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Friday, October 10, 2014

BONJOUR ... COLONEL LANSDALE !

Depuis quelques mois je m’intéresse aux coups tordus que les Américains nous ont faits, nous les Français, depuis la seconde guerre mondiale et ce, dans un premier temps, plus particulièrement dans la zone du Sud-est asiatique. 



Ayant vécu au Cambodge de 1967 à 1970, j’ai eu l’occasion, sur place,  d’entendre certaines anecdotes croustillantes que racontaient, lorsqu’ils étaient un peu éméchés, certains anciens de l’Indochine.
J’ai donc cherché à savoir ce qu’il en était exactement.

Depuis quelques temps les langues se délient, le sujet n’est plus tabou, des livres paraissent, des bribes de vérité émergent de la pourriture des cadavres qui ont engraissé les rizières de l’Indochine Française. 

C’est pire que tout ce que je pouvais imaginer, une véritable guerre secrète dont on commence seulement à parler et encore, sans jamais ou presque jamais insister sur le rôle ambigu de la CIA et du SDECE dans ce conflit de l’ombre.


Deux livres, peu connus du grand public français, m’avaient mis la puce à l’oreille et donné un début de piste ; ‘’A Bright Shining Lie’’ de Neil Sheeman (Prix Pulitzer tout de même) et ‘’About Face’’ du Colonel David H. Hackworth et de Julie Sherman.

Le premier raconte la vie d’un homme, John Paul Vann, un américain peu connu qui va jouer un rôle déterminant dans la guerre du Vietnam (la seconde, celle des Américains) et le second raconte la vie de soldat d’un homme profondément attaché à son pays, d’un homme qui va se battre sur plusieurs fronts, en Europe, en Corée et au Vietnam.

Mais le Colonel David Hackworth est avant tout un soldat, un homme qui a commencé tout en bas de la hiérarchie militaire, un homme qui a fait ses preuves et gagné ses galons sur les champs de bataille.
De plus, arrivé au Vietnam en juillet 1965, il ne m’intéresse que peu dans ma quête d’informations sur la guerre que se sont livrés les deux services secrets, en fait les deux nations par agences interposées.

Il en est de même pour Jonh Paul Vann, arrivé au Vietnam en mars 1962, bien qu’il ait été en relation avec l’homme qui va être le fil conducteur de ce billet et dont il va appliquer la doctrine sur le terrain. 




1962, à cette date, les Français étaient partis depuis longtemps d’un pays que certains croyaient être terre française à tous jamais. Mais c’était sans compter avec la duplicité des Etats-Unis d’Amérique.


En effet, le Corps Expéditionnaire Français en Extrême Orient (CEFEO) quitte officiellement l’Indochine le 28 avril 1956. En fait il est dissout ; les Français cèdent la place aux Américains et, sans grandeur, quittent l’Indochine presque un siècle après leur arrivée.

John Paul Vann est mort en juin 1972 dans le crash de son hélicoptère, près de Kontun au Vietnam, non loin des frontières du Cambodge et du Laos. Il a été enterré dans le cimetière militaire d’Arlington le 16 juin 1972, enterrement suivi d’une cérémonie à la Maison Blanche en présence du Président Nixon et de ses conseillers.

C’est pour vous dire si Vann était une personnalité importante.


Mais, que je vous raconte.
Lors de l’enterrement de Vann à Arlington, légèrement en retrait, se trouve un homme qui ne se remarque pas et que pourtant tout le monde vient saluer. Et c’est de cet homme dont je souhaite vous parler.


Qui pourrait imaginer que cet homme ordinaire de soixante-quatre ans, que cet homme que rien ne distingue des autres, alors que vêtu d’un costume beige clair il serre les mains de ceux qui viennent se recueillir sur la dépouille de John Paul Vann, est une légende de la Centrale Intelligence Agency. 

Un clandestin de l’Agence, un agent de l’ombre qui a beaucoup œuvré pour son pays. Homme du renseignement de l’armée durant la seconde guerre mondiale, on le retrouve aux Philippines où il va jouer un grand rôle auprès de Magsasay, puis au Vietnam où il va engager une lutte à mort contre les Français.
Il est le ‘’Colonel Hillandale’’ (?) de la célèbre nouvelle ‘’The Ugly American’’.
Bien qu’il se pourrait que le caractère de cette nouvelle appartienne à un autre homme, je vais y revenir dans la deuxième partie de ce billet.




Donc que je vous présente l’homme.
Il est né en 1908 à Détroit dans le Michigan et a suivi des études à UCLA où il écrivait, pour vivre, des articles pour des journaux et des magazines. Puis il est devenu publicitaire à San Francisco et Los Angeles.


Durant la seconde guerre mondiale il se retrouve intégré à l’Office of Strategic Service ou OSS, l’ancêtre de la CIA. En 1943 il est nommé lieutenant dans l’armée américaine et effectue plusieurs missions de renseignement tout au long de la guerre. En 1945, après plusieurs promotions, il est transféré au Quartier Général de l’Air Force pour la zone Pacifique en tant que Major et il devient le chef de la division renseignements (Intelligence Division).

Notre homme, qui se trouve maintenant aux Philippines, prolonge son séjour sur place d’un tour, soit trois ans de plus, de 1945 à 1948. Il aide l’armée Philippine à reconstruire ses services de renseignements et s’occupe de nombreux cas de prisonniers de guerre.
Il semblerait que ces activités aient eu pour but de camoufler sa véritable mission, retrouver l’or des Japonais caché aux Philippines (le fameux trésor du général Yamashita).


