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Friday, December 27, 2013

PEUR ... DE VIVRE AUX PHILIPPINES ?

Peur de venir vivre aux Philippines ?

Après avoir vu les images terrifiantes des dévastations apportées par le super typhon Yolanda, Haiyan pour son nom international, nul ne saurait vous blâmer d’éprouver une certaine peur à venir vous installer sur l’archipel.



Regarder la tristesse et la désolation des habitants de Tacloban, ainsi que d’autres endroits des Visayas, est largement suffisant pour effrayer tout un chacun de venir un jour s’installer aux Philippines.

Qu’auriez-vous fait, qu’auriez-vous bien pu faire si votre famille s’était trouvée sur le passage du monstre lorsqu’il a frappé ? C’est arrivé à plusieurs expats et même à des touristes étrangers.

Et bien il y a un certain nombre de choses que vous auriez pu faire, j’en ai déjà parlé dans un autre billet, mais apparemment pas suffisamment. Je vais y revenir dans ce post.

Maintenant si vous êtes un touriste venu passer quelques semaines sur l’archipel et que vous vous trouvez sur le passage supposé du typhon, changez d’endroit, éloignez vous, vous et votre famille, ne prenez pas de risques inutiles en voulant faire l’expérience d’un super typhon.

Ce n’est pas une plaisanterie, pas quelque chose à prendre à la légère.  

Bon, maintenant je peux vous donner l’exemple de deux expats, qui se trouvaient sur place et qui ont essuyé le passage direct de Yolanda. Raymond qui a construit sa maison à Mat-e, un Barangay qui se situe non loin de la ville de Merida sur la province de Leyte et Pascal qui a fait construire près de la capitale provinciale de Roxas City, au nord de Panay.


Je précise que les deux maisons ont parfaitement résistées à la fureur des éléments, seuls quelques petits dommages sont à déplorer.

Apparemment, ni l’un, ni l’autre n’avait lu ou relu mon petit post dans lequel j’indique comment se préparer lors de l’arrivée programmée d’un typhon. J’écris programmé dans la mesure ou nous sommes avertis bien à l’avance de ce qu’il risque de se passer, en moyenne quatre à cinq jours à l’avance.

Les prévisions météorologiques sont de plus en plus fiables et généralement, au moins 48 heures à l’avance, nous connaissons les principales caractéristiques du typhon. Sa taille, la puissance de ses vents, le parcours qu’il va suivre, sa vitesse et direction de déplacement, les précipitations qu’il pourrait apporter, etc. Je le répète les prévisions sont de plus en plus fiables et précises.

Donc, nous pouvons dire que vous avez entre 24 et 48 heures afin de vous préparer, ce qui doit être largement suffisant si vous vous préparez comme je le recommande.

En dix-sept ans, une seule fois nous avons été pris pratiquement à l’improviste, lors du passage d’Ondoy (Ketsana pour son nom international). Le matin du 25 septembre 2009, ce qui n’était encore qu’une simple Dépression Tropicale, se transforme en typhon sur le centre de Luzon. Ce ne sont pas les vents, mais les pluies diluviennes qui l’accompagnent qui vont causer la mort de 747 personnes, principalement sur Manille et ses environs.

Du fait d’aucune préparation et pour cause personne n’avait été prévenu, j’y laisse mes trois barques, emportées par la rivière devenue torrent impétueux.



Le 28 septembre 2006, c’était Milenyo (Xangsane pour son nom international) qui nous rendait visite.

Mais le typhon, qui n’était alors encore qu’une simple Dépression Tropicale alors qu’il se trouvait à 460 Nautical Miles de Manila le 24 septembre, commençait à être suivi par les différentes agences météorologiques.

Les agences font passer ce phénomène de Tropical Depression à Typhon dans la journée du 26 septembre, donc 48 heures avant qu’il n’arrive sur Manille avec des vents de 230 km/h.

Milenyo, dont le centre passera pratiquement sur Manille, causera la perte de 197 vies, presque exclusivement du fait des inondations et des glissements de terrain, conséquences des pluies diluviennes qui l’accompagnait.

Plus proche de nous dans le temps, le typhon Usagi, Odette pour son nom local, passait au nord de l’archipel les 19 et 20 septembre 2013. Un super typhon de catégorie 5, avec des vents soutenus de plus de 200 km/h et des pointes à près de 300 km/h.

