans les ténèbres des provinces, à retourner à la pauvreté, oui, mais en refusant la misère.

On en trouve de ceux là dans les collines environnantes. Ici et là, sur un bout de terrain qui a été éclairci, émergent une ou deux cabanes faites de bambou et de feuilles de palmes. Quelques bananiers et papayers, des plants de cocotiers, une sorte de petit jardin où poussent kamoti, petchay, ginger, tomates, oignons et autres légumes locaux. Un cochon qu’on engraisse, quelques poules, parfois des chèvres et des canards. 


C’est chaque fois la même chose, que survienne une catastrophe naturelle ou que les gens soient déplacés, pour une raison d’urbanisme par exemple et tous ne pensent plus alors qu’à une seule et unique chose, ils n’ont plus qu’un seul but, aller dans la grande ville. Ce sont, après le passage d’un typhon, les paysans qui ont perdu leurs récoltes, les fermiers qui n’ont plus de troupeaux, les journaliers qui n’ont plus d’emplois dans les plantations, les pêcheurs sans barques, etc.

Et tout ce beau monde décide d’aller tenter sa chance dans la grande ville.
Bien peu réussissent.

On peut les voir, dans leurs habitations de cartons et de planches accrochées aux flancs des creeks, ces torrents plus ou moins canalisés qui sillonnent Manille et sa banlieue. Au moindre orage c’est la crue, l’inondation qui emporte tout sur son passage, adieu cabane, adieu espoir.  

Le pays se modernise, oui c’est certain, les changements sont bien visibles, mais ils sont nombreux ceux qui vont voir passer le train de la modernisation sans jamais pouvoir le prendre. 



N'ayez tout de même pas trop d'inquiétude à notre sujet, Ternate demeure un endroit calme, tranquille, peinard et reposant. Nos plages sont toujours aussi peu fréquentées, la forêt reste impénétrable, les montagnes difficiles à grimper et les îles sous le soleil ...  



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