Il réussit dans sa mission, puisque des fonds sont transférés dans de nombreuses banques à travers le monde sur des comptes secrets de la CIA. Fonds qui seront par la suite utilisés par l’Agence afin de financer des opérations noires (secrètes). Il est nommé capitaine dans l’armée de l’air américaine en 1947, avec rang temporaire de Major (Commandant).

Il quitte les Philippines en 1948 et on le retrouve comme instructeur à la Strategic Intelligence School à Lowry Air Force Base dans le Colorado. Il est alors nommé, toujours à titre temporaire, Lieutenant Colonel en 1949.

En 1950, le Président Elpidio Aquino (Président des Philippines de cette époque) demande personnellement à ce qu’il soit transféré au ‘’Joint United States Military Assistant Group’’ aux Philippines. Il aura pour mission d’assister les Forces Armées Philippines dans leur combat contre les communistes du Hukbalahap.



Ramon Magsaysay vient tout juste d’être appointé au poste de Secrétaire à la Défense Nationale (Ministre de la Défense) et notre homme devient son Officier de liaison avec les Américains.

Une solide amitié se noue rapidement entre les deux hommes et ensemble ils visitent régulièrement les zones de combats. Avec l’aide du Lieutenant Colonel, une généreuse aide financière, Ramon Magsaysay deviendra Président des Philippines le 30 décembre 1953.
Dans sa lutte contre les communistes, il aide et forme les Forces Armées Philippines à des opérations de contre-guérillas armées, mais il mène également une guerre psychologique. Il engage des actions civiques et met en place la réhabilitation des prisonniers du Hukbalahap, avec des projets comme EDCOR. Il est promu au rang de Colonel, toujours à titre temporaire, en 1951.

Faisons un petit point.
Nous avons un homme qui a fait ses études supérieures à UCLA, où il gagnait sa vie et payait ses études en travaillant pour des journaux et magazines, puis qui est devenu publicitaire en Californie.


Au début de la seconde guerre mondiale il est recruté par l’OSS, l’Office of Strategic Service et ce, pas avant  juin 1942, date de la création de l’Agence. Il a donc alors 34 ans. La CIA, la fameuse Centrale Intelligence Agency, sera créée le 18 septembre 1947.

En moins de huit (8) ans, de 1943  à 1951, nous avons un civil qui, sans n’avoir fait aucune école militaire, se retrouve propulsé au rang de Colonel dans l’US Air Force !
L’on peut en conclure qu’il a certainement rendu de très, très grands services.


L’or ou le trésor de Yamashita, il en a retrouvé une partie, les archives de la CIA de cette époque sont maintenant accessibles. Je dis bien une partie, car j’ai d’autres sources qui confirment qu’une partie de cet immense trésor a été rapatrié de Chine (Shanghai) au Japon par les Yakusas.



Néanmoins, une importante quantité d’or, de platine, d’argent et autres métaux précieux, ainsi que des  bijoux, ont été cachés dans de nombreux endroits (par les Japonais) aux Philippines et ce, à partir de 1943. A Manille même, plus particulièrement dans les sous-sols de la vieille ville d’Intramuros, dans des églises et des lieux supposés ne pas être bombardés par les forces américaines.

L’opération ‘’Black Eagle’’

Severino García de Santa Romana (un Philippin, prêtre catholique, Colonel, agent de l’OSS puis de la CIA, dont le nom est Fr. José Antonio Diaz à certains moments, car il possède plein d’alias) obtient de nombreuses informations sur les itinéraires de Yamashita et, de cette manière, il réussit à trouver plusieurs cachettes. «Santy» devient alors le gardien du "trésor de Yamashita’’.

Il est resté, au début, sous le commandement direct de MacArthur jusqu'à ce que notre homme, notre ancien agent énigmatique de l'OSS, qui a récemment rejoint les services G-2 du général Willoughby, ait pris le commandement des opérations.


L’on peut supposer que notre homme et Severino Garcia, également appelé Santy, ont de par leurs positions interrogé les prisonniers Japonais qui passaient entre leurs mains. Et donc qu’il leur a été possible de localiser une partie des caches où avaient été enterrés les trésors.
Après avoir soumis la question au président Truman, il a été décidé que le butin récupéré servirait à créer un fond destiné à lutter contre le communisme, l’opération est plus connue sous le nom Black Eagle.

 Le projet, conçu par un conseiller de Roosevelt, consiste à utiliser l'or volé par l'Allemagne, l'Italie et le Japon (mais récupéré par les Américains), pour financer les gouvernements pro-américains et, par conséquent, à manipuler, avec utilisation de fonds secrets, les élections dans plusieurs ‘’démocraties’’ menacées par le ‘’péril rouge’’.



Avec l'aide de Robert Anderson, un spécialiste du blanchiment d'argent, l'or récupéré par Santy et notre homme a été dispersé dans 170 comptes bancaires, dans 42 pays. Le réseau bancaire de la CIA permet ainsi de dissimuler à nouveau la fortune volée de l'Asie du Sud-Est et de maintenir les prix de l'or à un niveau conforme aux intérêts économiques des États-Unis.

Il est temps que je vous donne l’identité de notre homme. Il se nomme Lansdale, de prénoms Edward, Geary. Aviez-vous jamais entendu parler de lui ? Et pourtant. Il fût ‘’Conseiller Militaire’’ de Chiang Kai-Shek , le leader nationaliste chinois battu par le Chinois communiste Mao zedong ; il a battu les maquis communistes aux Philippines et installé un Président pro-américains sur l’archipel ; il a fait de même au Vietnam ,avec la mise en place de nouveaux moyens de lutte contre la guérilla Viet-minh et il a installé un Président pro-américain en la personne de Ngo Dinh Diêm ; il a réduit l’influence française en Indochine à presque rien, monté des opérations contre le régime de Fidel Castro à Cuba et a certainement eu de l’influence sur les événements qui se sont déroulés en Amérique Centrale et du Sud dans les années 60’s.
Il prend sa retraite officielle de l’Air Force le 1er novembre 1963, avec le rang de ‘’Major General’’.