L’évolution d’Usagi était suivie depuis le matin du 16 septembre et nous étions parfaitement informés de ses caractéristiques au fur et à mesure de son avancée en direction de l’archipel. 

48 à 72 heures pour se préparer. Résultat, le nombre de victimes aux Philippines se sont comptées sur les doigts d’une main, principalement des passagers de bateaux. Vagues de plus de sept mètres à certains endroits.

Dès le 17, certaines provinces avaient été mises sous alerte.


Oui, mais les populations du nord de l’archipel savent se préparer et se protéger !
Voir à ce sujet mon post ‘’Odette, la bête’’
http://maretraiteauxphilippines.blogspot.com/2013/09/odette-la-bete.html


Vingt ans que les gens de Batanes n’avaient  pas reçu un typhon d’une telle violence !

Après le passage de Milenyo et bien que nous situant à moins de 60 kilomètres de la capitale, nous avons été privés d’électricité durant trois longues semaines. Vous pouvez me croire, trois semaines sans électricité, c’est long, très long. Heureusement nous avions un petit générateur électrique de 2,5 Kva et notre préparation était presque parfaite.

Maintenant, si vous me posez la question de savoir si je souhaite toujours continuer à vivre aux Philippines, sans aucune hésitation je vous réponds ‘ « OUI ».

Au cours de ces dix-sept dernières années, j’ai essuyé une bonne vingtaine de sérieux typhons.

Je le reconnais bien volontiers, aucun n’avait la puissance de Yolanda, mais néanmoins cela a sérieusement soufflé à de nombreuses reprises. De plus nous sommes sur la façade ouest de Luzon, à l’entrée de la baie de Manille. Généralement, les typhons qui arrivent par l’est / sud-est, ont perdu un peu de leur puissance lorsqu’ils arrivent sur Manille.

Au niveau de la ville de Tacloban, c’est la montée brutale des eaux qui a provoqué la catastrophe. Vivre en bord de mer, c’est parfait par beau temps, voire par petite tempête tropicale. Maintenant lorsque surviennent des vagues de dix mètres, cela peut s’avérer difficile.

Donc bien étudier l’endroit où vous souhaitez faire construire. Glissements de terrain, inondations, proximité de la mer, des rivières, les vents dominants, la situation sur l’archipel, etc. tout ceci doit être pris en compte, avant que de louer ou de faire construire votre ‘’home sweet home’’.


Changer d’endroit pour une place qui soit plus sûre ?

Il n’y a aucun endroit au monde qui soit une place sûre à cent pour cent.
Vous pouvez, dans une certaine mesure, limiter les risques, maintenant le risque zéro n’existe nulle part.

Regardons un peu si certaines régions des Philippines peuvent être considérées comme sûres, ou tout du moins plus sûres que d’autres.

Luzon, la plus grande île de l’archipel et qui se situe au nord de ce dernier.

C’est la région qui reçoit le plus de typhons par an et il n’est pas rare, d’une année sur l’autre, que plusieurs typhons dévastateurs traversent la grande île. Tous ne sont pas aussi puissants que Yolanda, mais néanmoins, chaque année, ce sont deux ou trois de ces phénomènes qui dévastent le nord du pays. Donc Luzon ne peut pas être considérée comme une zone sûre. 

Les Visayas, le centre du pays, caractérisés par de nombreuses îles plus petites, Samar, Leyte, Panay, Negros, Cebu, Bohol, etc.

Même s’il s’agit d’une région qui est moins sujette aux passages des typhons, l’histoire récente nous prouve que ces îles sont loin d’être épargnées. Le dernier en date de cette violence, en 1991 si j’ai bonne mémoire. Une catastrophe similaire à celle de Tacloban, mais plus centrée sur la région d’Ormoc (Leyte). 

Donc Yolanda nous rappelle que cette région du centre de l’archipel n’est pas à l’abri d’une catastrophe de grande ampleur. Donc les Visayas ne peuvent pas être considérées comme une région sûre.


Mindanao, la deuxième plus grande île, tout au sud du pays.

Mindanao a connu peu de passages de typhons durant ces cinquante dernières années,
Néanmoins, deux catastrophes majeures se sont produites récemment, l’une en 2011, la seconde en 2012.

En 2011, c’est le passage de Sendong, Washi à l’international, plus une super tempête tropicale qu’un typhon, qui dévaste la ville de Cagayan de Oro le 16 décembre 2011.
Principalement dû au débordement des rivières, qui vont tout emporter sur leur passage, plus de 1.300 victimes vont être dénombrées.

Le 3 décembre 2012, c’est au tour de Bopha, Pablo pour son nom local, de dévaster le sud de Mindanao.

Avec des vents de plus de 280 km/h, c’est le plus puissant typhon à avoir frappé la grande île du sud depuis que les statistiques existent. De plus, phénomène rare, il est très bas en latitude, juste à quelques degrés au-dessus de l’Équateur. Bilan, plus de 3.000 morts et disparus.

Bopha, le plus puissant typhon à avoir touché les Philippines en 2012 et il est passé tout au sud, une région qui n’avait rien connu de tel depuis 70 ans..

Donc, nous pouvons en conclure que, même si les typhons sont moins fréquents au fur et à mesure que l’on descend vers le sud de l’archipel, aucun endroit ne peut être considéré comme sûre et hors d’atteinte de ce phénomène.


De plus, les Philippines sont situées sur la ceinture de feu du Pacifique, ce qui veut dire éruptions volcaniques et tremblements de terre.

Pour ce qui concerne le risque volcanique, je préconiserais de tracer un cercle d’une quinzaine de kilomètres de rayon autour des volcans actifs ; nous en aurions entre 14 et 17 selon les auteurs et d’éviter de se poser dans ces zones. Bien que le Mont Pinatubo ait été considéré comme totalement dormant avant son éruption apocalyptique de 1991. Pour les tremblements de terre il existe des cartes, mais sans aucune garantie.

Nous ne sommes pas non plus à l’abri d’un Tsunami, se situer à une petite quinzaine de mètres au-dessus du niveau de la mer pourrait s’avérer être une sage précaution, au cas ou.

Se préparer lors de l’arrivée d’un typhon.

Si vous avez un générateur électrique, c’est très bien, mais cela demande en permanence de l’entretien, par exemple le faire tourner au moins une fois par mois. Avoir de l’essence ou du diésel de réserve et faire régulièrement la vidange. De plus, même plus ou moins insonorisés, ils sont plutôt bruyants.

Pensez à préparer des panneaux de contreplaqué de 5mm afin de protéger vos fenêtres de l’extérieur.

L’investissement n’est pas excessif et si vous prenez la peine de les vernir ou de les peindre, vos panneaux vont vous resservir d’une année sur l’autre. Pour les portes, deux ou trois U en ferraille sur le  chambranle de chacune de vos portes extérieures, U qui vont recevoir des pièces de bois, de façon à bloquer vos portes de l’intérieur.



En cas de très violent typhon annoncé, protégez vos fenêtres de l’intérieur avec des matelas que vous bloquez avec des planches. Une fenêtre qui explose cela peut-être extrêmement dangereux.

Il m’est arrivé plusieurs fois de faire ces préparatifs pour rien, mais je préfère prévenir que guérir.

Pensez à élaguer vos arbres, à nettoyer vos gouttières et descentes d’eaux pluviales.
Vérifiez que le vent ne peut pas s’engouffrer sous la toiture par les débordements de la toiture.
Il faut que l’Hardiflex ou le contreplaqué soient vissés sur les ferrailles de la charpente, pas seulement posés dessus. En cas de fort vent, une plaque qui se soulève, le vent qui s’engouffre et hop, c’est à toute la toiture que vous pouvez dire adieux.

Cela parait peut-être idiot, mais je le répète, durant un typhon on ne sort pas, il peut y avoir des objets volants non identifiés et dangereux.

Bon maintenant que vous voilà paré pour la maison, il va falloir penser à vous.

Batteries de secours pour les téléphones portables, lampes torche et batteries de rechange, un poste de radio fonctionnant sur piles, une lampe à pétrole du type ‘’Petromax’’, quelques bougies, des boîtes d’allumettes et des briquets, etc.

Prévoir de la nourriture pour toute la famille et pour environ une semaine.


Des choses non périssables bien évidemment ; riz, lait en poudre, café, sucre, sel et des conserves, beaucoup de conserves. Tous les six mois, vous renouvelez vos provisions que vous avez pris la précaution de mettre dans une grande boîte plastique.