Néanmoins, on le retrouve à l’Ambassade des États-Unis à Saigon, de 1965 à 1968, en pleine guerre américaine du Vietnam.


Avant la seconde guerre mondiale, l’Indochine, avec le Tonkin, est la plus riche des colonies de l’Empire Colonial Français. L’on y exploite principalement le sel, le caoutchouc et le charbon, matières premières qui sont revendues dans le monde entier.

Petits rappels, pour ceux qui ne connaissent pas bien l’histoire et la géographie de cette région :
Ce qui est de nos jours le Vietnam était alors divisé en trois parties. Au nord le Tonkin avec Hanoï et le port d’Haiphong, partie bordée au nord par la Chine et à l’ouest par le Laos ; la partie centrale qui se nommait Annam, cette bande de terre étroite bordée à l’est par la mer et à l’ouest par le Laos et le Cambodge et la Cochinchine, la partie la plus au sud, celle où se situe Saigon et le delta du Mékong.




L’Indochine était alors composée des trois régions du Vietnam, du Cambodge et du Laos (plus la province chinoise du Kouang-Tchéou-Wan à une certaine époque).

Après la défaite de 1940, les Nationalistes vietnamiens découvrent que la puissance coloniale française n’est pas invincible. Alors que l’Indochine est gérée par le gouvernement pro-vichyste de Hanoi, sous la supervision des Japonais, une révolte communiste, mais surtout nationaliste anti-française menée par Ho Chi Minh éclate. 


En mai 1941 commence la première guerre du Vietnam, les soldats du Viet-Minh contre le colonisateur français et son ‘’allié’’ d’alors le Japon.

Là commence la duplicité des Américains. Ils vont armer et entrainer, avec des Conseillers Américains, l’armée du Viet-Minh ; pour lutter contre les Japonais, mais également et surtout contre les Français. Ce qui plus tard se retournera contre eux, ils ont entrainé des cadres Nord Vietnamiens qui vont combattre leurs propres hommes durant la seconde guerre du Vietnam.

Notre homme, celui qui n’est alors que le Colonel Lansdale, est ‘’Conseiller’’ auprès du Gouvernement philippin. Il développe et met en place de nouvelles stratégies de lutte contre les guérillas communistes.


L’Indochine Française pendant la seconde guerre mondiale, 1939-1945.

Au milieu de cet embrasement général, paradoxalement, l'Indochine, dans son isolement, pourrait apparaître comme un asile de paix, subissant toutefois les contrecoups du conflit mondial. Tantôt ilot noyé, mais toujours émergeant dans la marée nippone, elle est contrainte de céder aux exigences de ce dangereux voisinage par l'ambassadeur nippon à Vichy et, par obligation, demeure fidèle au gouvernement de Vichy.

De juin 1940 à avril 1941, la colonie et son armée affrontent leurs premières difficultés : les premiers combats entre Français et Japonais se situent autour de Langson ; les accrochages franco-siamois constituent des péripéties dans cette Asie du Sud-est.



Tel est le cadre général dans lequel se trouve l'Union indochinoise entre 1941 et 1944. Toujours maîtresse de son administration, de sa police, de son armée, la colonie repliée sur elle-même, s'efforce de survivre au cours de cette longue et difficile période d'isolement.
L'armée d'Indochine constitue la garantie première de cet effort de survie.

Dans la soirée du 9 mars 1945 se déclenche le coup de force japonais. L'Indochine française engage le combat dans les plus mauvaises conditions.
Vu les renforts qu'ils viennent de recevoir, les Japonais ont la supériorité du nombre et de l'armement. A cette force moderne et opérationnelle, l'armée coloniale, force de souveraineté, n'a à opposer qu'un matériel médiocre et vieillissant (équipement datant d'avant 1940).
Compte tenu de l'imbrication des unités en présence, la surprise est un des éléments déterminants du succès japonais.

Sans complicité profonde de la population, les Français, militaires et civils, vont ainsi se battre pour l'honneur, loin de tout et de tous. Ils ne se laisseront pas neutraliser comme l'armée d'armistice en Métropole, en novembre 1942.

Le coup de force nippon crée dans tous les Etats d'Indochine un vide béant et dans ce vide, vont s'engouffrer tous les courants nationalistes.

Après le largage de bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, le Japon capitule le 15 août 1945.
Le lendemain le Général de Gaulle désigne l'amiral Thierry d'Argenlieu comme Haut-commissaire en Indochine et le général Leclerc, commandant supérieur des troupes.
Le 2 septembre 1945, à bord du cuirassé américain "Missouri", ancré en rade de Tokyo, le général Leclerc signait au nom de la France et à la suite du général Douglas Mac Arthur, l'acte de capitulation du Japon.

A la même date à Hanoï, Hô Chi Minh, le vieux chef révolutionnaire, à la tête du parti communiste indochinois, le Viet Minh, proclame l'indépendance du Vietnam qui comprend le Tonkin, l'Annam et la Cochinchine. Le Laos et le Cambodge réclament à leur tour leur indépendance.