Prévoir également quelques médicaments comme Paracetamol, Immodium, un antibiotique large spectre, des vitamines, des barres de céréales, de chocolat vitaminées, etc.

Un nécessaire de premier secours afin de désinfecter et de soigner les petits bobos.

Tout ceci à conserver dans des boîtes plastiques du genre Tupperware.

Le typhon est annoncé, prenez la précaution d’acheter quelques bidons d’eau de boisson, de quoi tenir huit jours avec une consommation journalière de trois litres par personne et par jour.
Prévoyez éventuellement un système de filtrage de l’eau de pluie.

Attendez-vous, plus particulièrement si vous vivez dans un milieu rural, à recevoir du monde, pas mal de monde à la maison. Principalement des femmes et des enfants, souvent avec quelques bagages.

Donc prévoyez large en réserves d’eau et de nourritures.


Maintenant vous voilà paré pour affronter le prochain typhon !

Rassurez-vous il ne devrait maintenant pas y en avoir avant la fin mai, voire début juin et encore ont-ils tendance, en début de saison tout du moins, à filer en direction du Japon.

Donc, c’est aussi simple que cela : ‘’aucun endroit sur terre n’est totalement sûr’’.


J’ai presque honte à le dire, mais nous n’avons absolument pas été affectés par le passage de ce dernier typhon. Un peu de vent, un peu de pluie durant quelques heures et ce fût tout. 

Difficile d’imaginer une telle catastrophe à quelques petites centaines de kilomètres de là.
Comme je l’ai déjà expliqué, c’est une toute petite partie de l’archipel qui a été affectée par Yolanda, peut être 5 % en tout, pas plus. Mais ce sont des régions extrêmement pauvres et peu développées, des endroits où ceux qui possèdent des maisons en dur sont largement minoritaires.

Quatre plots de cocotier et du bambou, parfois du contreplaqué et des cartons, le tout recouvert de feuilles de palme en guise de toit, ne résistent bien évidemment pas aux typhons.


Après le passage de Yolanda, avez-vous toujours l’intention de venir vivre aux Philippines ?
Pour ceux qui demeurent ici depuis plus ou moins longtemps, êtes-vous effrayés de rester sur l’archipel, envisagez-vous de partir ?


Pascal, qui s’est engagé à titre bénévole à construire quelques maisons en dur pour les habitants les plus touchés et les plus méritants de son Baranga, a créé avec quelques amis, une association qui porte le nom de ‘’Les Artisans du Cœur’’. Cette association, sous sa supervision, se charge de construire quelques maisons faites de parpaings. Du solide, du fait pour durer et résister aux intempéries et aux typhons locaux. Plus vous serez nombreux à donner pour cette association et plus grands sera le nombre de maisons construites.

Pour plus de renseignements, vous pouvez directement contacter Pascal par mail : pascal.chatel@yahoo.com

Pour vos donations :
Voilà donc toutes les informations pour le compte bancaire Philippin.

Account Name: Pascal, Bernard, Raymond CHATEL
Account Number: 1413141363990
Account Type: Savings Account
Bank Name : Metrobank
Branch: Roxas City Philippines
Bank Address: Roxas Ave. Roxas City Capiz Philippines
Swift Code: MBTCPHMM
Iban No.: 03407080868



Expériences, avis, critiques et commentaires, comme d’habitude sont les bienvenus.


Chaque jeudi de 18 à 20 h, 12 à 14 h  en Europe sur Yahoo Messenger :
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Friday, November 29, 2013

YOLANDA ... LE RÉCIT DE PASCAL

Trois semaines, cela fait déjà trois semaines que le ciel leur est tombé sur la tête et nous commençons tout juste à savoir ce qui s’est passé, comment cela s’est passé.

Je vous livre ici le récit de Pascal tel qu’il a bien voulu me le faire parvenir.

Pascal vit dans la région de Capiz sur l’île de Panay, une région qui a été moins médiatisée que Samar et Leyte et pourtant …

Pour ceux qui souhaiteraient faire un don je vous donnerai les coordonnées du compte que Pascal a ouvert afin de venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin dans son secteur.


Typhon du 8 novembre 2013

J’aimerais vous faire comprendre et vous expliquer le vécu de ce typhon pour moi. Je ne le nomme pas volontairement car pour moi il n’y a pas de nom ou de mot à mettre sur une tragédie pareil.

Je venais juste de rentrer d’une mission en Allemagne 2 jours avant. Tout le monde parlait du typhon à venir mais sans appréhension particulière. La vie « demeurait » normale, pas d’inquiétude chez les gens, pas de préparatif particulier. Il faut comprendre que les Philippins vivent en moyenne 20 typhons par an.

Le soir du 8 novembre le Président des Philippines (Aquino) a pris la parole en direct afin de demander aux gens de bien suivre les consignes d’évacuation.

Pour Darlyn ma compagne et Mat son frère, il n’y avait aucune inquiétude à avoir, d’autant plus que nous vivions dans une maison en « dur »  (faîte en parpaings). 

Mat a juste fait une remarque : c’était la première fois qu’un Président prenait la parole pour informer la population des risques du typhon.


Vers 1h du matin, une voiture équipée de haut-parleurs passe dans notre quartier et demande à la population de quitter les logements qui ne sont pas en « dur ». Les gens doivent se rendre au centre d’évacuation.

Je pense que c’est aux alentours de 3 heures du matin que les prémisses du typhon ont commencé à se faire sentir. Je dis « je pense » car dans cette nuit du typhon, j’ai perdu la notion du temps.

D’abord, le vent et la pluie ont commencé à s’abattre sur nous avec un bruit toujours crescendo, un bruit sourd au loin comme un énorme troupeau d’animaux. Le vent prenait de la puissance et devenait de plus en plus violent.

A ce moment nous étions encore dans la pièce à vivre cuisine salon. Je n’ai pas de mots pour vous décrire l’intensification du vent et du bruit. Sous la pression des éléments extérieurs, les fenêtres se déformaient, l’eau passait partout, même entre l’encadrement des fenêtres et le mur.

J’ai transféré tous les gens présents chez moi dans la chambre qui se trouve derrière l’entrée de la maison, devant laquelle les éléments se déchaînaient. Notre chien Sniper était sous le lit, il pleurait de peur.

Et dire qu’à ce moment-là, le typhon n’avait pas encore atteint sa puissance maximale.
Dans notre chambre, nous avions une fenêtre où nous pouvions voir certains arbres se briser comme des allumettes, coupés nets par le milieu. A ce moment-là, je dirais que nous avions encore une visibilité d’environ 80 à 100 mètres.

J ai vu mes gouttières s’envolées, je ne vous parle plus du bruit car je ne saurais le définir autrement que par le mot terrifiant. La puissance du vent continuait à s’accroître, la visibilité se réduisant à 40 / 50 mètres. De la fenêtre de la chambre, J’ai vu mon toit partir au loin. 

J’ai craint le pire, plus personne ne parlait. Nous avons pu voir des milliers de débris, certains énormes voltiger aux alentours de la maison, comme des fétus de paille. La visibilité continuait à se réduire, la puissance du vent devenir encore plus fort, au point que nous nous sommes tous réfugiés dans la salle de bains, que je pensais être plus sûr que la chambre. 

Je distinguais à peine le mur de clôture, c’est-à-dire que nous avions une visibilité d’à peine 6 mètres. Au-delà : le noir et le chaos.

J’étais sûr qu’une fenêtre allait finir par céder. Le vent hurlait à nos oreilles (plus de 340 kms/heure) nous ne pouvions plus communiquer entre nous malgré les quelques centimètres qui nous séparaient. Nous distinguions seulement et à peine les bruits de lamentation du chien.
J’ai prié au fond de moi. 

Je disais à ce typhon : « détruit ce que tu as à détruire mais laisse nous la vie ». Je lui ai demandé de prendre ma vie mais de laisser vivre Darlyn et le bébé qu’elle porte. Impossible de vous décrire la situation au plus fort du typhon. 

Pour moi, c’était le noir total, je pense que ma mémoire n’a plus fonctionné pendant un moment car quand la situation s’est inversée et que les vents ont commencé à perdre de leur puissance, je me suis retrouvé dans la chambre. 

Quand ? Comment ? Je suis incapable de vous le dire. Progressivement  le calme est revenu jusqu’à ne plus avoir de vent du tout.