En juillet 1943, le Comité français de la Libération nationale d'Alger avait décidé d'une participation des Forces françaises combattantes à la Guerre du Pacifique avec, dans l'esprit du général de Gaulle, un double objectif : participer à la guerre contre le Japon aux côtés des Alliés et rétablir l'autorité française sur ses colonies indochinoises que les Japonais avaient envahies en 1940 (puis mettront sous leur coupe en 1945). 

Sa mise sur pied est laborieuse, car la France manque d'équipements et de bateaux pour l'acheminement et doit faire appel aux Américains.

En juin 1945, Leclerc est placé à la tête de ce corps expéditionnaire. Son prestige va être utilisé en France pour contribuer au recrutement de volontaires. Mais, la capitulation du Japon est annoncée le 15 août 1945, alors que ce corps expéditionnaire n'a pas encore quitté la France.

L'Empire du Japon annonce sa capitulation à la mi-août, prenant de court le gouvernement français et permettant en Indochine une prise de pouvoir par les indépendantistes vietnamiens. Leclerc, arrivé à Kandy le 22 août pour préparer le débarquement de ses troupes, s'entend dire par Lord Mountbatten qu'en application des accords de Potsdam, Britanniques et Chinois pénétreront les premiers en Indochine. Leclerc demande à Charles de Gaulle d'obtenir que Harry Truman revienne sur cette décision, mais, les États-Unis ne souhaitent pas mécontenter Chiang Kaï-Shek.

Les premiers éléments du corps expéditionnaire, le Corps Léger d'Intervention, peuvent finalement pénétrer en Indochine à la mi-septembre et participent, avec les Britanniques et les Chinois, au désarmement des troupes japonaises. Le gros des troupes du corps expéditionnaire ne peut débarquer que début octobre, Leclerc lui-même débarquant le 5 octobre. Le corps expéditionnaire est ensuite bientôt engagé dans les combats contre le Việt-Minh.



Les commandos français de la DGER (constitués d'anciens Jedburgh), parachutés par la Force 136, sont déjà sur place depuis plusieurs mois luttant contre l'occupant nippon avec le concours de tribus montagnardes Hmong du Laos.

En août 1945, le Viêt Minh, mouvement indépendantiste vietnamien d'obédience communiste, profitant de la prise de contrôle de l'Indochine par les Japonais cinq mois auparavant, dans le contexte de la Guerre du Pacifique, prit le pouvoir de la colonie française. Si le Gouvernement provisoire de la République française ne tarda pas à envoyer un Corps expéditionnaire afin de reprendre en main son territoire, la situation se mua rapidement, après novembre 1946, en guerre ouverte entre forces du Viêt- Minh et Français.

Le conflit peut être divisé en deux phases historiques. La première, entre 1946 et 1949, voit le Viêt- Minh appliquer une guérilla meurtrière. La guerre est alors semblable à une simple lutte de décolonisation. Mais l'aspect communiste du Viêt-Minh, le déclenchement de la Guerre de Corée en 1950, l'avènement d'une Chine communiste en 1949 qui assura une aide logistique importante au Viêt Minh et la confrontation de plus en plus avouée entre les États-Unis et le monde marxiste-léniniste, achevèrent de procurer à la guerre d'Indochine la figure d'un conflit armé ancré dans la Guerre froide.

C'est la seconde phase, qui s'étend de 1949 jusqu'à la fin des combats, en 1954. Tout en bénéficiant de l'aide matérielle et logistique des Américains (80 % de l’effort de guerre français est supporté par les Américains), les Français mènent, lors de cette période, une guerre de plus en plus directe et frontale avec leurs ennemis, dont le soutien de la part des Chinois allait leur permettre de mettre sur pied une véritable armée conventionnelle et formée.

Malgré l'intervention indirecte américaine, les forces françaises, exténuées par la résistance adverse et plusieurs années de combats de plus en plus impopulaires en métropole, durent renoncer, surtout après la lourde défaite de Dien Bien Phu de mai 1954.

Les Accords de Genève, signés en juillet 1954, consacraient le départ des Français de l'Indochine et la division du Viêt Nam en deux États indépendants et distincts: la République démocratique du Viêt Nam au nord, procommuniste, et l'État du Viêt Nam au sud, installé par la France.



Ce dernier allait être remplacé, après un Coup d'État en 1955, par la République du Vietnam, alliée des États-Unis. Coup d’État initié par le Colonel Lansdale.

Le 7 mai 1954 Diem Bien Phu, le camp retranché français, capitule après une héroïque résistance qui aura duré un mois, trois semaines et trois jours.

Le 1er juin 1954, alors que des pourparlers de paix sont en cours à Genève, le Colonel Lansdale quitte d’urgence les Philippines pour le Vietnam. Il va y créer la première Mission Militaire (CIA) à Saigon et en prendre la tête. Son rôle, entrer tranquillement au Vietnam et aider les pro-occidentaux Vietnamiens dans leur lutte politique et psychologique contre le Viet-Minh.


Mais le Vietnam est un pays différent, avec de nombreux problèmes différents.

Néanmoins, au cours de ses deux premières années sur place, le colonel Lansdale va consolider sa position dans le panthéon des guerriers avec sa guerre psychologique non conventionnelle des hommes de l’ombre. Il va devenir, pour certains, le prototype du cow-boy de génie qui déroge parfois aux règles pour atteindre ses objectifs; pour d'autres, il est le prototype d’un homme au service d'une politique étrangère arrogante qui va très mal se terminer en Asie du Sud-Est.

 Dans les deux cas, ses activités de chef ont eu un impact énorme sur le Vietnam dans les mois qui ont suivi la cuisante défaite des Français. Ses activités ont également été les prémices, une sorte de mise en scène, du drame mortel qui devait se jouer dans les deux décennies à venir.