Mat, le frère de Darlyn, est allé prendre des nouvelles de la famille qui ne vit pas très loin de la maison. Oncle junior, Joy, les enfants, « tout le monde va bien » me crie Mat de l’extérieur ; il ajoute « Pascal le toit est toujours là », je lui réponds « Mat c’est impossible nous l’avons vu partir ». En fait, le toit que nous avons vu provenait d’une maison située 5 à 600 mètre plus loin.


Lorsque je quitte la chambre et redescends au RdC de la maison, je me rends compte que celle-ci n’a pratiquement pas de dommages : les gouttières, le portail, une double porte au RdC et une fenêtre ont littéralement explosé.

 Nous décidons avec Mat d’aller en bordure de mer voir notre petit Sari sari (magasin de première nécessité). Nous marchons le long de la route, les arbres déracinés encombrent le passage, il n’y a plus un seul poteau électrique debout, comme le reste d’ailleurs. Partout où le regard porte, un seul mot : le désastre. 

Les maisons en « dur » connaissent toutes de gros dégâts. Toute l’activité commerciale, tous les lieux de vie (restaurants, boutiques, cottages en bordure de mer, …) tout est détruit. Au risque de me répéter, c’est l’apocalypse partout. Je ne me fais guère d’illusions pour notre petit Sari sari.

Au miracle d’être encore en vie s’ajoute le miracle de voir notre Sari sari (la cantina, c’est son nom) encore debout. C’est le seul élément debout dans un désert de ruines. Notre Cantina est faite d’une ossature bois et de contre plaqué de 5mm, le toit traditionnel couvert en Nipa, rien pas de dommage, intacte. Comment expliquer ceci ? Pourquoi ?

Nous retournons à la maison pour annoncer la nouvelle à Darlyn.

Juste avant que nous arrivions à la maison, la pluie recommence à tomber. En fait, nous étions dans l’œil du typhon. Ceci peut vous sembler évident, pour moi aussi avec le recul mais quand vous vivez cette expérience, quand tout s’arrête pour la première fois, vous éprouvez un tel soulagement après avoir perdu tous vos repères que vous n’imaginez même pas que vous n’avez vécu que la moitié de l’enfer.

Le vent recommence à souffler, exactement de la même façon qu’au début du typhon. Ca recommence.

Je crie « non, non c’est impossible ». Cette fois, je suis sûr qu’il ne va rien rester.

Nous regagnions notre chambre. Les vents sont de nouveau d’une puissance incroyable, même s’ils semblent légèrement moins puissants que la première fois. Il fait à nouveau nuit. Une nuit noire avec juste le bruit infernal du vent qui rythme le temps. 


Personne ne bouge, nous attendons prostrés et muets. Physiquement nous sommes tous les 3 épuisés.

Puis de nouveau le calme revient il doit être 3 ou 4 heures du matin. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je sais seulement qu’enfin le typhon est passé.

Darlyn et Mat trouvent le sommeil. Pour moi impossible. Dès que les vents ont complètement arrêtés de souffler, je vais sur notre terrasse.

Je suis là, assis, dans l’attente du lever du jour.

L’attente est longue mais fini par arriver. La vie s’éveille autour de moi. Les gens commencent à bouger. Il doit être  5h 30-  6heures. Au fur et à mesure que le jour se lève, je découvre le désastre.

Il n’y a pratiquement plus d’arbres.  En tout cas pas un arbre intact. Je contemple paysage de désolation. Dans notre cour, beaucoup de branches d’arbres ont fini leur course folle. Nous n’avons plus d’électricité bien sûr, mais également plus d’eau. 

Je constate qu’un robinet a cassé net. Je décide d’aller fermé notre arrivée d’eau au compteur qui se trouve en bordure de route à environs 200 m (la peur de gaspiller l’eau).

Sur le chemin du retour je croise une femme avec ses 2 enfants, un sac plastique dans chaque main. Elle est dans l’abri center, non loin d’ici. Elle revient des ruines de sa petite maison de bambous.

Arrivée a ma hauteur, elle s’arrête et prononce  ces 4 mots qui resterons gravés à jamais en moi : « YOU ARE OK SIR ». Elle prononce ces 4 mots avec le plus beau des sourires.

C’est quatre mots m’arrivent en plein cœur et me noient d’émotion. Mes yeux se remplissent de larmes. Il me faut vite répondre, je ne veux ni ne peux pleurer devant elle.

La vie de cette femme tient dans ses 2 sacs en plastique. Elle a tout perdu mais elle prend quand même le temps de prendre de mes nouvelles, savoir si je vais bien. Elle m’adresse un sourire comme pour me dire le plus important «  nous sommes en vie, nous pouvons encore sourire ». 

Je parle souvent à mes proches du sourire Philippin car en dehors des très belle îles qu’il y a à visiter, ce qui marque le plus les touristes est ce fameux sourire des Philippins.
Je crois que chaque jour je penserais à ses 4 mots.

Je retourne sur ma terrasse. Darlyn et Mat dorment encore. Je m’assieds. Un sentiment de culpabilité me gagne. Je n’ai pratiquement aucun dommage alors que beaucoup de gens autour de moi ont tout perdu. Je ne comprends pas.

La vie reprend ses droits et le travail de tous pour tous commence : déblaiement, nettoyage, récupération, … j’écris ces mots 12 jours après le drame, nous n’avons pas encore d’électricité (il n’y a plus un seul poteau électrique debout) mais tous œuvrent d’une manière admirable pour reconstruire, rebâtir et revivre. 

Darlyn et Mat sont réveillés. Les batteries des téléphones portables sont pratiquement vides. Nous prenons des nouvelles de la famille de Darlyn qui vit dans la campagne (30 à 40 minutes en voiture. 

Pour eux également le typhon a été terrible mais encore une fois, le plus important est que tout le monde est en vie. Il va nous falloir attendre 1 à 2 jours avant de pouvoir apporter de la nourriture car leur secteur, comme à chaque fois qu’il y a des fortes pluies ou un typhon, est inondé.

Nous vidons notre CANTINA de tout ce qui peut être utile ou mangeable. Nous allons acheter de la nourriture, du savon, des produits divers, … enfin un maximum de choses : du lait en poudre pour les enfants, de l’eau potable, la liste est longue ; nous essayons de penser à un maximum de choses. Car chez la maman de Darlyn, de nombreuses familles y ont trouvé refuge.

Quand 2 jours après le typhon, nous arrivons à passer les nombreuses étendues de débris pour apporter des vivres de premier secours, inutile de vous dire combien nous étions les bienvenus.

Loving, un autre frère de Darlyn, nous explique qu’au plus fort du typhon, l’église qui se trouve à 20 mètres de la maison maternelle et qui sert d’abri center a vu quasi instantanément sa porte cédée sous les coups de boutoir des vents son toit s’envolé sous la pression de ces mêmes vents.

En urgence, les nombreuses familles qui étaient à l’intérieur de l’église sont sorties de celle-ci. Les adultes ont fait une chaîne humaine accroupie, à  genoux, enfin le plus près possible du sol, pour pouvoir faire passer les enfants un à un jusqu’à la maison de la maman de Darlyn afin d’y trouver refuge. Là encore, par miracle, pas de victimes.

Comment cela est-il possible au plus fort du typhon ? J’ai beaucoup de questions qui restent sans réponse et qui, je le crois, le resterons pour toujours.


Sandra, toi qui connais la batchoy de Loving, elle n’a pas résistée, détruite par le typhon mais aujourd’hui elle reprend vie. Loving travaille, les gens mangent sa célèbre Batchoy sous des bâches. La construction de la nouvelle Batchoy a commencée. Elle sera un peu plus solide.

Oui la vie reprend, les gens ne peuvent pas arrêter leur activité, pas de travail pas de revenu, aussi petit soit-il. Aujourd’hui, des petits restaurants de bord de mer sont déjà reconstruits. Les plus « grosses affaires » sont toujours dans les travaux, d’autres ne reprendrons jamais faute de moyens.

Votre aide alimentaire arrive maintenant massivement. Un peu partout les gens repartent avec leur sac de ration. Tout le monde mange.

Là il y aurait à dire mais je me fous que certains détournent cette aide à des fins électorales, que certains membres d’ONG arrivent sur place et qu’on se demande bien pourquoi. Le plus important, c’est que les pauvres gens mangent.

Car ici les prix ont grimpé en flèche,  l’eau potable a pratiquement doublé, les légumes sont rares. Manger devient un véritable gros budget.

Juste un autre exemple : le bambou qui est l’élément principal de construction locale était à 60 Php pièce. Aujourd’hui vous le trouvez entre 100 et 200 Php.