Pour vous dire si son départ est précipité, je vous dis simplement qu’il quitte la base aérienne de Clark, au nord de Manille, à bord d’un avion amphibie du 31st Air Sea Rescue Squadron (très certainement un Grumman HU-16 Albatross). Il est assis dans un siège baquet et il lui faudra attendre plusieurs heures, que l’équipage finisse d’effectuer sa mission de reconnaissance, avant qu’il ne soit amené à Saigon.



Après l'atterrissage à Tan Son Nhut, l’aéroport de Saigon, il se rend au cœur de la ville dans la maison du lieutenant général John W. "Iron Mike" O'Daniel, qui était alors le chef de poste du Comité consultatif d'assistance militaire (MAAG) à Saigon. MAAG qui avait été créé en 1950 par le président Harry Truman dans le but de travailler conjointement avec les forces françaises en Indochine.

C’est lors d'une réunion qui s’est tenue au Pentagone six mois plus tôt, au sujet du Vietnam, que le secrétaire d'État John Foster Dulles s’est tourné vers Lansdale et lui a dit: « Nous allons vous envoyer là-bas », ce à quoi Lansdale répondit : « Pas pour aider les Français! » "Non’’, lui a répondu le Secrétaire d’État. Il a alors été rassuré, il aiderait les Vietnamiens dans leur lutte contre le communiste dominé par le Viet Minh en Indochine. Allen Dulles, directeur de la Central Intelligence Agency, a alors rejoint son frère dans la discussion. Lansdale sera le fondateur et le chef de la Mission Militaire de la CIA (SSM) à Saigon.

La sélection de Lansdale comme l'homme à mener des opérations paramilitaires et politiques contre le Viet Minh en Indochine n’a pas dû arriver comme une surprise pour le fringant Colonel de 46 ans. Après tout, il a fait partie l'année précédente d’une équipe d'évaluation de la guerre psychologique de l'Indochine française, dirigée par le général O'Daniel. Les observations de Lansdale, enregistrées dans plusieurs mémorandums, sur la nature des insurrections asiatiques, dissèquent les tactiques gagnantes des communistes. Elles soulignent le manque de maîtrise en ce qui concerne la contre-insurrection, aussi bien du côté français que du côté américain.

"Il y a conviction générale que le Viet Minh a« l'esprit national » et que les forces franco-vietnamiennes ne l’ont pas," Lansdale a écrit dans un mémorandum. "Ceci est le résultat de la réussite de la guerre psychologique et politique du Viet Minh. Il n'y a eu aucune guerre psychologique efficace engagée par les forces franco-vietnamiennes.

 Lansdale avait l'intention d’utiliser et de mettre en pratique au Vietnam, les aspects psychologiques de la guerre contre les communistes qu’il avait développés aux Philippines. En Indochine, il vise à utiliser la propagande noire et à exhorter les Français et leurs alliés vietnamiens à prendre l'initiative dans la lutte contre l'emprise du Viet Minh sur le peuple.



La Guerre secrète Franco-américaine, 1954/1956.

C’est une histoire dont les livres d’histoire ne vont pas vous parler, il ne faudrait surtout pas détruire l’aura de démocratie dont continue à bénéficier les Etats-Unis d’Amérique dans l’esprit d’une majorité de nos concitoyens. Et pourtant, cette Démocratie n’hésite pas à fouler au pied les principes même qui font la Démocratie. Assassinats, manipulation, élections truquées, coups tordus, etc.

Tous les coups sont permis.

Petits rappels historiques, août 1945 / 20 juillet 1954.
La Révolution d'août de 1945 a conduit à la déclaration d'indépendance du Viêt Nam du 2 septembre 1945 et à l'établissement de la République démocratique du Viêt Nam. De conférences en accords non respectés du fait de l'hostilité française pour l'indépendance du Viêt Nam, les chemins de la guerre se sont ouverts.

23 novembre 1946, bombardements français sur Hải Phòng.
À l'instigation du général Valluy, les troupes du général Dèbes tentent de reprendre la ville d'Hải Phòng au Việt Minh (Ligue pour l'indépendance du Viêt Nam). Des quartiers annamites et chinois sont rasés. Les Français comptent 26 tués dans les combats, tandis que les victimes vietnamiennes sont nettement plus nombreuses. Le chiffre de 6000 victimes civiles est avancé, le général Valluy estimant pour sa part que le nombre de morts est vingt fois inférieur.

19 décembre 1946, coup de force Việt-Minh.
En décembre, le gouvernement du Việt-Minh tente un coup de force dans Hanoï puis, devant l'échec de sa manœuvre, prend le maquis. L'état de guerre en Indochine est instauré. Le conflit s'enlise jusqu'au retrait des troupes françaises et la proclamation de l'indépendance du Royaume du Laos et du Royaume du Cambodge le 21 juillet 1954.

Le Viêt Nam, divisé en deux zones, connaîtra une nouvelle guerre, impliquant cette fois les États-Unis.




19 décembre 1946, début officiel de la guerre d'Indochine.
Des ressortissants français sont massacrés et des maisons pillées. Ho Chi Minh appelle tout le peuple vietnamien à se rebeller contre la présence française : « Que celui qui a un fusil se serve de son fusil, que celui qui a une épée se serve de son épée. Que chacun combatte le colonialisme. »

La guerre d'Indochine commence. Elle s'achèvera le 21 juillet 1954 avec la signature des accords de Genève qui marqueront la fin de la présence française au Viêt Nam, au Laos et au Cambodge.

7 mai 1954, la chute de Diên Bien Phu.

Le camp retranché français de Diên Biên Phu tombe aux mains des troupes de l’Armée populaire vietnamienne après 57 jours de résistance. Les accords de Genève (21 juillet 1954) prévoient le retrait des troupes françaises, le partage du Viêt Nam et un référendum en vue d'une réunification. Mais le référendum n’a pas lieu et cela entraîne la Guerre du Viêt Nam.


La conférence de Genève
21 juillet 1954, fin de la guerre d'Indochine.
Ouverte à la fin du mois d'avril, la Conférence de Genève réunissant les délégués de 19 nations (États-Unis, Royaume-Uni, France, Union soviétique, Chine, Corée, République démocratique du Viêt Nam, État du Viêt Nam, Royaume du Cambodge, Royaume du Laos, etc.) s'achève avec la signature d'un accord sur l'Indochine. En partie parce qu'ils ne voulaient pas reconnaître la République Populaire de Chine, les États-Unis ne participèrent à la conférence qu'à titre d'observateurs et n'en ratifièrent pas les accords.



La réunion devait initialement régler le conflit en Corée, mais rapidement les débats se sont consacrés à la question indochinoise. L'armistice et le cessez-le-feu sont obtenus entre l'armée française et l'Armée populaire de la république démocratique du Viêt Nam. Il est établi que le Viêt Nam sera partagé en deux zones de regroupement militaire le long du 17e parallèle.

La ligne de démarcation qui devait diviser le nord du sud fut établie au 17e parallèle suite aux pressions des Chinois sur les Việt-Minh qui la désiraient au 14e alors que les Français ainsi que les Américains la désiraient au 18e. La réunification entre les deux zones est envisagée pour 1956 après référendum.

Mais les élections prévues n'eurent jamais lieu, car Diem, le nouveau chef du gouvernement de l'état vietnamien, n'en avait jamais eu l'intention et la guerre du Viêt Nam ou ‘’Deuxième Guerre d’Indochine’’ éclate donc entre les deux parties du pays et y entraînera par la suite les États-Unis. La victoire de Mao Zedong en Chine a déplacé la menace communiste ressentie de Berlin à Pékin, ce qui mettait l’Indochine française sur la ligne de front pendant la Guerre de Corée.


En deuxième partie, la guerre secrète Franco-américaine en ex-Indochine, assassinats et attentats (1954 / 1957), mafias, gangs et sectes, l’opium de la guerre, l’élimination de Diem et le début de l’implication militaire américaine directe au Vietnam.



Expériences, avis, critiques et commentaires, comme d’habitude sont les bienvenus.



Chaque jeudi de 18 à 20 h, 12 à 14 h  en Europe sur Yahoo Messenger :
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Thursday, August 22, 2013

UNE NOUVELLE FORME DE PROSTITUTION (Partie 2)


 Pour introduire cette nouvelle forme de prostitution qui … là je suis mal parti, je recommence.

Pour illustrer cette nouvelle forme de prostitution qui se développe aux Philippines, je vais faire un parallèle avec ce qui se passe au Cambodge depuis quelques années.


Phnom Penh

Elle se présente comme Bopha et c’est une jeune lycéenne de la capitale du royaume du Cambodge.
Quel âge peut-elle bien avoir, pas toujours facile de donner un âge à ces populations d’Asie du Sud-est ?

Elle dit avoir dix-sept ans, mais les a-t’elle réellement ? Nous dirons entre quinze et dix-huit ans.

Rien ne la distingue de ses camarades de classe que j’ai pu voir il y a quelques minutes à la sortie du Lycée. Elle est vêtue d’un jean, d’un petit chemisier blanc dont le haut n’est pas boutonné et d’un gilet beige négligemment posé sur son épaule gauche. 

Elle est chaussée de Nike de couleur bleue, porte des bracelets d’Apsara au poignet droit et une montre de marque sur son autre poignet. Un sac, également de couleur bleue, à longue bandoulière est passé autour de son cou et de son épaule droite.

Elle ouvre son sac, récupère un trousseau de clés, se dirige vers un scooter bleue nuit et s’installe sur l’engin. Elle le fait démarrer et d’un geste de la main me fait signe de m’installer derrière elle.

Pas un mot n’a été échangé.
Son numéro de téléphone m’a été communiqué par un ami à moi, un de ses clients réguliers.
Oui, car Bopha, même si rien ne le laisse supposer, Bopha la lycéenne se prostitue.



Je l’ai appelé sur son portable en lui disant que j’étais étranger et que je souhaiterai la rencontrer. Après quelques hésitations malgré la recommandation de mon ami, elle a accepté et m’a donné rendez-vous en face de son lycée.

Nous descendons maintenant l’avenue Monivong en direction du sud, tournons à gauche dans ce qu’il me semble être xxx, puis encore à gauche et elle s’arrête devant ce qui semble être un Bar ou une Beer house.

Au salut que lui lance le serveur à notre entrée dans l’établissement, je comprends qu’elle doit avoir ses habitudes dans cet endroit. Pas très grand l’endroit, mais intime. Lumières tamisées, un long bar sur la droite avec des tabourets, des box sur la gauche et nous nous installons sur le troisième de ces box. Deux bancs recouverts de tissu rouge matelassé, de part et d’autre d’une table de bois massif.

Le serveur qui a suivi notre installation prend notre commande ; une Margarita pour Bopha, une Sting Tao pour moi, le grand modèle. J’entame la conversation et même si son anglais n’est pas parfait, je peux aisément la comprendre. Il y a longtemps que la jeunesse cambodgienne ne parle plus le français.