Aujourd’hui nous sommes le 25 novembre 2013, premier jour d’école après le typhon.
J’aimerai vous dire également qu’après le passage du typhon, aucun acte de pillage à constater, le plus grand respect règne dans les longues files d’attente, dans ces mêmes file, la priorité est donnée aux femmes enceintes, aux personnes âgées, ceci sans l’aide de la police.

C’est le comportement habituel des philippins. Aucune panique malgré que dans les premiers temps, très peu de magasins pouvaient ouvrir leurs portes.

J’aurais encore mille choses à vous dire, mille exemples à vous raconter mais nous aurons l’occasion de parler de cette tragédie ensemble.

A travers ce courriel j’aimerai encore remercier Pascale et Régis qui ont réussi à contacter mes parents afin de les rassurer sur ma situation, remercier David qui en pleine surcharge de travail a pris le temps d’organiser l’achat et l’acheminement d’un groupe électrogène, qui je vous le dit, change la vie.


 Une Aide Durable.

Vous avez était nombreux a me demander comment aider.

2 exemples parmi des centaines
Voici, aujourd’hui la maison de Monique.




Monique est veuve,  encore 2 enfants à charge.
Sont travail quand elle en a, enlevé les mauvaises herbes dans les rizières.
Son salaire  150 Php = 2,50 Euros par jour travaillé.

La maison de Maricel
Maricel est marié elle à 4 enfants le petit dernier 2 ans.


Maricel et son mari exploite 1 hectare de rizière.
Il perçoit un revenu 3 fois dans l’année lors de la vente du riz, sur l’hectare qu’il exploite il donnera un % au propriétaire du terrain, ses revenu son très aléatoire.

J’ai pris l’exemple de Monique et de Maricel car je me suis promis de venir en aide à ces 2 familles quoi qu’il arrive.

Notre Aide Durable
Construire une petite surface en dur sécurisé hors d’eau.

Si nous avons le financement, il ne sera pas toujours possible de faire cet abri. Il nous faudra l’accord du propriétaire, qui dans certain cas refusera.

 Pas toujours possible  de mettre une ampoule et 2 prise de courant, certaine famille n’ont pas les moyen de payé l’électricité.

Il faudra agir discrètement, pas toujours à la même place pour ne pas éveillé l’attention du petit politique local, qui pourrait sentir l’opportunité de se faire un peu d’argent. 

Construire abri après abri.
Chaque péso, chaque matériel économisé profitera pour l’abri suivant.

Un ou deux collecteurs pour le financement de chaque abris, je ne souhaite pas d’arrivé massive d’argent, il faut que vous soyez en mesure de pouvoir contrôler chaque projet.

Je ne si pas très alaise avec cela mais j’ai ouvert un compte pour ceux qui souhaite faire une donation direct. Je suivrais personnellement et uniquement moi chaque projet.

Il y a encore un peu travail pour mettre tout ceci en place, je compte sur votre aide.

Nous ne changerons pas le monde, mais pour pouvons réaliser une aide durable pour certaines familles.

Une aide durable qui va changer leur vie.

Pascal



Les coordonnées de Pascal :
Métrobank
Roxas City Philippines
Savings Account
1413141363990
Pascal, Bernard, Raymond CHATEL

Mon adresse e-mail :  pascal.chatel@yahoo.com

Vidéo de la Fondation de France.
http://www.youtube.com/watch?v=T-RRPHtBFDw

Le typhon du début à la fin
www.facebook.com/photo.php?v=10201750280852591&set=vb.1048122396&type=2&theater


J’ai peur que, comme souvent dans ce genre de catastrophe, les gens soient abandonnés à eux-mêmes une fois le battage médiatique terminé.

Capiz est une province pauvre où les gens sont principalement des fermiers et des pêcheurs.
Les récoltes sont perdues et les barques détruites.

Je pense que l’initiative de Pascal est une bonne initiative.
Donner un petit abri en dur avec un toit solide afin que les gens puissent se protéger et conserver leurs quelques biens.

Notre ami Pascal devait quelque peu avoir perdu la notion du temps et on le comprend. 
L'œil du typhon est passé sur Roxa City aux environs de midi le 8 novembre.




Expériences, avis, critiques et commentaires, comme d’habitude sont les bienvenus.



Chaque jeudi de 18 à 20 h, 12 à 14 h  en Europe sur Yahoo Messenger :
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