Même si elle n’avoue pas ouvertement vendre ses charmes, elle semble en connaître un bout au sujet de cette pratique. « Oui » me dit-elle,  « je connais plusieurs lycéennes qui ont recours à la prostitution. Elles le font pour l’argent … l’argent qu’elles reçoivent de leurs parents n’est pas suffisant pour pouvoir acheter ce qu’elles veulent. Se payer des vêtements de marques, des bijoux, aller en discothèque, chez le coiffeur, acheter le dernier modèle de téléphone portable et le summum pour nombre d’entres elles, posséder leur propre scooter ».  


« Mais leurs parents ne s’inquiètent pas de savoir d’où vient tout cet argent ? »
« Elles savent y faire, cachent les bijoux avant de rentrer, garent leur scooter chez un ami, racontent que les vêtements ne sont que des copies … »

« Les rendez-vous sont pris exclusivement durant les heures de cours, il suffit de verser une dizaine de dollars aux professeurs pour que ceux-ci ne signalent pas leurs absences ».
Je recommande une Margarita et une bière au serveur qui passait par là.

Mais combien demandent-elles aux clients.
D’après Bopha les prix oscilleraient entre 150 et 200 dollars la passe.
Elle ajoute « Mais une fille encore vierge peut demander jusqu’à 5000 dollars ».

Je fais un rapide calcul et j’en conclue que si le prix annoncé pour une virginité atteint réellement ce montant, elles devraient toutes être vierges, de plus avec un compte bancaire bien rempli, même après avoir réglé le chirurgien.

Je garde la réflexion pour moi.

Pas trop futée la petite, elle oublie qui m’a adressé à elle.
D’après mon ami les prix tournent autour de 25 à 30 dollars la passe, pour les plus belles d’entre elles.

Peut-être pense-t-elle que je pourrais faire un riche client potentiel ?

Lorsque je lui demande quels sont les âges de ces jeunes filles, elle ne me répond pas directement, mais indique « elles ont toutes moins de 18 ans ».

Bien qu’issues de familles modestes, ce ne sont pas des jeunes filles dans la misère, si elles se livrent à la prostitution occasionnelle ce n’est pas pour subvenir à leurs besoins quotidiens.
La majorité d’entres elles sont en fait victimes de la société de consommation, société de consommation en pleine expansion au Cambodge.

Mon ami, qui est un fonctionnaire âgé d’une quarantaine d’années, me raconte que c’est un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur et qui touche des filles de plus en plus jeunes.
« Elles veulent porter des vêtements coûteux, avoir des bijoux, les cheveux teints et conduire des scooters … comme les gosses de riches » me raconte-t-il. Selon lui les filles facturent entre 25 et 30 dollars l’heure. « Elles ont simplement besoin de posséder les mêmes objets à la mode que les autres ».

« Avant, les jeunes filles de ma génération sortaient et parfois dormaient avec leurs copains, sans se poser de questions. Désormais elles ont compris comment parvenir à leurs fins en se faisant payer ce que leurs parents ne pourront jamais leur offrir ».  Nombre de ces prostituées occasionnelles ne sont guère âgées de plus de 17 ou 18 ans. Les plus jeunes d’entres elles n’ont pas plus de quatorze ans.

Si certaines sont associées à un proxénète (souvent une), c’est loin d’être la généralité. Elles travaillent généralement en petits groupes, se repassant les coordonnées téléphoniques de clients potentiels.


Dans la majorité des cas il s’agit de jeunes filles originaires de zones rurales et qui sont scolarisées en ville. Les éventuels rabatteurs n’ont pas besoin de les forcer, ils arrivent à les convaincre en leur faisant miroiter les objets qu’elles convoitent.

Etre branché devient une nécessité existentielle, le paraître prend le dessus, c’est devenu la règle.

La drogue ne serait pas étrangère au phénomène. Au lycée de X, dans le  centre de la capitale, les affaires de drogue et de prostitution se sont multipliées ces dernières années. Des lycéennes écoulent tout ce qu’elles ont en leur possession pour se procurer leurs doses.
 
Quand elles n’ont plus rien, il leur reste leur corps.

La privatisation galopante du secteur de l’éducation constitue une autre cause. Des élèves qui voudraient poursuivre leurs études en sont souvent empêchées faute de moyens. Les bourses sont rares et des frais supplémentaires sont fréquemment exigés par les professeurs. 

Mais la plus grande menace reste la frénésie de consommation exacerbée des jeunes. “Quand leur entourage possède voitures, téléphones portables, bref, tout ce qui est nouveau et à la mode, elles sont rongées par l’envie. Pour goûter à cette vie-là, certaines en viennent à se prostituer”.

Les grossesses non désirées se multiplient.

Maladies infectieuses et grossesses non désirées sont le lot commun de ces gamines.
Leur inexpérience aggrave de ce fait les dangers encourus.



De plus, lorsqu’elles se livrent à un tel commerce, les risques sont grands qu’elles finissent marginalisées, rejetée par une société qui demeure farouchement pudibonde.
Une ou deux Sting Tao plus tard, Bopha et moi sortions du Bar.

Alors qu’elle m’invitait à nouveau à monter sur son scooter, je me suis penché vers elle et j’ai discrètement glissé vingt dollars dans son sac en lui disant « You are a very nice and beautiful young girl, but I’ve an appointment in half an hour in my hôtel ; see you another time, I’ve your cellphone number ». et je me suis éloigné, à pied, en me remémorant notre conversation.

Cela m’a fait penser à ce qui se passe de nos jours aux Philippines, bien que la situation soit quelque peu différente.

Lors d’une conversation avec un ami, résident de longue date sur l’archipel, nous en sommes arrivés à discuter du fait que nous trouvions qu’il semblait y avoir moins de jeunes femmes à se prostituer dans les rues et qu’il y avait de moins en moins de GRO dans les bars.

Je ne parle pas des professionnelles de la chose, de celles que l’on retrouve nuit après nuit dans les mêmes endroits des red light districts des villes philippines, non je parle des occasionnelles, de celles qui ont besoin d’une petite aide pour le lait du BB, de médicaments pour un parent malade, ou plus simplement d’acheter un kilo de riz pour manger. En fait besoin d’un petit dépannage tout à fait occasionnel, mais urgent.

Il n’était pas rare, il y a encore quelques années, de rencontrer deux ou trois jeunes femmes, voire jeunes filles qui, à la tombée de la nuit se trouvaient sur le bord de la route, à des endroits bien définis et connus des initiés. Il y avait pour le quartier de Sapang, en face de Suray, au coin de Ligas, à l’entrée et à la sortie du pont, en face de Saulog… 


Mis à part deux ou trois qui se retrouvaient là plus ou moins régulièrement, ce qui veut dire plus d’une fois par mois, les autres étaient vraiment occasionnelles ; une fois, deux parfois et disparaissaient.

Quelquesfois des jeunes filles que je connaissais, de vue tout du moins et dont je n’aurai jamais soupçonné que … oui, mais nécessité fait loi, m’a dit un jour l’une d’entre elle.
Puis elles ont été de moins en moins nombreuses, non pas du fait qu’il n’y avait plus de besoins de petits dépannages d’urgence, mais du fait de la technologie, le système avait évolué.

Certaines possédaient maintenant un téléphone portable !

Elles donnent leurs numéros à une sorte de manasam, une personne chez qui les clients à la recherche de l’âme sœur viennent se renseigner, savoir ce qui est disponible.
Soit le consommateur sait ce qu’il veut, soit il vient au petit bonheur la chance.

Dans le premier cas la manasam prévient l’heureuse élue et rendez-vous est pris dans un endroit discret. Dans le second cas la personne contactée vient se montrer, les éventuelles négociations s’engagent…

D’autres se sont mises en mini réseau en échangeant leurs ‘’contacts’’ et travaillent totalement sous la couverture radar. Elles sont difficiles à repérer.

Parfois, à la tombée de la nuit ou en début de soirée, il est possible d’observer le manège d’une de ces jeunes filles. Elle marche le long de la route en pianotant sur son cellphone, revient sur ses pas, répond éventuellement à un appel. Une voiture arrive, s’arrête près d’elle, elle monte, la voiture fait demi-tour et … une heure plus tard le même véhicule la déposera pratiquement au même endroit.

Bon, ceci c’est du classique, cela doit exister dans le monde entier ou presque.


Il y a un peu plus d’un an de cela, je me rends comme parfois cela m’arrive, dans le Boui-boui, Videoke, bar de mon Paré Jim et je suis surpris. Il y a là quatre ou cinq très jeunes fille qui sont en train de chanter, de boire et de manger des snacks. 

Il arrive souvent qu’une jeune fille vienne pousser la chansonnette dans ce Boui-boui, c’est classique aux Philippines. Mais boire des alcools forts mélangés à du jus de fruits, manger de snacks et ne pas arrêter de pousser la chansonnette, c’est plus rare. De plus elles ont toutes des cellphones, les derniers modèles.

Plusieurs foisil m’arrivera de rencontrer, toujours chez Jim, de ces jeunes filles habillées sexy et qui semblent avoir de l’argent (un petit peu d’argent). Pourtant, il n’y a pas beaucoup d’argent en général à Sapang, Ternate est loin d’être une ville riche !

Elles sont un groupe d’une dizaine, mais elles ne sont jamais là toutes ensemble.
Trois, quatre, parfois cinq, une seule fois j’en ai compté sept.

Elles chantent, boivent, sont parfois saoule, rigolent, dansent et semblent bien s’amuser.
En fait ces gamines, car ce sont des gamines qui ont entre quatorze et dix-sept ans, se prostituent. Elles vendent leurs corps aux conducteurs de tricycles, aux quelques commerçants du coin, parfois, mais plus rarement à des gens de passage.

Elles viennent dans ce bar, car il y a des consommateurs et elles se proposent à ces consommateurs, moyennement finances évidemment. De petits montants, mais qui leur permettent de s’acheter vêtements, cellphones, de boire, de rigoler, de s’amuser. Toutes ces choses que leurs parents, quand elles en ont, sont incapables de leur payer.

Un client éventuel, l’une d’entre elle demande un numéro de téléphone et va donner rendez-vous dans un endroit qu’elle seule connait, puis … elle reviendra au bout d’une heure ou deux, un peu plus riche ou tout du moins un peu moins pauvre.


Puis elles se sont faites de moins en moins visibles, presque plus personne pour venir boire et pousser la chansonnette. Certaines d’entres elles sont maintenant suffisamment connues, les consommateurs les contactent directement, elles n’ont plus besoin de faire de la promotion … mais surtout, six d’entre elles sont enceintes !

Le plus vieux métier du monde, mais toujours et plus que jamais d’actualité.

Messieurs, ne rêvez pas, ceci est strictement réservé aux Philippins, aux locaux. Ces très jeunes filles ne vont qu’avec des personnes qu’elles connaissent bien, aucune chance pour le Kano que vous êtes.

Je ne suis même par sûr que vous pourriez vous rendre compte de ce qui peut se passer dans ce genre de bar, sauf si quelqu’un qui connait bien vous le fait remarquer.

Conseil d’ami, pas touche.


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